De l’autre côté du mur de Agnès MAROT

De l’autre côté du mur
de Agnès MAROT

Editions du Chat Noir,
2013, 308 p.

Première Publication : 2013

 

Pour l’acheter (Lynks a réédité le diptyque en une seule intégrale) : De l’autre côté du mur

 

Une tasse de thé bien chaude à la main, sa panthère de poche sur les genoux, Agnès Marot écrit des histoires dans lesquelles elle partage ses rêves, ses espoirs. Depuis De l’autre côté du mur jusqu’à I.R.L., son cinquième roman, ses personnages empruntent les mille facettes des émotions et parcourent les sentiers de l’imaginaire pour mieux parler des hommes et du monde. Entre deux mots et trois carrés de chocolat, elle passe de l’autre côté de la barrière pour travailler les romans des autres auteurs en tant qu’éditrice indépendante, et tente de dompter sa muse incontrôlable. (Lynks)

 

♣ ♣ ♣

 

Pour Sibel qui se consacre entièrement à la danse, le quotidien est un perpétuel ballet. Pourtant, tout bascule le jour où son lien à l’Art est coupé : on l’isole de ses sœurs, on lui refuse l’existence qu’elle aime tant dans cette communauté composée exclusivement de femmes. En tâtonnant pour retrouver tout ce qu’elle a perdu, elle entend des rumeurs, découvre des secrets propres à bouleverser sa conception du monde.
Mais alors, si la vie n’est qu’un immense théâtre, pour qui Sibel danse-t-elle ? Et surtout, que se trame-t-il en coulisse ?
Peut-être cet étranger au sourire narquois qui se définit comme un « homme » et ne lui parle que de Science pourra-t-il lui apporter des réponses. L’aidera-t-il à franchir l’enceinte qui délimite l’univers qu’elle a toujours connu ?
Découvrez le mystère qui se cache là-bas, de l’autre côté du mur…


Quasiment 5 ans après son achat, je me suis enfin décidée à découvrir le premier roman d’Agnès Marot, aujourd’hui autrice de plusieurs textes connaissant un joli succès auprès des (jeunes) lecteurs. De la quatrième de couverture, je ne comprenais pas grand chose, si ce n’est qu’il s’agissait sans doute d’une dystopie pour la jeunesse. Après des mois davantage tournés vers la littérature contemporaine, pourquoi pas !
Quelques imperfections se cachent dans ce récit mais je ne boude pas mon plaisir, j’ai apprécié. Je dirais même que cette lecture m’a donné envie de plonger à nouveau dans la littérature imaginaire. Elle m’a divertie, elle m’a emportée ailleurs, elle m’a fait du bien tout simplement.

Les premiers chapitres m’ont laissé un peu sceptique car je ne voyais pas trop où l’autrice souhaitait nous emmener. On y rencontre notre héroïne – Sibel – qui s’entraîne à son Art : la danse. Le niveau et la pression sont élevés, une certaine animosité – ou au moins jalousie – semble régner entre toutes les danseuses. Sibel pourrait facilement devenir la meilleure danseuse du groupe mais son rêve se brise en une fraction de seconde, alors que l’une des autres adolescentes la touche. Dans le monde décrit par Agnès Marot, les contacts sont prohibés car souillent celui qui en est victime.
Isolée des autres filles pour ne pas risquer un autre incident, Sibel se morfond. Sa meilleure amie Aylin est la seule à ne pas lui tourner le dos mais cette dernière a des réflexions de plus en plus bizarres et surtout, des pensées défendues par les « Mères » ! Heureuse dans son petit monde étriqué et très codifié, Sibel va découvrir qu’il y a plus ailleurs, derrière tous les murs qui l’entourent. Peut-être que la vie qu’on lui a toujours vendue et imposée n’est-elle finalement pas si épanouissante que ça ?

Agnès MAROT, portrait trouvé sur le site des éditions du Chat Noir.

J’ai sincèrement beaucoup aimé l’univers mis en place par Agnès Marot. On sent le huis clos qui vole en éclat. J’ai trouvé l’utilisation de la métaphore du théâtre très originale dans un texte Young Adult, elle amène beaucoup de réflexion et une mise en abyme très intéressante. Bien joué !
Dans ce roman donc, les héros semblent être constamment acteurs d’une pièce de théâtre dans laquelle ils jouent leurs plus beaux rôles, donnent le maximum d’eux-mêmes en s’oubliant ; contrôlés par des metteurs en scène tout puissants, aidés en cela par toutes les petites mains œuvrant en coulisses, invisibles.
Ainsi, Sibel possède l’Art de la danse, Art qu’elle maîtrise plutôt bien. Son but est d’atteindre l’excellence, chaque jour un peu plus, peu importe le reste. Les autres filles dédient elles aussi leur vie à un Art sacré : la danse, la peinture, l’écriture ou le chant. De ces dons innés, une sorte de magie semble se révéler. Finalement, j’ai trouvé que cet aspect « surnaturel » n’était peut-être pas nécessaire à l’ensemble du propos et même qu’il paraissait en trop, décalé.

Autre petit bémol pour moi pendant cette lecture : la relation naissante entre Sibel et Aslan. Parce que oui, je ne vous l’ai pas encore dit mais notre héroïne va ouvrir les yeux sur son monde et sur ce qui se cache au-delà grâce à sa rencontre avec un spécimen incroyable… un garçon ! Filles et garçons étant éduqués chacun dans deux sphères qui ne se croisent jamais, aucun d’entre eux ne connaît l’existence de l’autre groupe.
Je ne vous livre pas une grosse révélation en vous annonçant qu’une romance adolescente va s’installer entre les deux héros. Ce n’est pas un défaut narratif à proprement parler pour moi, mais juste un élément auquel je n’accroche pas et qui ne me fait ni chaud ni froid. L’âge sans doute (j’ai le double de celui de Sibel) et ma non-passion pour les romances en général. La romance ne m’a pas gênée mais je n’y ai pas cru : trop rapide, trop exclusive, trop… Même si je conçois qu’une adolescente enfermée dans un huis clos tombera facilement passionnément amoureuse du premier garçon qu’elle verra, surtout si c’est celui qui la « sauve » (c’est un peu le principe du conte de fées, non?). Agnès Marot tente de créer une animosité entre eux, Sibel semblant haïr son sauveur auquel elle reproche sa nouvelle situation mais le lecteur n’est pas dupe, elle change vite son fusil d’épaule.

Malgré ces petits défauts narratifs, je sors de cette lecture convaincue, notamment par la plume de l’autrice. J’ai été surprise de découvrir un style parfois très poétique et je garde d’ailleurs en tête quelques descriptions de « mouvement » très belles. Lorsque Sibel danse et nous décrit sa sensation, c’est assez incroyable de justesse et d’émotions, je trouve. Une certaine délicatesse imprègne le texte ; c’est en adéquation avec la personnalité d’Agnès Marot, elle-même d’une grande douceur, il me semble.
Je suis persuadée que l’utilisation de la narration du point de vue interne saura toucher de nombreux jeunes lecteurs qui ne manqueront pas de s’identifier ou tout du moins de s’attacher à cette héroïne un peu antipathique au début mais qui révèle de belles qualités au fil des pages.

L’univers créé par Agnès Marot est d’une grande originalité, poésie et richesse. On peut regretter de seulement l’effleurer ici, alors qu’il semble y avoir tant d’autres choses à découvrir… Heureusement, l’autrice offre une préquelle – Notes pour un monde meilleur – dans laquelle elle revient sur les origines de cette histoire. L’occasion de prolonger un peu plus le voyage… et découvrir d’autres personnages que j’espère encore plus attachants et en relief que Sibel et Aslan.

 

 

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