Vera de Karl GEARY

Vera
de Karl GEARY
traduit par Céline LEROY

Editions Rivages,
2017, 276 p.

Première Publication (vo) : 2017


Pour l’acheter : Vera


Né à Dublin en 1972, Karl Geary quitte l’Irlande à 16 ans pour l’Amérique. Il gagnera quelques années plus tard sa « Green Card » à la loterie. Repéré par un agent, il devient mannequin puis acteur. Il a joué dans de nombreux films et séries, de Jimmy’s Hall de Ken Loach à Hamlet, en passant par Sex and The City. Avec un ami, il a aussi fondé le « Café Sin-é » à New York, dans l’East Village, scène mythique où se produira notamment Jeff Buckley. Il joue toujours la comédie mais exerce également le métier de scénariste pour Hollywood. Il vit entre Brooklyn et l’Écosse. (Babelio)


♣ ♣ ♣


Vera a la trentaine passée, elle vit dans les quartiers chics de Dublin, à Montpelier Parade. Sonny a 16 ans, il travaille dans une boucherie. Bien sûr, il rêve d’ailleurs. Lorsqu’il croise le regard de Vera, sa beauté lui donne immédiatement le vertige. Vera parle peu. Mais elle sait écouter Sonny comme personne ne l’a fait jusqu’à présent.


Mon obsession cette année est de découvrir un maximum d’auteurs irlandais. Je suis tombée sur ce titre de la rentrée littéraire 2017 en le rangeant au travail (à la médiathèque) alors que je ne l’avais même pas vu passer lors de sa sortie. Les avis étant globalement très bons – voire dithyrambiques pour certains – j’étais assez confiante et curieuse de me plonger dans ce premier roman.
Force est de constater que, si je n’ai pas détesté, j’ai été un peu désappointée par ma lecture. Le style m’a surprise et on est loin, à mon avis, de l’histoire d’amour inoubliable ; même si, effectivement, c’est une relation ayant un impact énorme sur les deux personnages qui la vivent.

Vera – le titre original est Montpelier Parade, du nom d’un quartier de Dublin – est un roman d’apprentissage, un roman initiatique mettant en scène un jeune garçon de 16 ans, Sonny et cette fameuse Vera, une femme taciturne et solaire, belle et énigmatique.
Sonny vit dans une famille très modeste, dans un quartier populaire de Dublin. Son père, travailleur dans les chantiers, dépense toute sa paie dans des paris ; sa mère, femme au foyer, dépérit dans sa cuisine à attendre que tous ses hommes rentrent ; et ses deux frères aînés semblent déjà perdus, sans aucun espoir d’avenir. Sonny est à un moment charnière de son existence. Peu passionné par l’école, peu motivé par son apprentissage dans la boucherie du coin, l’adolescent est sur une pente glissante. Il pourrait facilement tomber dans la délinquance et suivre le modèle familial : une vie misérable, sans lueur d’espoir. Mais Sonny possède un certain éclat, une lueur qui attire tous les espoirs sur lui. S’il sait prendre les bonnes décisions, c’est un adolescent qui peut s’en sortir.

Karl GEARY, portrait trouvé sur Babelio.

C’est justement alors que tout se joue pour lui que Sonny fait la rencontre improbable de Vera, alors qu’il donne un coup de main à son père sur un chantier dans les beaux quartiers. Vera a plus du double de son âge, elle est riche, elle est belle, elle est brillante, elle est inaccessible. Et pourtant, Sonny ne peut s’empêcher de revenir vers elle et de s’accrocher. Cette relation sans avenir va-t-elle le faire sombrer ou au contraire, va-t-elle lui montrer la lumière à laquelle se raccrocher ?
La relation amoureuse est là, comme l’indique la quatrième de couverture et le bandeau. Mais c’est aussi un peu trompeur car ce n’est pas une histoire d’amour à proprement parler, ou en tout cas pas celle qu’on s’attend à trouver avec de telles indications. Je me demande même si ce que ressentent les deux héros l’un pour l’autre est véritablement de l’amour ? D’une certaine façon, oui. Mais Sonny n’est-il pas davantage à la recherche d’un point d’ancrage ? Presque d’une figure maternelle ? Et elle, ne s’accroche-t-elle pas à cet adolescent comme à une bouée de sauvetage ? A la fois ennemis et sauveurs l’un pour l’autre.
Je n’ai pas été insensible à cette histoire qui se noue entre deux êtres marqués par les difficultés de la vie mais je n’ai pas non plus vibré au point d’en faire une histoire inoubliable. Je dirais même que j’ai trouvé certaines longueurs au récit, ce qui m’a parfois fait un peu décrocher.

Mais ce qui m’a certainement déstabilisée le plus dans cette lecture, c’est bien la plume. Ce n’est pas tant l’utilisation du « tu » pour la narration qui m’a bloquée, que son association avec les temps du récit, et notamment le passé simple. Autant au présent, je crois que ça serait passé sans trop de problème et j’aurais même apprécié la proximité avec le héros, comme si on prenait un peu sa place… mais ces « tu » au passé simple… personnellement, je butais sur chaque phrase. Tant et si bien que je crois, qu’au bout d’un moment, je changeais automatiquement le temps de narration dans ma tête pour ne pas être dérangée. Un exemple vaut mieux que dix lignes d’explications : « Tu patientas deux jours avant d’appeler Vera : un bon compromis, d’après toi. Ce fut compliqué, cette attente. Puis tu te demandas si tu n’avais pas trop attendu, et tu courus à la cabine téléphonique après le travail. » Alors peut-être qu’en vo, ça ne rend pas du tout de la même façon mais en français, je trouve que ça coince.

Vera fut donc une lecture en demi-teinte pour moi. L’histoire n’est pas inintéressante et pas dénuée d’émotions – bien que j’en attendais davantage – mais le choix de la narration aux temps du passé et surtout son association avec la deuxième personne du singulier (le « tu »), est décidément quelque chose qui me déstabilise, même si j’en comprends l’intérêt.



Vous avez aimé ? Dites-le !

Une pensée sur “Vera de Karl GEARY

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Vous avez aimé ? Dites-le !

RSS
Follow by Email
Facebook
Google+
http://bazardelalitterature.com/2018/06/04/vera-de-karl-geary">
YouTube
Instagram