Le Diable au corps de Raymond RADIGUET

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Le Diable au corps
de Raymond RADIGUET

Editions Carrefour,
1994, p. 91

Première Publication : 1923

Pour l’acheter : Le Diable au corps

Raymond Radiguet (18 juin 1903 – 12 décembre 1923) est un écrivain français. Ainé de sept enfants, il est le fils du dessinateur Maurice Radiguet. Il meurt emporté par la fièvre typhoïde le 12 décembre 1923. Avait-il le pressentiment de sa fin prématurée lorsqu’il écrivait dans les dernières pages du Diable au corps : « Un homme désordonné et qui va mourir et ne s’en doute pas met souvent de l’ordre autour de lui. Sa vie change. Il classe ses papiers. Il se lève tôt, il se couche de bonne heure. Il renonce à ses vices. Ainsi sa mort brutale semble-t-elle d’autant plus injuste. Il allait vivre heureux. » ?

En 1917, François, le narrateur, a 16 ans. Il rencontre une toute jeune femme dont le mari est à la guerre. Avec elle il découvre l’amour et devient son amant. Cette liaison fait scandale dans le voisinage…
Ce récit amoureux d’un adolescent est d’autant plus bouleversant qu’il est en partie autobiographique. Radiguet a 17 ans lorsqu’il écrit Le Diable au corps.
Le désir, la jalousie, l’émerveillement, sont saisis dans leur éclosion, si forts et déjà si fragiles, que les amants sont marqués du signe définitif du destin et de la touche éphémère de la jeunesse.

Je ne sais plus exactement quand et comment j’ai entendu parler de ce court roman, et je ne sais pas pourquoi, mais j’avais vraiment très envie de le découvrir, l’intrigue me semblant très prometteuse. C’est ce genre de textes qu’il vous semble indispensables de lire, qui semblent écrits pour vous et pourtant, vous n’arrivez pas à mettre le doigt sur la façon dont vous en avez entendus parler ! Etrange sentiment. En outre, lorsque j’ai vu cette édition à 0,50€ (vraiment très moche, il faut l’avouer mais le prix s‘explique !), traîner sur une des piles d’occasion dans ma librairie préférée, je n’ai pas hésité une minute. J’ai d’abord cru que le texte n’était pas complet (il faut parfois se méfier avec ce genre d’éditions) car 90 pages, cela me semblait vraiment très très court ; mais non, tout y est !
Enfin bref, je remercie mon instinct de lectrice (on va dire ça comme ça) qui m’a poussée sans raison apparente à acheter et lire ce texte, car ce fut un véritable coup de cœur et j’espère bien, dans un avenir proche, pouvoir me débarrasser de cet objet immonde au profit d’une édition plus ancienne et plus jolie ; ce titre mérite définitivement sa place dans ma bibliothèque !

François – le narrateur – a un peu plus de douze ans lorsque la Première Guerre Mondiale se déclare dans le pays (la France). Il passe les trois années suivantes entre promenades avec son camarade de classe – René – et journées alanguies sous le soleil du printemps, à réfléchir à ses badinages de jeune garçon. Alors qu’il vient de passer les seize ans, en avril 1917, il rencontre, descendant du train à la Varenne, la jeune Marthe Grangier de deux ans son aînée, passionnée par le dessin et par les lectures que lui interdit son fiancé, le brave Jacques, soldat appelé à la guerre bien vite après leur union. Marthe comble sa toute nouvelle solitude de jeune femme mariée dans les bras du jeune et impétueux François qui découvre ainsi la violence d’une passion amoureuse et tous les sentiments qu’elle implique. Il est difficile de vivre une liaison adultère alors que tous les voisins ne cessent de les épier et il est bien plus difficile encore, de se mentir mutuellement pour préserver cet amour, dangereusement malmené par les jalousies fréquentes des deux parties…

Comme je le disais plus haut, il s’agit vraiment d’un très très court roman (une nouvelle ?) qui atteint tout juste les 90 pages. C’est donc une lecture très rapide mais qui ne manque tout de même pas d’être très intense, surtout lorsque l’on se renseigne un petit peu et que l’on se rend compte – malgré les dénégations de l’auteur – que le texte est en partie autobiographique. Malheureusement, la mort très prématurée de Raymond Radiguet (alors qu’il n’avait que vingt ans), l’année de publication du texte (en 1923), nous laisse dans l’incertitude. Mystère, mystère, nous ne connaîtront jamais le fin mot de l’histoire !
Pour revenir à la forme du texte, j’ai au début été assez déstabilisée par le manque de chapitre. En effet, les différents paragraphes sont séparés par des alinéas, et lorsque le besoin d’un nouveau chapitre pourrait se faire ressentir, l’auteur (ou l’éditeur) s’est contenté de sauter plusieurs lignes, pour marquer une pause. C’est un aspect très secondaire pendant la lecture, mais personnellement, ne pas pouvoir m’arrêter facilement après un chapitre et devoir mettre quelques secondes pour retrouver l’endroit où je m’étais arrêtée, m’agace légèrement. Ceci dit, encore une fois, cet aspect pratique n’enlève rien à la beauté du texte.

raymondradiguetMalgré la brièveté du texte, le récit s’étale tout de même sur de longs mois, et même années, puisque l’auteur fait appel à quelques ellipses narratives plus ou moins longues ; faisant démarrer son texte alors que le narrateur n’a que douze ans – en 1914 – et le suivant ensuite plus longuement, sur les mois qui marquent sa liaison adultère avec la jeune Marthe. Cette relation constitue la plus grande partie du récit et s’étend sur presque une année – l’année 1917 majoritairement – (d’avril 1917 à… quelques mois après janvier 1918, la date n’est pas précisée), suivant les aléas des sentiments de François. La Première Guerre Mondiale est tapie dans le contexte, mais c’est surtout la place de soldat du mari cocufié qui est mise en avant. François n’a pas l’âge pour aller se battre, il préfère profiter des journées de printemps au bord de la Marne, dans le village de « F… » (le nom n’est jamais donné dans son ensemble, seule la lettre F est offerte par le narrateur) et se nourrit de cette insouciance typiquement adolescente.

On pourrait croire que le thème n’est pas très original et a déjà été traité plusieurs fois, mais la façon dont Raymond Radiguet l’aborde est vraiment particulier, à mon goût, et évince les autres textes. Il faut savoir que Le Diable au corps a été écrit alors que l’auteur n’avait que 17 ans, c’est donc un écrit de jeunesse (enfin, de toute façon, on ne peut pas dire que Raymond Radiguet ait eu beaucoup l’occasion de produire des écrits plus matures étant donné qu’il a succombé à une maladie alors qu’il n’avait que 20 ans !) empli de la simplicité et de l’énergie propres à la jeunesse. Les phrases sont courtes, piquantes, sans détour et touchent au but à chaque fois. J’ai particulièrement aimé la façon dont il parle des sentiments propres à l’amour passionnel : la jalousie, la paranoïa, le mensonge, la peur,… En plus, tout est offert à la première personne du singulier, ce qui démultiplie, à mon goût, l’empathie que l’on peut avoir pour le narrateur et notre identification à celui-ci !

J’ai aimé cette lecture très intense émotionnellement, je me suis beaucoup retrouvée dans les réactions du jeune François et cette fin tragique m’a paru particulièrement bien à propos. C’est un vrai coup de cœur que j’ai eu pour ce très court texte, et je regrette maintenant que Raymond Radiguet nous ai quittés si jeune, ne laissant derrière lui qu’un autre roman (que je vais m’empresser de lire !) – Le Bal du Comte d’Orgel – et quelques recueils de poèmes… Franchement, si vous avez l’occasion de le lire, n’hésitez pas, c’est très beau et très intense !

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