Retour à Killybegs de Sorj CHALANDON

Retour à Killybegs
de Sorj CHALANDON

Grasset,
2011, 333 p.

Première Publication : 2011


Pour l’acheter : Retour à Killybegs


Sorj Chalandon, né le , est un journaliste et écrivain français. Il a été journaliste au quotidien Libération de 1973 à février 2007. Membre de la presse judiciaire, grand reporter, puis rédacteur en chef adjoint de ce quotidien, il est l’auteur de reportages sur l’Irlande du Nord et le procès de Klaus Barbie qui lui ont valu le prix Albert-Londres en 1988. En 2008, son roman Mon traître s’inspire de son histoire personnelle : son amitié avec Denis Donaldson, vue par le biais d’un narrateur parisien luthier ; trois ans plus tard, l’histoire romancée est racontée sous l’angle du « traître », dans Retour à Killybegs. Ce roman obtient le Grand prix du roman de l’Académie française en 2011. (Wikipedia)

 Mon traître 


♣ ♣ ♣


Pendant des années, Tyrone a eu un rôle important au sein de l’IRA. Nationaliste avant tout, il a connu les prisons britanniques, la violence, la souffrance de voir son fils emprisonné à son tour, mais jamais il n’a plié. Un jour, pourtant, sa famille et ses amis découvrent qu’il a « trahi » et que pendant plus de 30 ans il a renseigné les britanniques… Tout le paradoxe irlandais entre fierté et désespoir se retrouve dans ce portrait poignant d’un homme qui un jour, a renoncé à ses idéaux…


Mon traître a été une de mes lectures les plus poignantes de 2016. Si j’ai attendu si longtemps avant de me plonger dans l’autre versant du diptyque, c’est non seulement par peur d’être déçue mais aussi pour ne pas que l’aventure s’arrête. Après avoir tourné la dernière page de Retour à Killybegs, je suis certaine que ce n’est pas fini, cette histoire me poursuivra encore un très long moment… Et, je ne pensais pas que ce serait possible, mais je crois que j’ai préféré ce second versant au premier, encore plus émouvant et puissant, à mon goût !

Dans Mon traître, Sorj Chalandon nous livrait son point de vue à travers le personnage de Antoine – Tony – le luthier parisien. Ici, c’est l’histoire de Tyrone Meehan – figure fictive incarnant le “réel” Denis Donaldson – qui nous est contée. De son enfance rude sur la cote ouest de l’Irlande (Killybegs) à ses derniers instants dans la vieille masure de ses défunts parents, en passant par ses premiers pas au sein de l’IRA, Tyrone se livre et émeut.
Mon traître nous avait quasiment pousser à le détester, Retour à Killybegs nous offre un nouveau point de vue, le sien. C’est donc avec force détails mais aussi une certaine pudeur, que ce combattant irlandais nous explique pourquoi et comment il en est arrivé à trahir ce pays, cette nation qu’il a tant aimée.

Sorj CHALANDON, à droite, en Irlande du Nord. Photo trouvée sur Mediapart.

Personnage fictif vieilli et scènes scénarisées pour le besoin du roman, Retour à Killybegs propose pourtant une vision réelle de la situation de l’Irlande au cœur du XXe siècle : le conflit nord-irlandais plus présent que jamais, les grèves de l’hygiène et de la faim à Long Kesh (prison de Maze à Belfast), les attentats plus ou moins menés à bien… le tout vécu de l’intérieur.
Mais plus qu’un témoignage historique, le diptyque de Sorj Chalandon est aussi et surtout un récit sur l’humain. Il nous raconte ce qu’est l’appartenance à un pays, à une cause ; il nous raconte la trahison, la culpabilité, la peur, le mensonge mais aussi la fierté, les convictions, l’amitié et l’amour.

Tyrone Meehan m’a touchée. Il m’a émue aux larmes. Aujourd’hui il n’est plus seulement le traître de Tony, le traître des irlandais mais un homme ayant dû faire face à ses choix et actes passés. Un petit garçon ayant grandi dans une Irlande pauvre, un adolescent au milieu d’une nation déchirée, un homme combattant pour ses idées, un irlandais tentant de protéger ce-ceux qu’il aimait.

Le sujet se prête à l’émotion, c’est indéniable. Mais Sorj Chalandon possède ce je-ne-sais-quoi qui percute. Un vocabulaire simple, des phrases courtes mais une émotion palpable, une authenticité qui touche en plein cœur.
J’avais déjà apprécié la construction choisie pour Mon traître, je confirme la justesse de son utilisation ici : l’alternance des différents chapitres. Quelques-uns, courts, dédiés aux derniers jours de Tyrone Meehan, dans une sorte de présent de narration ; les autres, plus denses, racontant son passé. Tout son passé. Sans zone d’ombre, sans mensonge.

L’aventure de ce diptyque ne se limite pas aux deux romans offerts par Sorj Chalandon puisque, depuis la rédaction de ceux-ci, une pièce de théâtre a vu le jour (mise en scène par Emmanuel Meirieu) et, tout récemment, une adaptation graphique signée Pierre Alary a été publiée par les éditions Rue de Sèvres. Cette histoire a de l’ampleur, elle ne traite pas que du conflit nord-irlandais. Elle rapporte l’humain, le lien, l’émotion.
Si tous les titres proposés par Sorj Chalandon sont du même acabit, s’ils apportent tous une émotion forte ; nul doute que l’auteur ne tardera pas à gagner une place privilégiée sur mon podium. Le Quatrième mur est d’ores-et-déjà dans ma bibliothèque… je vous en parle vite !


Une pensée sur “Retour à Killybegs de Sorj CHALANDON

  • 9 avril 2018 à 22 h 22 min
    Permalink

    Comme Mon Traître, un magnifique roman !
    Le Quatrième Mur est également bouleversant. J’admire beaucoup le travail de cet auteur.

    Répondre

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