Les Rougon-Macquart, Tome 17 : La Bête humaine de Emile ZOLA

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Les Rougon-Macquart, Tome 17 :
La Bête humaine

de Emile ZOLA
Folio,

1977, p. 502

Première Publication : 1890

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Émile Zola, né le 2 avril 1840, mort le 29 septembre 1902, est un écrivain, journaliste et homme public français, considéré comme le chef de file du naturalisme. Sur le plan littéraire, il est principalement connu pour Les Rougon-Macquart, fresque romanesque en vingt volumes dépeignant la société française sous le Second Empire et qui met en scène la trajectoire de la famille des Rougon-Macquart, à travers ses différentes générations et dont chacun des représentants d’une époque et d’une génération particulière fait l’objet d’un roman.

Le sang exécrable des Rougon Macquart court dans les veines de Jacques Lantier, fils de Gervaise et héritier d’une lignée maudite. Lantier a assisté au meurtre d’un notable par le chef de gare du Havre. Pour se protéger, la femme de ce dernier, Séverine, le séduit et devient sa maîtresse. Auprès d’elle, et dans les vapeurs de sa chère Lison, sa locomotive, Jacques pense pouvoir conjurer ses pulsions meurtrières, résister à « la hèle enragée qu’il sent en lui » à la seule vue de la nudité d’une femme. Un voyage tragique commence, où la démence, la jalousie et le crime sont portés à l’incandescence dans le plus russe des romans français.

La Bête humaine est ma première expérience de la plume d’Emile Zola. J’ai tout de même attendu mes (presque) vingt-trois ans avant d’oser franchir le pas (et ce, malgré une licence de lettres modernes… Zola n’a jamais été au programme de toute ma scolarité !)… Mais, sincèrement, je pense que j’ai bien fait d’attendre, car je peux le dire, cette lecture est un vrai coup de cœur ! J’ai A-DO-RE !
Je pense que si j’avais été obligée de lire du Zola à 13/14 ans, je n’aurais pas eu le même regard et le même engouement, alors finalement, je suis très heureuse de ne pas avoir été confronté à cet auteur français avant ! Mais maintenant que cette nouvelle histoire d’amour a commencé, je ne vais pas me gêner et je vais me lancer rapidement dans les deux autres titres de Zola se trouvant d’ors et déjà dans ma PAL (Germinal et L’Oeuvre) et j’ai pour projet futur de lire toute la série des Rougon-Macquart ! D’ailleurs, j’espère bien trouvé une jolie collection ancienne des vingt volumes de la saga, lors de la brocante qui se déroulera pas loin de mon quartier, le premier week end d’octobre ! J’ai déjà prévu le sac-à-dos (et peut-être même la valise à roulettes… c’est ma PAL qui va encore en prendre un coup !) !

emilezolaSéverine, une jeune femme de 25 ans pleine de charme, est mariée au sous-chef Roubaud d’au moins quinze ans son aîné. Ils vivent leur mariage dans un appartement destiné aux employés de la gare du Havre, voisinant avec d’autres couples plus ou moins amicaux. La relation des deux époux n’est pas particulièrement heureuse, mais reste cordiale, jusqu’à ce que Roubaud mette le doigt sur l’ancienne relation qu’a entretenue sa femme avec son protecteur, un vieil homme haut placé. Fou de jalousie, Roubaud met au point un plan pour se débarrasser du vieux protecteur pervers, il le tuera lors d’un voyage en train, sur un endroit stratégique de la voie ferrée…
Malheureusement, le lieu choisi est proche de la barrière dont s’occupent Flore, sa mère malade et le beau-père qui empoisonne cette dernière ; et le jour tant attendu, Jacques Lantier venu rendre visite à sa tante souffrante, se retrouve témoin du meurtre… Sous ses airs de mécanicien sérieux et gentilhomme, Jacques cache des désirs obscurs et incontrôlables… la peau pâle des jeunes femmes lui donnent des envies de meurtre ! Et voilà qu’il s’entiche de Séverine qu’il sait être coupable (ou au moins complice), elle aussi, d’un acte terrible… Commence alors une enquête menée par une justice trop sûre d’elle et fourvoyée ; et une relation adultère secrète entre Jacques et la jeune femme, lui, cherchant désespérément l’apaisement de ses obsessions meurtrières, elle découvrant enfin le véritable amour…

Qui aurait cru que derrière ce titre et cet auteur se cachait une histoire de meurtres et une histoire d’amour aussi intenses ?! Et bien, pas moi ! J’avoue que je partais avec d’énormes préjugés, m’attendant à tomber sur des descriptions atroces des chemins de fer, sur le naturalisme dont Zola est si friand, pensant m’ennuyer à chaque page en suivant une histoire sans action… Mais quelle idiote je fais !
J’ai peut-être mis une dizaine de pages à entrer dans l’histoire (mais c’est surtout car j’ai commencé cette lecture lors d’un voyage en métro, difficile de se concentrer dans un tel lieu…) mais une fois imprégnée des personnages et de leurs histoires respectives, je n’ai plus lâché le texte ! J’ai été très agréablement surprise par l’intensité des émotions décrites, par le « naturel » de celles-ci. Je n’ai eu aucun mal à m’imaginer les personnages, les lieux, les scènes… comme si j’étais au cinéma ! Je garde d’ailleurs en tête quelques passages très fort (notamment l’accident de train qui fait des dizaines de morts et blessés, près de la barrière surveillé par Flore… étonnant de réalisme !) et je pense me souvenir de ceux-ci encore quelques années !

Je suis très impressionnée par les personnalités offertes par l’auteur, notamment celle du vrai « héros », Jacques Lantier (fils de Gervaise). En le découvrant au fil des pages, en me rendant compte de l’ampleur de son « mal », plusieurs fois, j’ai pensé au personnage de Grenouille dans Le Parfum de Süskind… Je trouve l’auteur très moderne dans cette conception avant l’heure du tueur en série qui tente tant bien que mal de réfréner ses instincts meurtriers… jusqu’au moment où… Séverine est la figure féminine la plus importante de l’histoire, et même si je n’ai pas autant « accroché » à ce personnage qu’à celui de Jacques, j’ai apprécié le fait de suivre ses états d’âmes, son évolution de femme mariée à femme adultère… Autre personnage féminin important pour l’intrigue : celui de Flore, cette grande amazone blonde, forte comme un homme, éternelle vierge, amoureuse de Jacques, qui laissera libre cours à sa jalousie dévorante… N’oublions pas Roubaud, le mari jaloux, plusieurs autres employés du chemin de fer et leur épouse, la mère et le beau-père de Flore,…
Les figures sont nombreuses, mais j’ai particulièrement apprécié leur profondeur ; Zola s’attarde un peu sur chacune et les développe selon leur importance, mais toutes ont un rôle dans l’intrigue. Enfin, dernière figure, et pas des moindres : la Lison, la locomotive dont Jacques s’occupe et qu’il aime plus qu’une femme… cette grosse bête qui fume comme un démon et qui centralise toutes les figures et l’intrigue !

LABETEHUMAINEOutre les personnages, vraiment passionnants à mon goût, la force du récit de Zola réside également dans l’atmosphère que créée l’auteur. En effet, l’intrigue et ses figures prennent naissance dans l’univers du chemin de fer au XIXe siècle, notamment sur la ligne Paris / Le Havre et dans les dites gares. Comprenez bien que l’univers du train ne me passionne absolument pas en temps normal, mais là, j’ai été entraînée sans problème, complètement happée par l’ambiance, ayant bien en tête les images des gares décrites, de la Lison… Toute l’intrigue et tous les personnages sont liés au chemin de fer (il n’y a qu’à regarder l’illustration de couverture, ou même le titre pour s’en rendre compte).
Alors oui, c’est un procédé naturaliste particulier, j’en conviens, tout le monde ne pourra pas être séduit par celui-ci ; mais pour ma part, j’ai complètement adhéré et j’en redemande ! Si j’ai bien compris, Zola met en scène un univers particulier dans chacun des volumes des Rougon-Macquart, y faisant évoluer des figures toutes liées par le sang (c’est le principe des traits de caractère gagnés par l’hérédité,…). Et bien, je n’ai qu’une envie, remonter dans les premiers tomes (La Bête humaine, publié en 1890 est un des derniers, le dix-septième exactement) pour découvrir l’histoire de Gervaise, la mère de Jacques Lantier mais aussi toute l’histoire de ses aïeux !

Quand on dit Zola, on pense tout de suite au naturalisme et au fait que la lecture d’un de ses titres va être rébarbatif, long, ennuyeux, difficile… Alors oui, il ne faut pas le nier, les trois-quarts du texte sont dédiés à des descriptions, et le reste à des dialogues, mais sincèrement les paragraphes descriptifs sont tellement bien amenés et les dialogues tellement bien pensés, que l’ensemble est parfaitement équilibré et se lit très facilement. Evidemment, on ne lit pas du Zola comme on lit du Musso, mais il faut s’ôter ce préjugé de la tête (et moi la première !), lire du Zola ce n’est pas insurmontable et c’est même très plaisant ! Il y a peut-être un ou deux passages que j’ai trouvés un peu plus longuets que le reste, mais ça reste minime et dans l’ordre de l’exception !
De toute façon, l’étude des figures par l’auteur est si intéressante et si bien pensée que franchement, on peut bien accepter une ou deux longueurs de temps en temps ! Je le répète, je n’ai pas vu passer ces quelques 450 pages (j’enlève la préface et le dossier contenus dans mon édition) et je ne peux que vous conseiller cette lecture ! Pour les plus réfractaires, sachez que Wikipedia parle de ce texte en tant que « roman noir » ou encore « thriller du XIXe siècle » ; ce n’est pas rien !

Je suis finalement ravie d’avoir commencé ma découverte de l’auteur par ce volume, et je remercie mon amie Marie pour le conseil ! Rendez-vous bientôt pour mes impressions sur un autre volume des Rougon-Macquart !

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