Une éducation de Tara WESTOVER

Une éducation
de Tara WESTOVER

JC Lattès,
2019, 400 p.

Première publication (vo) : 2018

 

Pour l’acheter : Une éducation

 

Tara Westover est née en Idaho en 1986. Elle a obtenu son diplôme de la Brigham Young University en 2008, avant d’être titulaire d’une bourse Gates Cambridge Scholarship. Elle a obtenu un diplôme de deuxième cycle en lettres de Trinity College, à Cambridge, en 2009 et, en 2010, elle était boursière à Harvard. Elle est ensuite retournée à Cambridge, où elle soutenu sa thèse de doctorat en histoire en 2014. Une éducation est son premier livre.

 

♣ ♣ ♣

 

Tara Westover n’a jamais eu d’acte de naissance. Ni de dossier scolaire, car elle n’a jamais fréquenté une salle de classe. Pas de dossier médical non plus, parce que son père ne croyait pas en la médecine, mais à la Fin des temps. Enfant, elle a regardé son père mormon s’enfermer dans ses convictions, et son frère céder à la violence.
Et, à seize ans, Tara décide de s’éduquer toute seule. Son combat pour la connaissance la mènera loin des montagnes de l’Idaho, au-delà des océans, d’un continent à l’autre, d’Harvard à Cambridge. C’est à ce moment seulement qu’elle se demande si elle n’est pas allée trop loin. Lui reste-t-il un moyen de renouer avec les siens ?


C’est à nouveau grâce aux bons conseils d’une collègue que je me suis penchée sur ce titre dont je n’avais jusque là pas du tout entendu parler. Et quelle lecture !

Un témoignage autobiographique auprès d’un père survivaliste

Malgré sa forme de roman, Une éducation est avant tout un témoignage réel, un récit de vie, une autobiographie de Tara Westover, jeune femme née dans la montagne de l’Idaho. Dernière de 7 frères et sœurs, elle grandit dans une petite maison isolée où sa mère apprend le métier de sage-femme et où son père entretient ses convictions survivalistes. La famille est de confession mormone et le père, paranoïaque, tient tout son entourage à distance du gouvernement. Si les premiers enfants du couple ont été reconnus légalement et ont pu expérimenter l’école publique pendant quelques années, Tara elle, reçoit de plein fouet la maturation de l’éducation voulue par ses parents : elle est née dans la montagne, elle n’existe pas aux yeux de la loi, elle n’apparaît dans aucun document officiel, elle n’a jamais vu aucun médecin et n’a jamais mis un seul pied en classe. Le père contrôle tout et il ne vaut mieux pas le contrer.

L’adolescence et l’émancipation…

Dans ce texte, Tara revient sur ses jeunes années et l’amour indéfectible qu’elle portait à tous les membres de sa famille. Très proche d’un de ses frères de quelques années son aîné, elle découvre la musique et notamment le chant. C’est le déclic pour la prise de conscience qu’un monde étonnamment riche existe en dehors de la maison et de la ferraillerie de son père. Tara comprend que son mode de vie n’est pas le seul et que ce n’est peut-être pas le meilleur. Elle perçoit petit à petit les failles de sa famille, l’autorité et les névroses du père, les forces et faiblesses de cette mère qu’elle prenait jusque là pour modèle, la possessivité et la violence d’un frère.
L’adolescente hésite, se cache, met un pied dans des situations qu’elle ne connaît pas, a honte de sa trahison, perçoit sa gaucherie et sa différence, dépasse les frontières du monde connu. Elle fait un pas en avant, parfois deux en arrière. Elle a peur du jugement de sa famille mais finit tout de même par tenter de passer des examens de fin d’étude, elle qui n’a jamais été scolarisée de toute sa vie et, par détermination, par force morale, par courage, Tara s’adapte à cette autre vie (elle doit tout apprendre des conventions sociales par exemple) et s’émancipe petit à petit du carcan qui l’emprisonnait depuis sa naissance.

…malgré tout l’amour et l’embrigadement
Tara WESTOVER, portrait trouvé sur Vanity Fair.

Une éducation c’est le témoignage du courage d’une jeune fille qui, envers et contre tout, s’éduque. C’est ce choix difficile entre une famille qui a été notre Tout pendant de nombreuses années et le monde, riche et différent, qui s’ouvre à nous. C’est l’hésitation entre la fidélité à ses parents et la construction de soi. Doit-on suivre aveuglément les convictions et préceptes de sa famille ? Peut-on (doit-on) s’en détacher pour suivre sa propre voie ?
Ces questionnements sont d’autant plus intenses lorsqu’ils surviennent dans des milieux qui vivent l’extrême. La famille de Tara est de confession mormone mais elle le dit elle-même, ils ne vivent pas comme les autres mormons dont le père ne supporte pas les faiblesses (ils font appel à des médecins, vont à l’école, les jeunes filles portent des jupes courtes (!), les femmes travaillent…). Tout est poussé à l’extrême dans la maison dans la montagne, Tara et ses aîné.e.s subissent un « embrigadement » intense dès le plus jeune âge. Il est dès lors encore plus admirable que l’adolescente ait pu avoir le déclic pour s’en sortir.

Des scènes très dures, beaucoup d’émotions… et de l’espoir !

Certains passages m’ont laissée sans voix et même si je suis persuadée de l’amour des parents pour chacun de leurs enfants, certaines scènes équivalent à mon avis, à de la maltraitance physique et morale. Lorsqu’un des frères est brûlé au troisième degré, lorsque toute la famille a un grave accident de la route dont la mère sort avec une commotion cérébrale – qui lui laisse des séquelles de très longs mois -, lorsque Tara se blesse à la ferraillerie… le père est intraitable : pas de médecin, pas d’hôpital ; la nature fera son œuvre et seuls les remèdes aux plantes de sa femme sont tolérés.
J’ai parcouru ce témoignage avec beaucoup d’émotions, un sentiment de révolte et d’indignation parfois… mais aussi, et c’est ce que j’ai envie de retenir, la certitude que l’on peut se sortir de tout cela, si l’on a le bon déclic (si l’on croise la bonne personne) et si l’on est assez fort.e pour affronter les difficultés. En tournant la dernière page, j’ai eu l’impression que Tara Westover avait eu envie de me dire : « Croyez en vous, ne baissez pas les bras même si c’est dur, même si tout le monde semble contre vous, persévérez et ce sera payant au bout du compte, c’est promis ! ».

Le témoignage n’est pas un genre que j’ai l’habitude de lire – j’ai plutôt de mauvais a priori – mais force est de constater que certains me touchent de plein fouet, comme celui de Tara. Il faut dire aussi que pour une jeune femme n’ayant appris à lire/écrire que très tardivement et n’ayant commencé à fréquenter une salle de classe qu’au moment où la majeure partie la quitte sans regret, c’est sacrément bien écrit (traduit en l’occurrence). C’est vif, parfois introspectif, très immersif et surtout vraiment émouvant. Une lecture qui force l’admiration et pousse à se dépasser.

 

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Une pensée sur “Une éducation de Tara WESTOVER

  • 18 mars 2020 à 20 h 35 min
    Permalink

    bonjour Maureen
    je veux lire ce témoignage !! de Tara Westover des que nous sortirons du confinement , je verrais en biblio mais y’a de fortes chance pour que je l’achète .. ton article y sera pour quelques choses je viens souvent et ne commente pas toujours préfèrant le courrier 😉
    pour le moment nous ne sommes pas infectés , nos étagères pleines de livres de DVD nous aident un temps pour revoir les albums de voyages faits au files des années sur les chemins de notre vie curieux voyage confiné 😉 fait encore à deux les yeux et le cœur liés .. mes vœux pour toi et ton amoureux mais je me suis encore égaré pour ton article je t’octroi un cœur 🙂

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