Grace de Paul LYNCH

Grace
de Paul LYNCH

Albin Michel,
2019, 496 p.

Première publication (vo) : 2017

 

Pour l’acheterGrace

 

Paul Lynch est né en 1977 dans le Donegal et vit aujourd’hui à Dublin. Son premier roman, Un ciel rougele matin (Albin Michel, 2014), a été unanimement salué par la presse comme une révélation et finaliste du Prix du Meilleur Livre étranger. A suivi La Neige noire (Albin Michel, 2015), récompensé par le Prix Libr’à Nous et largement plébiscité par les lecteurs. (Albin Michel)

 

♣ ♣ ♣

 

Irlande, 1845. Par un froid matin d’octobre, alors que la Grande Famine ravage le pays, la jeune Grace est envoyée sur les routes par sa mère pour tenter de trouver du travail et survivre. En quittant son village de Blackmountain camouflée dans des vêtements d’homme, et accompagnée de son petit frère qui la rejoint en secret, l’adolescente entreprend un véritable périple, du Donegal à Limerick, au cœur d’un paysage apocalyptique. Celui d’une terre où chaque être humain est prêt à tuer pour une miette de pain.


Vous commencez à le savoir, dès que l’Irlande est citée dans un roman – encore plus quand l’auteur.ice est originaire de l’île – ma curiosité est piquée. Paul Lynch a rendu visite à nos volcans auvergnats et c’est en apprenant sa venue que j’ai eu très envie de découvrir enfin un de ses romans. C’est Grace – son petit dernier – qui me tentait le plus. Je n’ai malheureusement pas pu assister à la rencontre mais ce n’est que partie remise, en Auvergne ou à Saint-Malo pour le salon des Etonnants voyageurs, s’il choisit d’y revenir.

Le portrait d’une adolescente qui tente de survivre

Grace, l’adolescente de 14 ans qui donne son nom au roman, est contrainte de quitter sa famille (une mère enceinte jusqu’aux dents, trois petits frères et un beau-père qui commence à la regarder avec trop d’insistance) et son Donegal pour trouver de quoi subsister. Sa mère coupe ses boucles rousses au plus court et la pousse dehors. Grimée en garçon, elle se lance sur les routes irlandaises avec un seul objectif : survivre chaque jour… jusqu’au suivant.

Paul LYNCH, portrait trouvé sur Babelio.

L’hiver peine à s’enfuir, rien ne sort du sol et surtout pas les pommes de terre. La maladie est là, la nourriture commence à manquer. Des familles entières se lancent sur les routes irlandaises cherchant l’espoir plus loin. Les chaumières abandonnées offrent des abris plus ou moins confortables, parfois toujours habitées par les cadavres des anciens propriétaires, souvent désirées par d’autres miséreux dont il faut se méfier.
C’est la loi du plus fort. Toutes les personnes rencontrées ne sont pas dignes de confiance et peu font de bons compagnons de route. Grace s’associe à certains, avance toujours un peu plus loin, avec toujours moins dans l’estomac.
Un paysage irlandais désolé. Ravagé par la faim et la mort, gangrené par la maladie et la folie. Comment y survivre seule et sans ressource ?

La Grande Famine irlandaise de 1845 a été racontée de nombreuses fois mais rarement d’un point de vue si intime, rarement avec une si grande authenticité. Paul Lynch s’attarde sur les détails anodins du quotidien, ceux qui donnent de la force au tableau. Il nous offre une jeune héroïne contrainte au pire pour la survie. Une virée dans la folie (la schizophrénie ?), des allusions au viol et au sectarisme religieux… une réalité assez sordide.

Un texte dense, une écriture exigeante

C’est un texte dense qui m’a donné un peu de fil à retordre. C’est lent et parfois même un peu longuet. Mais c’est le genre de roman que l’on ne peut raccourcir si l’on veut préserver la force des détails et de l’atmosphère. Mais plus que la lenteur, c’est peut-être surtout la façon de mélanger récit, pensées et dialogues sans marque formelle distinctive qui m’a parfois perdue.
Grace perd son petit-frère adoré alors qu’il s’était enfui avec elle. Noyé dans une rivière, il semble pourtant ne pas la quitter et continue à s’exprimer par la bouche de l’héroïne (un peu de schizophrénie ou le résultat d’épreuves éprouvantes pour une si jeune fille ?). Son discours est donc double mais jamais distinct (de toute façon, les deux enfants ne font qu’un). Au lecteur de faire la part des choses. Une particularité narrative qui, il faut bien l’avouer, n’aide pas à fluidifier la lecture.

Grace est un roman assez contemplatif qui ne se laisse pas dévorer si facilement. Le propos est dramatique, l’écriture dense et parfois un peu obtuse. Mais malgré tout, malgré la petite complexité du style, j’ai été touchée et je n’oublierai pas de si tôt le long et difficile chemin parcouru par la jeune Grace…

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