La Parole de Fergus de Siobhan DOWD

La Parole de Fergus
de Siobhan DOWD

Gallimard (Scripto),
2009, 348 p.

Première Publication (VO) : 2008

 

Pour l’acheter : La Parole de Fergus

 

Siobhan Dowd est née à Londres de parents irlandais. En août 2007, à 47 ans, Siobhan Dowd décède d’un cancer du sein. La Parole de Fergus est l’un des deux romans posthumes qu’elle nous laisse en héritage. Les quatre romans pour la jeunesse de Siobhan Dowd constituent une œuvre littéraire magistrale d’autant plus précieuse qu’elle fut interrompue au summum de son accomplissement. Elle témoigne de son immense talent d’écrivain, de sa profonde passion pour la vie et de l’attachement qu’elle a toujours gardé pour l’Irlande où elle se rendait régulièrement.

 

♣ ♣ ♣

 

Fergus a dix-huit ans lorsqu’il fait une découverte extraordinaire: le corps d’une enfant à demi enterré dans la tourbe. Presque intact. Pourtant, il a deux mille ans… Une archéologue vient sur les lieux avec sa fille, Cora. S’il n’ y avait que la charme et la sensualité de Cora… Mais l’Irlande du Nord est en plein conflit avec l’Angleterre et Joe, le frère de Fergus, proche de l’IRA et en prison, a entamé une grève de la faim. Comment trouver les mots pour le convaincre d’arrêter ? Et cette voix qui parle à Fergus, la nuit, peut-elle être celle de Mel, l’enfant de la tourbe ?


Une découverte archéologique dans le Donegal, à la frontière entre la République d’Irlande et l’Irlande du Nord, en plein conflit irlandais, au moment des grèves de la faim dans la prison de Long Kesh… voilà qui avait TOUT pour me plaire.
D’ailleurs, tout avait bien commencé et puis, finalement, je suis ressortie de cette lecture un peu frustrée par le potentiel pas tout à fait exploité. Dommage.

Un été qui peut tout changer pour Fergus

Un héros jeune adulte – Fergus – qui s’apprête à entrer à la Fac. Promis à un brillant avenir de médecin, tout pourrait pourtant être remis en question pendant ces deux mois d’été ; tout dépend des décisions qu’il prendra pendant cette période charnière.
Tout commence alors qu’il découvre, enfoui dans la tourbe, un cadavre d’enfant parfaitement conservé. Au début tout le monde pense que c’est en rapport avec le conflit nord-irlandais, que les Brits ou l’IRA sont derrière le meurtre car la tourbière située à la frontière entre la République d’Irlande et l’Irlande du Nord est un no man’s land idéal. D’ailleurs, qui appeler pour signaler la découverte ? La garda (la police irlandaise) ou la police royale de l’Ulster (britannique, basée en Irlande du Nord et interdite aux catholiques) ? Les deux unités sont finalement prévenues ainsi que des archéologues de Belfast et de Dublin. Mais c’est surtout l’une des scientifiques de Dublin qui s’intéressera à cette enfant de la tourbe. Elle et sa fille Cora, du même âge que Fergus.
Les recherches archéologiques démarrent, notre héros les suit de près et en profite pour se rapprocher de la jolie dublinoise. Le joli et léger flirt d’été pourrait être la seule préoccupation du jeune homme mais son frère aîné, détenu à la prison de Long Kesh, commence à son tour une grève de la faim, pour marcher dans les pas de son héros Bobby Sands.
Le conflit nord-irlandais rattrape Fergus bien malgré lui, lui qui souhaite seulement continuer sa vie et partir en Angleterre pour poursuivre de prometteuses études. Et tout s’accélère lorsque l’IRA le contacte et lui demande son aide pour quelques « courses » innocentes. Que faire ? A-t-il le choix ? Est-ce mal de ne pas être aussi engagé pour la cause irlandaise que les autres jeunes de son âge ? Est-ce mal de sympathiser avec Owen, le Brit qui vient du Pays de Galles et qui garde un des postes frontières ?

Siobhan DOWD, portrait trouvé sur le site de Gallimard.
Conflit nord-irlandais et découverte archéologique… pas assez exploités !

Les questions soulevées par ce que vit Fergus sont loin d’être inintéressantes et le contexte politico-historique dans lequel elles prennent vie n’est pas mal amené, je dirais même qu’il est particulièrement tangible, mais l’autrice choisit finalement de rester dans une certaine légèreté.
Alors oui, il s’agit d’un titre a priori plutôt dédié aux jeunes lecteurs (adolescents et jeunes adultes) donc je comprends que Siobhan Dowd ait décidé de « minimiser » les événements. Mais en tant qu’adulte déjà au courant du conflit, j’aurais aimé davantage de profondeur et d’intensité. Il est clair que si j’avais lu ce livre à sa sortie il y a 11 ans, beaucoup moins au fait du contexte irlandais, j’aurais certainement beaucoup plus apprécié. J’ai beaucoup trop attendu pour le découvrir, dommage.

L’autre petite déception de ma lecture réside dans l’utilisation de la découverte archéologique qui n’est qu’un prétexte scénaristique finalement sans grand intérêt pour l’intrigue principale si ce n’est provoquer la venue de Cora et de sa mère archéologue et donc provoquer la rencontre avec Fergus.
Les recherches liées à la dépouille sont en fil rouge tout au long du récit. Les scientifiques comprennent rapidement que le corps est beaucoup plus ancien qu’on le pensait de prime abord (plus de 2000 ans !) et qu’il a certainement été enseveli à cet endroit précis pour suivre une sorte de rituel sacrificiel… mais lequel et pourquoi ?
J’ai beaucoup aimé ces questionnements mais ai ressenti comme un goût de trop peu et n’ai pas vraiment vu de liens entre cette petite intrigue et celle concernant Fergus. Et j’ai souri en découvrant la vitesse à laquelle les archéologues et les chercheurs avançaient leurs hypothèses et l’efficacité universitaire pour la prise de décisions. Tout semble bouclé en un été, en deux mois. Les institutions françaises devraient carrément en prendre de la graine ! Ahah.

Beaucoup d’humanité et de sensibilité

Malgré ces facilités scénaristiques, ces simplifications et cette légèreté que l’on peut certainement imputer à l’âge du lectorat visé ; j’ai beaucoup aimé le personnage de Fergus, emprunt d’une très belle humanité qui, je pense, témoigne de celle de sa créatrice. Siobhan Dowd pose des questions et fait passer quelques beaux messages de paix et de bienveillance. Le tout dans un style très agréable et immersif. J’ai particulièrement apprécié sa facilité à transporter son lecteur au milieu de la campagne irlandaise, au cœur d’un conflit compliqué et bien particulier.

J’aurais aimé encore plus de relief au personnage de Fergus, plus d’intensité dans ce qu’il vit et plus de profondeur au contexte nord-irlandais ; mais La Parole de Fergus est à mon avis, une très bonne approche du conflit pour un jeune lectorat qui suivra au plus près les questionnements du héros.

 

 

Vous avez aimé ? Dites-le !
error

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

error

Vous avez aimé ? Dites-le !

RSS
Follow by Email
Facebook
YouTube
Instagram