Pendant la Famine en Irlande de Carol DRINKWATER

Pendant la famine en Irlande,
Journal de Phyllis McCormack,
1845 – 1847
de Carol DRINKWATER

Gallimard Jeunesse,
2006, 221 p.

Première Publication (vo) : 2001


Pour l’acheter : Pendant la famine en Irlande


Carol Drinwater, anglo-irlandaise, est actrice et écrivain. Elle a été membre du National Theatre of Great Britain quand il était dirigé par Sir Olivier. Elle a tourné dans de nombreux téléfilms. Elle a écrit des livres pour les enfants et les adultes, et son oeuvre la plus connue est une série de livres sur le thème de l’olive, où elle raconte notamment son expérience d’agricultrice dans une oliveraie provençale baptisée Appassionata. Elle travaille avec l’UNESCO sur le thème de l’olivier arbre symbole de la paix dans le bassin méditerranéen. Elle a beaucoup voyagé, entre autres sur le Mékong. (Babelio)


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Novembre 1845, en Irlande, la maladie réduit en pourriture toutes les récoltes de pommes de terre. Cet ouvrage nous raconte le quotidien d’une jeune adolescente pendant toutes ces années de famine.


Inutile de préciser ici que l’histoire de l’Irlande me passionne et que j’ai déjà eu l’occasion de lire plusieurs ouvrages au sujet de la Grande Famine… mais jamais sous ce format. J’ai surtout eu l’occasion de feuilleter des essais et d’écouter des documentaires mais vivre l’événement à travers les yeux d’une adolescente, sous forme de journal intime, c’est tellement touchant que c’en est forcément encore plus percutant.

Pendant la famine en Irlande fait partie d’une collection créée par Gallimard Jeunesse autour de faits historiques marquants. La particularité de ces titres, c’est qu’ils sont écrits sous forme de journaux intimes, le héros devient alors narrateur (à la première personne du singulier) et le lecteur ne peut donc que se sentir impliqué et touché par les événements. A la base destinée à un jeune public, c’est une collection qui mérite qu’on s’y penche, quel que soit notre âge et qui, à mon avis, beaucoup à apporter, même aux lecteurs adultes aguerris.

Petit cours d’histoire en accéléré : au milieu du XIXe siècle, les irlandais – majoritairement pauvres et donc paysans – se nourrissent essentiellement (uniquement) de pommes de terre. Les autres matières produites par le pays (blé, céréales, viande…) sont destinées à l’exportation, notamment vers l’Angleterre qui, je vous le rappelle, a officialisé l’annexion de l’Irlande à son territoire en 1800. Globalement, les landlords anglais (et écossais) ont pris possession des terres, qu’ils louent aux irlandais (et le loyer n’est pas donné), qui font pousser des récoltes dessus, récoltes dont ils ne voient quasiment pas la couleur hormis les champs de pommes de terre qui servent à les nourrir (ainsi que les cochons).

Carol DRINKWATER.

En 1845, le mildiou – une maladie contagieuse, un parasite – attaque les récoltes de pommes de terre qui se transforment en bouillie noire. Une année passe mais l’espoir d’avoir une belle récolte l’année suivante est dans tous les cœurs… sauf que non, le mildiou attaque à nouveau. Affamés, les irlandais tentent de se faire embaucher sur des chantiers (créés par les anglais pour éviter la charité) pour recevoir une paye afin de s’acheter quelques denrées… mais très vite, ils ne sont plus payés ou alors on leur distribue un gros billet qu’ils doivent se partager à plusieurs travailleurs et pour faire de la monnaie, quel meilleur endroit que le pub du coin ? Pendant ce temps-là, les loyers des terrains doivent continuer à être payés (pas tous, certains landlords sont d’une grande aide pour leurs tenanciers) et les récoltes des autres produits sont envoyées à l’exportation.
Entre la faim, les maladies annexes (choléra notamment) et l’immigration, 2 millions d’irlandais meurent ou quittent l’Irlande en quelques années (soit un quart de sa population) et parmi eux, principalement des gaélicisants de l’ouest du pays. Avant la Grande Famine, 90% des irlandais parlaient gaélique, en 1860, il n’en reste plus que 20% (les orphelins recueillis par le gouvernement britannique étaient éduqués à la langue anglaise).

Cette catastrophe nous est contée à travers les yeux de Phyllis, une jeune adolescente de 13 ou 14 ans à l’arrivée du mildiou. Fille aînée, elle aide sa mère à s’occuper de ses plus jeunes frères et sœurs et donne un coup de main dans les champs chaque été. Son frère aîné traîne de plus en plus souvent avec des jeunes rebelles et, plus intellectuel que manuel, il passe son temps à parler de politique et d’économie. Cette année-là, la chaleur est exceptionnelle et la pluie se fait rare, la récolte s’annonce extraordinaire. Mais des rumeurs commencent à arriver, une maladie aurait fait son apparition, certains voisins ont déjà tout perdu…
L’adolescente est alors embauchée comme fille à tout faire chez les propriétaires des fermages, son salaire quotidien permet de s’en sortir. Là-bas, elle fait la connaissance du fils unique, anglais de naissance mais irlandais de cœur. C’est à ses côtés mais aussi grâce aux anciennes conversations qu’elle a pu avoir avec son frère, qu’elle ouvre les yeux sur la réalité de la situation économique et politique de son pays. Elle comprend l’aberration du fonctionnement et s’insurge contre sa stupidité. Mais qui est-elle, jeune adolescente irlandaise, pour faire changer les choses ? La faim est de plus en plus présente, sa plus jeune sœur, qui n’est qu’un bébé, ne cesse de hurler sa colère face à son ventre vide, les forces s’épuisent… et son frère aîné disparaît, recherché par les forces de l’ordre pour rébellion. Et si le futur était ailleurs ? A Dublin ? En Amérique ?

A travers des entrées de journal plus ou moins courtes (parfois un seul paragraphe, parfois 5 pages), Phyllis nous raconte son quotidien, ses pensées, ses réflexions et ses prises de conscience. C’est dur, cruel et choquant mais c’est un témoignage – bien que fictif – nécessaire.
Le seul petit bémol à mon avis, le style qui me paraît un peu trop propret et maîtrisé pour une jeune adolescente pauvre de la campagne irlandaise du milieu du XIXe siècle. Elle nous explique au début pourquoi elle sait lire et écrire (chose très rare dans son milieu à cette époque) et même si c’est probable, le vocabulaire et les tournures de phrases restent, à mon avis, un peu trop beaux pour coller.

Cet épisode tristement célèbre de l’histoire irlandaise a relancé le mouvement nationaliste dans le pays et est encore aujourd’hui, bien présent dans les esprits de nombreux irlandais. Si le sujet vous intéresse, de nombreux essais et documentaires existent et je vous invite pour commencer à écouter cette interview assez éclairante.

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