Un bon parti de Curtis SITTENFELD

Un bon parti
de Curtis SITTENFELD

Presses de la Cité,
2018, 541 p.

Première Publication (vo) : 2016

Pour l’acheter : Un bon parti



Née en 1975, Curtis Sittenfeld est une étoile montante de la littérature américaine. Campus (Prep) est son premier roman. Il a été sélectionné pour le prestigieux Orange Prize et vendu à des centaines de milliers d’exemplaires aux États-Unis. (Babelio)


♣ ♣ ♣


Toutes les mères de famille de Cincinnati sont dans les starting-blocks : le célèbre Chip Bingley vient de s’installer en ville. Ex-participant d’une émission de télé-réalité, il est beau, médecin, riche et CÉLIBATAIRE. Le parti idéal.
Elizabeth Bennet, de son côté, s’en moque éperdument, d’autant que le jeune homme est toujours accompagné de son collègue, l’insupportable et suffisant Fitzwilliam Darcy. La jeune femme a de toute façon de quoi faire : elle a décidé de redresser les finances familiales malgré la résistance de trois sœurs qui vivent encore aux crochets de leurs parents et d’une mère qui soigne ses névroses à coups de shopping en ligne.
Quant à sa sœur aînée, Jane, elle n’a rien trouvé de mieux que de craquer pour le fameux Chip. Et puisque l’attirance semble réciproque, Elizabeth devra encore croiser ce foutu Darcy. Génial.


Orgueil et préjugés est une histoire qui ne cesse d’inspirer, malgré les deux siècles qui nous séparent de son année de publication. Adaptations au cinéma ou romans, fidèles au texte d’origine ou modernisés, tout y passe ! Difficile donc de faire dans l’originalité mais pourtant, je continue à être curieuse et à faire quelques découvertes. Rarement séduite par le résultat, je n’y résiste pourtant pas…
Un bon parti me semblait plutôt prometteur car vraiment dans l’ère du temps mais force est de constater qu’aborder certains thèmes ne signifie pas savoir bien les traiter. Dommage.

XXIe siècle, Cincinnati, Etats-Unis. La famille Bennet est sur le déclin. La maison tombe en ruine faute d’entretien. Le père se laisse vivre, incapable de redresser la barre ; la mère ruine la famille par des achats compulsifs au téléachat ; Mary n’en finit pas de faire des études qui n’aboutissent à rien ; Kitty et Lydia sont obsédées par le fitness, leur salle de gym et leur régime protéiné. Quant à Jane et Elizabeth, les deux seules à avoir quitté le nid, elles vivent leur vie à New York. L’aînée, bientôt 40 ans, est prof de yoga et tente d’avoir un enfant grâce à la fécondation in vitro. Quant à Liz, notre héroïne austenienne favorite (en tout cas pour moi), elle est enfermée dans une relation compliquée avec un homme marié et gagne sa vie en écrivant pour une célèbre revue féministe. C’est parce que Monsieur Bennet a une attaque que les deux filles aînées de la famille reviennent à Cincinnati et prennent les choses en main. Jane un peu mollement, Liz avec beaucoup de poigne et de détermination.
C’est lors de leur retour estival qu’elles vont faire la rencontre des fameux Bingley et Darcy. Dans cette modernisation, le premier est une ancienne star de la télé-réalité managé par sa sœur, la détestable Caroline et le second est un riche neurochirurgien aussi hautain que l’original. Mais bien moins charismatique et complexe, malheureusement.
De façon générale, j’ai trouvé les personnages offerts par Curtis Sittenfeld, bien moins riches que ceux de Jane Austen, à part peut-être Liz qui gagne un peu plus de relief que les autres. En même temps, c’est l’héroïne principale, donc celle que l’on suit le plus. Jane m’a paru encore plus insipide que d’habitude, les parents Bennet vraiment dans la caricature grossière, Mary plus présente mais détestable et les deux benjamines de la famille d’une vulgarité incroyable !

Curtis SITTENFELD.

L’idée d’une modernisation vraiment dans l’ère du temps me séduisait mais peut-être ce classique de la littérature anglaise est-il mieux dans son époque, à savoir la toute fin du XVIIIe siècle. Ce n’est pas tant que les héros aient vieilli et que l’histoire se déroule au XXIe siècle aux Etats-Unis, mais plutôt le fait que j’ai eu l’impression de suivre les aventures de la famille Kardashian ! Grosses baraques américaines, grandes fêtes, un mariage mis en scène pour la télé-réalité et des faits et gestes complètement disproportionnés… est-ce qu’aujourd’hui, en 2018, les gens “normaux” se comportent ainsi ?
Autant l’oeuvre d’Austen était une critique quasi naturaliste de la société dans laquelle elle vivait, autant l’histoire de Sittenfeld me paraît être exagérée à l’extrême, et pas dans le bon sens.

Et c’est dans la personnalité de certains personnages et dans les thèmes abordés que cela se ressent le plus, je trouve. L’autrice fait de Madame Bennet, une raciste homophobe et intolérante au possible. Soit, pourquoi pas. La Mrs Bennet d’origine n’est pas reconnue pour son ouverture d’esprit… mais quitte à aborder ces thèmes très actuels (et intéressants), autant le faire bien.
Alors quand on offre ces traits de caractère à un de ses personnages, je pense qu’il est important, en face, d’avoir d’autres figures qui contrebalancent le discours… ce qui n’est pas tellement le cas ici. En tout cas ce n’est pas très franc et c’est souvent maladroit. Ce qui fait que j’ai souvent été très mal à l’aise car plus d’une fois je me suis demandée si les propos prêtés à Madame Bennet n’étaient pas ceux de l’autrice, finalement ? Et si c’est le cas, ben c’est carrément moche.

En revanche, je ne suis pas gênée par les changements scénaristiques opérés par l’autrice, je trouve même qu’elle s’en sort pas mal. Notamment pour la relation Liz/Darcy qu’il aurait été difficile de maintenir avec exactitude… on ne se comporte pas de la même façon en 2018 qu’en 1800.
Par contre, l’évolution de cette relation m’a un peu déçue car je n’ai pas été émue. Ce qui fait la force d’Orgueil et préjugés, c’est bel et bien l’évolution psychologique des deux héros, évolution qui se déroule sous nos yeux, et donc les rapports qui en découlent… là, on ne peut pas dire que ce soit très travaillé et donc très palpable. Dommage.

Qu’il faille se détacher du texte d’origine, je le comprends, je l’accepte et finalement, Curtis Sittenfeld parvient à tirer son épingle du jeu en nous proposant une aventure assez inédite et originale. En revanche, réécriture ou non, j’ai trouvé cette histoire parfois assez “dérangeante” qu’il s’agisse des convictions de certains personnages (non contrebalancées par d’autres) ou des agissements de toutes les figures qui habitent le récit : on se croirait dans l’émission de télé-réalité des Kardashian avec caméras, bling-bling et exubérance… ce qui ne me ressemble absolument pas !

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3 pensées sur “Un bon parti de Curtis SITTENFELD

  • 7 mai 2018 à 11 h 05 min
    Permalink

    Il faut absolument que j’écrive ma chronique sur ce livre, je suis très en retard. J’ai un sentiment à la fois proche du tien et très différent. D’abord, personnellement, ayant lu bcp de critiques américaines avant sa sortie, je m’attendais à une daube et j’ai donc été plutôt agréablement surprise. Ça se lit bien et je suis restée sur ce côté positif même si j’ai relevé un million de défauts !! Tu m’as bien fait rire avec les soeurs Kardashian d’ailleurs, c’est un peu ça et ça tourne au ridicule sur la fin. En revanche, il y a un point avec lequel je ne suis pas d’accord, c’est sur le racisme. C’est vrai que c’est fait assez maladroitement (parce que je pense que l’auteur a voulu mettre trop de sujets de débats dans un seul récit avec l’homosexualité, les transgenres…) mais pas une seconde j’ai eu l’impression qu’elle cautionnait ces propos…

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  • Ping :[VIDEO] BOOK HAUL - Février à Avril ! ⋆ BAZAR DE LA LITTERATURE

  • 9 avril 2018 à 1 h 54 min
    Permalink

    J’ai bien aimé Prep… mais je pense que je vais passer sur cette énième réécriture.

    Répondre

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