Ailleurs, en ce pays de Colum MCCANN

Ailleurs, en ce pays
de Colum MCCANN

Editions 10/18,
2003, 144 p.

Première Publication (vo) : 2000

 

Pour l’acheter : Ailleurs, en ce pays

 

Colum McCann est un écrivain irlandais né en 1965. Après avoir été journaliste, il commence à écrire des romans en 1995 et accède à la notoriété avec Et que le vaste monde poursuive sa course folle (Let The Great World Spin, 2009) primé à de nombreuses occasions. Il vit à New-York où il enseigne l’écriture créative. (Wikipédia)

 

♣ ♣ ♣

 

Une jeune fille seule avec un père en deuil et consumé par sa haine de l’ennemi ; un garçon qui en secret aide sa mère à fabriquer des hampes de bois destinées aux défilés orangistes ; un adolescent qui suit, impuissant, la grève de la faim entamée par son oncle en prison… Comment grandir dans un pays en guerre, quand la violence n’épargne aucune famille ?


Ailleurs, en ce pays (Everything in this country must) est un très court recueil rassemblant trois nouvelles. Les deux premières n’excèdent pas les 20 pages, la dernière approche la centaine. Toutes les trois prennent place dans le quotidien d’irlandais qui souffrent du conflit nord-irlandais. Aucun des personnages rencontrés n’est un combattant impliqué dans la guerre et pourtant, tous subissent les Troubles de plein fouet.

Tout est implicite, rien n’est jamais vraiment nommé (et surtout pas les anglais) par Colum McCann, alors je peux comprendre que ces trois peintures sociales laissent un peu de marbre ceux qui ne possèdent pas déjà quelques connaissances des Troubles. J’imagine que ces scènes du quotidien sembleront bien anodines et insignifiantes et pourtant, elles témoignent avec beaucoup de subtilité des conséquences d’un conflit sur toute une population. Les enfants grandissent avec un poids sur les épaules, les relations entre membres d’une même famille en pâtissent et l’avenir semble plus sombre que jamais.

Colum MCCANN, portrait trouvé sur ricorso.net

Ailleurs, en ce pays, est le titre de la première nouvelle. On y découvre un père et sa fille, paysans dans la campagne irlandaise ; seuls au monde suite à la mort de la mère et du fils à cause d’un accident impliquant l’armée britannique. Le lecteur est projeté violemment au cœur de l’action : leur jument (leur plus grande richesse) est coincée dans la rivière par une crue et est en train de se noyer. Tous deux luttent, conscients qu’ils ne peuvent se permettre de perdre l’animal. Soudain, des phares éclairent l’obscurité, l’espoir renaît, peut-être est-ce un voisin qui passe par-là… des soldats britanniques descendent du camion et proposent leur aide. Peut-on accepter l’aide de « l’ennemi » ?

La deuxième nouvelle du recueil – baptisé Le Bois – traite d’un sujet un peu similaire. On découvre cette fois une famille d’exploitants de bois. Le père n’est plus en état de travailler suite à une attaque (un genre d’AVC), c’est donc la mère et le fils aîné qui se chargent de faire tourner l’entreprise. Tous les deux travaillent la nuit en secret, pour ne pas avoir à avouer au père qu’ils préparent les hampes (sortes de lances sur lesquelles sont accrochés les drapeaux) qui serviront à un futur défilé orangiste (défilés des protestants qui se déroulent chaque été, principalement le 12 juillet). Encore une fois, faut-il mettre sa rancœur de côté, travailler pour le camp opposé et accepter son argent ?

Une Grève de la faim est la plus longue des trois nouvelles (une centaine de pages) mais c’est peut-être finalement celle qui me séduit le moins. Son titre ne laisse pas beaucoup de doute quant à son sujet, ou en tout cas son contexte. On y suit les pensées et interrogations d’un jeune adolescent dont l’oncle est emprisonné à Long Kesh (célèbre prison de Belfast) où, comme des dizaines d’autres prisonniers irlandais, il a entamé une grève de la faim. On sent à nouveau le poids du conflit sur les frèles épaules de ce garçon qui ne demande qu’à comprendre comment le monde peut en arriver là… mais le suivre au cours de ses pérégrinations – sur un kayak par exemple – a eu un petit quelque chose d’absurde qui me perd personnellement (en tout cas, qui éloigne l’émotion) et c’est dommage.

Je découvrais la plume de Colum McCann avec ce court recueil et je suis largement convaincue. Bien qu’inégales dans le fond et dans la forme, ces trois nouvelles apportent chacune un fort témoignage du quotidien des irlandais au moment des Troubles (en Irlande du Nord… et dans le reste de l’île). Ces peintures sociales peuvent sembler anodines mais tout leur intérêt réside dans les non-dits et dans l’atmosphère pesante que ceux-ci entraînent. Je lirai d’autres titres de Colum McCann, sans aucun doute !


La première nouvelle a été adaptée en court-métrage…

EVERYTHING IN THIS COUNTRY MUST from Palomar Pictures on Vimeo.

 

 

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