Ce que murmure la mer de Claire CARABAS

Ce que murmure la mer
de Claire CARABAS

Magic Mirror Editions,
2017, 222 p.

Première Publication : 2017


Pour l’acheter : sur le site de l’éditeur !


Claire Carabas, est fascinée par les histoires qui viennent de loin, qui traversent les âges de bouche en bouche, s’enrichissant au passage de ce que les hommes sont. Les contes ont toujours eu sur elle de bien curieux pouvoirs : « pouvoir d’évasion dans des mondes merveilleux peuplés de fées, de dragons et de créatures fabuleuses. Pouvoir de partage entre celui qui raconte et celui qui écoute. Pouvoir d’évocation d’histoires enfouies dans les profondeurs du conte. ». Cette influence du conte traditionnel dans sa dimension la plus absolue se distille dans les écrits de Claire Carabas et offre des textes envoûtants et atemporels. (Magic Mirror)


♣ ♣ ♣


« Je quitte mon monde, une fois de plus, pour aller à la rencontre du vôtre.
Je m’approche des lumières qui ceinturent vos rivages.
Je respire l’odeur de votre terre, de vos plantes et de vos feux.
Je longe vos côtes. Je peux nager longtemps.
Inlassable, je fends l’eau. Je cherche ce chant à nul autre pareil.
Ce chant que les femmes adressent à leurs hommes perdus. »
L’histoire de la sirène qui aimait l’homme n’a pas d’âge, l’impossibilité de cette pulsion se noue à la manière des grandes tragédies et étouffe inexorablement l’héroïne. Pourtant, quand Galathée aperçoit Yvon, solitaire sur son bateau à voiles, l’amour la foudroie et la pousse à toutes les folies. Éperdue, désespérée, animée par un espoir aveugle, elle parvient à se faire une place dans la vie du jeune marin, mais qu’en est-il de son cœur ?


Les éditions Magic Mirror se sont spécialisées dans la réécriture de contes de fées et dans le merveilleux. Le premier titre publié – Ronces blanches et Roses rouges – m’avait convaincue mais avec cette deuxième proposition, le niveau est monté d’un cran. Si j’avais pu regretter une légère froideur chez Laetitia Arnould, j’ai en revanche trouvé beaucoup d’émotions et d’empathie dans l’histoire de Claire Carabas ; quelle belle surprise !

Ce que murmure la mer est une adaptation moderne du célèbre conte de Hans Christian Andersen, La petite Sirène. Très librement adaptée – et édulcorée – par les studios Disney, cette histoire continue à fasciner. Le choc entre deux mondes qui ne sont pas faits pour cohabiter, une histoire d’amour impossible, la violence des sentiments et la tragédie qui ne manque pas d’arriver. Un Roméo et Juliette sous/sur l’eau, l’affrontement des familles ennemies en moins.
Parce que oui, contrairement à la version proposée par Disney, le dénouement originel n’est pas joyeux, loin de là. Et chez Claire Carabas, point de crabe chanteur ou de cuisinier fou mais bel et bien un royaume englouti sous les eaux et une terrible sorcière sous-marine qui ne manque pas de proposer son pacte sans retour.

Claire CARABAS, portrait trouvé sur Babelio.

Mais alors, où est donc l’originalité de cette réécriture ? Dans l’écriture justement. Claire Carabas choisit d’offrir la parole à ses deux héros : la jolie sirène et l’humain duquel elle s’éprend. S’alternent donc des chapitres aux points de vue différents qui font avancer l’histoire, l’un semblant répondre à l’autre, le journal du marin semblant répondre aux questionnements et doutes de l’héroïne… pour le lecteur du moins, la sirène n’ayant jamais accès aux écrits de son « prince charmant ».
Entrer dans les pensés des deux héros – grâce à l’utilisation de la première personne du singulier – apporte une assez grande proximité avec les narrateurs et donc une empathie plus grande. C’est donc tout naturellement que les émotions sont apparues lors de ma lecture, touchée que j’étais par le désarroi de Galathée et par les incompréhensions qui grandissent entre Yvon et elle.
Il ne manquait pourtant pas grand chose pour que tout fonctionne parfaitement, plusieurs fois ils sont à un geste de la félicité mais par pudeur, par peur, par doute et par manque de discernement, le bonheur s’effrite, la distance s’installe. A croire que les deux mondes sont incompatibles, que l’union est définitivement impossible. Quelle tristesse !

L’émotion créée par la relation entre les deux héros est accentuée par l’intervention régulière d’autres personnages secondaires qui font partie du contexte modernisé offert par Claire Carabas. Dans cette réécriture, la petite sirène, toujours aussi atemporelle, ne change pas tellement de la version d’origine ; en revanche, Yvon n’est plus prince mais marin. Il navigue en solitaire sur son voilier et c’est lors d’une course que Galathée l’aperçoit. Lorsqu’il rentre au port, ce n’est pas un château et des serviteurs qu’il retrouve mais une modeste maison et un meilleur ami médecin et une amie spécialisée dans l’accueil de nouveaux arrivants sur le territoire.
Sans le savoir ou du moins sans vraiment le vouloir, la présence et les actes de ces deux-là, pourtant plein de bons sentiments, seront décisifs. Alors l’Amour est-il voué à être corrompu par tout ce qui est extérieur au couple ? Si les proches de nos héros n’avaient pas existé, le dénouement aurait-il été similaire ? Ou leur appartenance à deux mondes différents et la fatalité sont-elles derrière tout ça ?
Quelle que soit la réponse à cette question, assister à l’évolution de la relation entre Galathée et Yvon, de leur première rencontre à leur déchirement, en passant par leur apprivoisement mutuel jusqu’à toucher du doigt le bonheur, a été pour moi source d’une belle émotion. J’ai été transportée.

Vous avez chanté avec Ariel lorsque vous étiez enfant ? Vous avez été marquée par la froideur du conte d’Andersen ? Claire Carabas vous propose ici sa version à elle de l’histoire. Quand deux mondes se rencontrent, quand la parole manque, quand l’extérieur s’immisce dans la relation, qu’advient-il de la passion et de l’Amour pur… sont-ils plus forts que tout ? Un concentré d’émotions, plein de modernité et de crédibilité.

A noter que, comme dans le premier titre publié par Magic Mirror Editions, le conte d’origine est disponible en fin d’ouvrage, l’occasion de comparer les deux versions et d’y trouver plus ou moins de similitudes.


Merci aux éditions Magic Mirror pour leur confiance !



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