Mémoires d’une catin de Francesca PETRIZZO

MemoiresdunecatinMémoires d’une catin
de Francesca PETRIZZO

Editions Michel Lafon,
2010, p. 255

Première Publication : 2010

Pour l’acheter : Mémoires d’une catin

Francesca Petrizzo n’a que 19 ans, mais a su décrire avec une maturité et une plume stupéfiantes les errances d’Hélène de Troie, cette princesse mythique dont la beauté fit le malheur.

Dans la lignée des Mémoires d’Hadrien de Marguerite Yourcenar, poignant et poétique, ce roman magnifique et inoubliable retrace le parcours de la plus fatale des héroïnes de l’Antiquité. Ce premier roman a subjugué les lecteurs du monde entier, même en Grèce !

Et si la belle Hélène racontait elle-même son histoire… Hélène de Troie, ou l’archétype de toutes les femmes, qui, depuis des millénaires, ont choisi de suivre les élans de leur coeur plutôt que les exigences de la raison d’Etat. Prisonnière de sa propre beauté – et des ambitions politiques de son père – Hélène tente néanmoins d’assouvir sa soif d’amour. Mais le Destin en décide autrement, et décrète qu’on la considérera à jamais comme une femme infidèle et traîtresse. Une catin…

Il y a quelques semaines, Camille – l’attachée de presse des éditions Michel Lafon – m’a contactée pour me proposer la lecture de Mémoires d’une catin, premier titre d’une toute jeune auteure italienne. Ces derniers temps, j’avais plutôt envie de faire descendre ma PAL immense et j’ai plutôt pour habitude de lire des textes d’auteurs que je connais déjà (c’est un grand tort, car je manque souvent de vraies perles…). Mais allez savoir pourquoi (peut-être grâce à la couverture ou au fait que je n’avais pas lu de romans à tendance historique depuis bien longtemps…), j’ai accepté la proposition… Et j’ai bien fait ! Ce n’est pas un vrai coup de cœur, il m’a manqué le petit truc, mais c’est une vraie bonne découverte et je vous invite à lire ce texte, si l’occasion se présente ! De mon côté, je ne manquerai pas de suivre les futures sorties de Francesca Petrizzo, qui ne manqueront sans doute pas d’intérêt ! Allez, développons un petit peu tout ça…

La jeune Hélène vit une enfance difficile auprès d’une mère égocentrique (Léda), d’un père non biologique sévère (Tyndare ; selon la tradition, son vrai père serait Zeus, qui aurait séduit Léda sous la forme d’un cygne), de deux grands frères jumeaux qui n’aiment qu’eux-mêmes et entretiennent une relation ambigüe (les célèbres Castor et Pollux), et une grande sœur jalouse et tyrannique (Clytemnestre). Bien vite, la petite fille attire les regards – sa grande beauté étant connue de tous – et les hommes, bien loin de princes charmants, la convoitent. Tantôt enlevée par Thésée qui tente de la violer puis séduite par différents hommes, la vie de la princesse cadette de Sparte n’est pas de tout repos. Blessée et traumatisée dès son plus jeune âge, sa vie amoureuse est faite de passions, de violences et de mensonges… Hélène tombe alors amoureuse de Pâris – prince de Troie – lors de son passage à Sparte, alors que son époux – le faible Ménélas – est absent. Elle le suit jusqu’à la célèbre ville turque, déclenchant ainsi le courroux des grecs, et la guerre que l’on connait toutes et tous… Mais, alors que celle-ci se transforme en siège qui s’étend sur plusieurs années, Hélène – rejetée rapidement par le prince troyen – se surprend à aimer d’amour pur, un nouvel homme ; mais le destin n’est jamais loin et s’en mêle toujours…

Je ne connaissais de l’histoire d’Hélène de Troie, que ce que j’avais pu apprendre lors des rares cours de mythologie distribués en 6ème au collège ; et que ce que nous montre rapidement le film Troie de Wolfgang Petersen de 2004 (avec Brad Pitt, Orlando Bloom,…)… autant le dire, vraiment pas grand-chose ! En plus, il faut se rendre compte que l’histoire des personnalités féminines de l’Antiquité (et également celles qui ont vécu les siècles suivants, jusqu’à assez récemment), étaient toujours racontées par des hommes (Apollodore, Euripide, Homère,… pour l’histoire d’Hélène) ; avec le texte offert par Francesca Petrizzo, on a enfin cette histoire racontée du point de vue d’une femme (et peut-être également destinée aux femmes, essentiellement). Il est donc particulièrement intéressant de découvrir la vie de cette jeune femme, de son enfance, jusqu’à sa mort tragique, en se penchant plus particulièrement sur ses expériences méconnues (saviez-vous qu’elle avait eu une fille – abandonnée lors du départ pour Troie – prénommée Hermione ?) et émotions encore plus absentes dans les textes antiques (du moins, à ma connaissance !). Je ne sais pas si Francesca Petrizzo s’est basée sur des recherches historiques concrètes ou si elle a « extrapolé » plusieurs fois, mais en tout cas, l’ensemble offert est très vraisemblable. Est-ce une simple proposition, une hypothèse ou tout simplement une jolie romance ? Dans tous les cas, si l’histoire véritable et unique d’Hélène devait voir le jour, pourquoi ne serait-ce pas celle-ci ?

francescapetrizzoJ’ai aimé me plonger dans cet univers bien particulier, dans cette Grèce antique où les dieux et la destinée font partie intégrante de la vie quotidienne. A chaque détour d’un couloir, Hélène nous fait part d’une tenue (des bijoux, des étoffes,…), de l’agencement d’une pièce, de la vue sur le fleuve,… Elle nous raconte ce qu’elle voit quotidiennement et grâce aux mots offerts par Francesca Petrizzo, on se croirait presque sur place, à Sparte pour commencer et à Troie dans la dernière partie… Les années défilent très vite (les mémoires prennent en compte l’enfance de la princesse, mais aussi son adolescence, sa fuite vers Troie… et sa mort !), l’auteure s’arrêtant plus longuement sur des épisodes particulièrement importants, décisifs, de la vie d’Hélène. Grâce à ce rythme soutenu, on ne s’ennuie pas et on tourne avidement les pages pour découvrir la suite. J’ai toujours de petites appréhensions lorsque les ellipses narratives sont utilisées en grand nombre, mais ici, ça n’a pas gêné ma lecture et jamais je ne me suis détachée des aventures et des émotions de l’héroïne. Francesca Petrizzo a su manier la temporalité de main de maître (à 19 ans, bien rares sont ceux qui peuvent s’en vanter !) et balade son lecteur de la Grèce à la Turquie, sans aucune difficulté ! Bravo !

Ce qui fait également la particularité de ce texte, c’est la plume assez originale et imagée que nous offre l’auteure. Je vous l’avoue, la lecture des premières pages a été assez étrange ; mais assez vite, on s’habitue à ce style particulier et percutant. Les phrases sont courtes et les métaphores nombreuses ; c’est agréable à découvrir. Parfois, certains passages restent tout de même un peu « flous », et j’ai du les reprendre à plusieurs reprises pour me faire une meilleure idée de ce qu’ils « signifiaient ». Est-ce un simple effet de la traduction ou est-ce le cas également dans la langue d’origine ? Je ne pourrai pas vous le dire, je ne lis pas l’italien (mais si quelqu’un qui passe par ici, a lu ce texte dans cette langue, qu’il nous fasse part de ses impressions !) ! Autre point qui « coule de source » au vu du titre, l’intégralité du texte est à la première personne du singulier (il s’agit de mémoires, je vous le rappelle), ce qui, personnellement, m’aide beaucoup à m’attacher au personnage principal et à suivre ses aventures et ses émotions. J’ai plusieurs fois été émue par les évènements vécus par Hélène et je me suis beaucoup retrouvée dans ses réactions ; cette lecture a bien fonctionné avec moi ! Et enfin, pour continuer sur la « forme », ces mémoires ne s’étendent que sur 250 pages, le tout fractionné en courts chapitres ; la lecture est donc fluide et rapide ! Si vous avez un peu de temps devant vous, en une journée ou deux à peine, vous aurez dévoré les mémoires d’Hélène de Troie !

Avant de remercier les éditions Michel Lafon pour ce partenariat enrichissant, j’aimerais les féliciter pour l’objet en lui-même, notamment le choix de l’illustration de couverture. En effet, cette jeune femme dénudée dans des tons chauds, accompagnée par les méandres typiquement grecs (l’ornementation en lignes infinies) capte le regard et intrigue… un très bon point pour les lecteurs, qui, comme moi, se fient parfois à la première impression laissée par la couverture !

Ainsi, si vous voulez découvrir l’histoire d’Hélène de Troie de façon romancée, avec beaucoup de poésie et de sensibilité, vous pouvez vous lancer sans hésitation ! Les « vrais » historiens verront peut-être ce texte d’un mauvais œil (je ne sais pas où l’auteure a trouvé ses « sources » et si celles-ci sont fiables), mais il faut le prendre pour ce qu’il est, un très bon divertissement. C’est donc un grand merci que je lance aux éditions Michel Lafon, à Camille qui m’a contactée et à la jeune Francesca Petrizzo pour son talent précoce !

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