Comme un conte de Graham JOYCE

Comme un conte
de Graham JOYCE

Bragelonne,
2015, p. 440

Première Publication (VO) : 2012

 

Pour l’acheter : Comme un conte

 

Graham Joyce, né le  à Keresley en Angleterre et mort le  (à 59 ans), est un écrivain britannique, auteur de fantastique. (Wikipédia)

 

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Il y a vingt ans, une adolescente nommée Tara disparaît sans laisser de trace. Son corps n’a jamais été retrouvé, et sa famille a fini par accepter son deuil. Pourtant, le soir de Noël, on frappe trois coups à la porte. Sur le seuil se tient une jeune fille qui ressemble étrangement à Tara. Et elle a l’air toujours aussi jeune… après la joie des retrouvailles, des questions se posent. Peter, qui ne croit pas aux miracles, croit encore moins à l’histoire de sa soeur, qui prétend avoir été enlevée par des fées…


Féerie c’est un univers que j’adore. Pas la féerie dans laquelle on nous présente des licornes et de minuscules et adorables petites fées aux ailes brillantes. Non. La féerie au visage double, celle qui fascine tout autant qu’elle terrifie. Celle qui se révèle dangereuse sous des airs séduisants. Celle à laquelle on accède à certains moments, par un passage bien défini et dans laquelle la temporalité n’est pas la même que la nôtre. Comme un conteSome Kind of Fairy Tale en VO – nous offre tout ça et plus encore. J’ai adoré.

Tara avait 16 ans lorsqu’elle a disparu. 20 ans plus tard elle frappe à la porte de ses parents mais si eux ont subi les effets du temps, celui-ci ne paraît pas avoir eu de prise sur la jeune femme qui semble à peine sortie de l’adolescence. Bien sûr, lorsqu’elle avoue à sa famille qu’elle a été enlevée par les fées, personne ne la croit, c’est trop extravagant.
Ses parents et son frère aîné préfèrent penser qu’elle s’est enfuie et a rejoint un squat, une secte ou une communauté de hippies. Quel traumatisme a-t-elle pu subir pour avoir effacé 20 ans de sa vie et avoir inventé de telles fables ? C’est le travail que va devoir effectué le psychiatre choisi pour la soigner.

Graham JOYCE, portrait trouvé sur Bragelonne.

Comme un conte est un roman lent. Psychologique. Tout au long de l’histoire, Graham Joyce fait douter, aussi bien ses personnages que ses lecteurs. Tara a-t-elle été véritablement en contact avec un élément surnaturel, enlevée par les fées ? Ou cette histoire vient-elle d’un traumatisme psychologique tout à fait rationnel et explicable ? Les deux théories sont séduisantes et les deux se tiennent. Aux lecteurs de choisir celle qu’ils préfèrent.
Ce doute constant, élément indispensable du genre fantastique des origines, c’est vraiment ce que je préfère. Bien sûr, c’est frustrant d’osciller entre l’explication surnaturelle et l’explication psychologique sans jamais vraiment avoir le fin mot de l’histoire mais c’est aussi ce qui fait toute la « vraisemblance » de ces histoires fantastiques et notamment féeriques.

Graham Joyce ouvre chacun de ses chapitres par des citations tirées d’ouvrages en rapport avec la Féerie. Shakespeare et son Songe d’une nuit d’été, Keats et ses poèmes, Lord Dunsany et sa Fille du roi des Elfes mais aussi Windling avec son Epouse de bois, Feist avec son Faërie ou Brian Froud avec ses illustrations si reconnaissables ; voilà quelques-uns des spécialistes cités ou auxquels j’ai largement pensé pendant ma lecture. Joyce sait de quoi il parle et c’est un plaisir d’entrer dans l’atmosphère mystérieuse qu’il met en place.

Rien à signaler côté style. La traduction française m’a semblé tout à fait correcte bien qu’un ou deux termes m’aient paru un peu trop familiers (lorsque Tara raconte ses expériences au pays des fées) comparés à l’ensemble.
Encore une fois, il s’agit d’un roman assez lent et psychologique, les descriptions sont donc légion et l’action n’est pas forcément très au rendez-vous. Mais si vous êtes curieux de découvrir l’histoire de Tara, vous vous prendrez sans doute facilement au jeu…

Comme un conte… de fées ? Oui, mais les fées doubles, celles qui séduisent puis détruisent. Il était une fois une jeune adolescente rencontrant un cavalier dans la forêt… Des références aux classiques de la Féerie, le doute constant propre au genre fantastique et une atmosphère lourde de secrets voilés ; merci Graham Joyce pour cette réussite !

 

 

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