Le Coin des Images [5]

Ces dernières semaines, j’ai lu au moins une trentaine de titres graphiques. Impossible de vous parler de tous en une seule fois alors aujourd’hui, je reviens avec mes impressions sur les bande-dessinées, romans graphiques et mangas découverts. La prochaine fois, on parlera albums pour enfants.


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Les Carnets de Cerise, Tome 3 : Le Dernier des cinq trésors de Joris CHAMBLAIN et Aurélie NEYRET. France Loisirs, 2016, 88 pages. Pour l’acheter : Les Carnets de Cerise, Tome 3

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Cerise est une petite fille âgée de onze ans, qui vit seule avec sa mère. Elle rêve de devenir romancière, et a même déjà commence à écrire ses carnets ! Son sujet favori : les gens, et plus particulièrement les adultes. Elle adore les observer pour tenter de deviner quels secrets ils dissimulent au fond d’eux…
Cette fois, elle s’intéresse à Sandra… Son atelier de reliure regorge d’ouvrages anciens. Mais il en est un qu’elle n’a jamais réparé. Pourquoi ? Savait-elle seulement qu’il était là ? Et quels sont ces cinq trésors liés à la vie de la jeune femme ?
Cerise, Line et Erica vont suivre ensemble ce jeu de piste, cette enquête à tiroirs, pour tenter de rendre à Sandra ce qu’elle a perdu, il y a tant d’années…

Une nouvelle aventure de la jeune Cerise qui grandit et qui continue à mener des enquêtes dans son entourage. Evidemment, la crédibilité de l’intrigue est une nouvelle fois remise en question : c’est quand même un peu gros que la petite fille rencontre autant de personnes possédant des histoires originales et passionnantes et c’est encore plus gros qu’à chaque fois, ce soit Cerise et ses deux amies (toutes les trois à l’aube de l’adolescence) qui résolvent des mystères, là où des adultes n’ont jamais réussi. Mais soit, c’est un parti pris qui fonctionne et une fois qu’on laisse ça de côté, on se régale.
Parce que comme d’habitude avec Joris Chamblain, c’est très tendre, très émouvant. La relation entre Cerise et sa mère est un peu plus en avant ici et on touche du doigt ce qui a pu arriver à son père… Et comme d’habitude avec Aurélie Neyret, c’est visuellement magnifique. Le trait est doux – les visages sont expressifs et on a envie d’aller faire des câlins à tout le monde dans ces albums ! – et les couleurs sont sublimes. J’aime une nouvelle fois l’aspect « carnet » puisqu’en plus des planches de bande-dessinées (et donc la narration générale), la petite narratrice continue à nous offrir quelques petits morceaux d’elle : des dessins, des photos, des collages, des annotations…
Alors même si une nouvelle fois, l’aventure fut un petit coup de coeur, ce n’est toujours pas à la hauteur du premier volume qui m’avait presque fait monter les larmes aux yeux, tant l’émotion et la magie étaient au rendez-vous. Cela dit, je continue à être une très grande fan de cette série, une vraie douceur à savourer pour se remonter le moral. C’est tout doux et plein de bons sentiments, pour petits et grands.


 

Princesse Sara, Tome 2 : La Princesse déchue de Audrey ALWETT et Nora MORETTI. Editions Soleil, 2010, 48 pages. Pour l’acheter : Princesse Sara, Tome 2

Tome 1 


Le jour de son anniversaire, Sara apprend une terrible nouvelle : son père est mort et ne lui a pas laissé le moindre sou. Dès lors, la petite princesse se retrouve réduite au statut de servante. Dans le pensionnat où sa fortune faisait l’admiration de tous, Sara doit maintenant se soumettre aux ordres de ses anciennes camarades. Les serviteurs sont quant à eux ravis de se venger… Elle paiera pour tous les caprices de cette jeunesse dorée.

Je continue ma découverte de cette adaptation, assez séduisante. Du livre d’origine – signé Frances Hogdson Burnett – on avait déjà pu apprécier le dessin animé (qui a marqué mon enfance) et l’on pouvait se demander en quoi une nouvelle version sous format bande-dessinée aurait un intérêt. Outre les illustrations, évidemment. Force est de constater que l’ensemble tient la route.
Pas de digression du côté de l’intrigue donc pas de violation de l’histoire d’origine (et c’est tant mieux) mais quelques détails mis en avant et surtout, l’insertion d’un côté « steampunk » comme je vous le disais déjà lorsque je vous parlais du premier volume. Cet aspect un peu « imaginaire » se marie très bien au réalisme quasi historique de l’histoire de la Petite Princesse parce qu’il est une nouvelle fois très bien dosé.
Après l’annonce de la mort de son père, notre jeune héroïne doit survivre dans de nouvelles conditions assez terribles. Haïe par la directrice et par les domestiques – sans aucune raison à part celle d’avoir un jour été riche – Sara encaisse les coups durs la tête haute, trop haute sans doute pour les pensionnaires de l’école qui la juge définitivement trop fière. Mais la petite continue à être polie, extrêmement gentille et surtout à faire marcher son imagination débordante… l’hiver semble ainsi moins glacial, la faim se fait un peu moins ressentir et la solitude n’est plus si terrible.
Niveau illustrations, c’est égal au premier volume, assez magnifique si l’on aime ce style (qui tend tout de même vers le manga, avec des personnages aux grands yeux expressifs). La couleur est ici plus sombre – la situation de Sara se dégradant fortement – mais les tenues et détails dans chaque vignette restent assez impressionnants et encore une fois, très beaux.
Même si je connais l’histoire quasiment par cœur, j’ai tout de même hâte de la redécouvrir avec les volumes suivants… vivement que Sara retrouve un peu de bonheur !



Elinor Jones, Tome 1 : Le Bal d’hiver de ALGESIRAS et AURORE. Editions Soleil, 2010, 48 pages. Pour l’acheter : Elinor Jones, Tome 1

La jeune Elinor doit faire ses preuves dans un monde où aucun faux pas n’est admis !
La maison de couture Tiffany crée des robes pour les ladies les plus fortunées d’Angleterre. Elinor n’en revient pas d’avoir été embauchée : désormais, elle sera sous les ordres de Bianca, la célèbre adolescente surdouée ! Mais Elinor doit s’adapter rapidement. Ici, on fabrique du sur-mesure pour mesdames les baronnes et duchesses ! Et Mrs Tiffany mise toute sa réputation sur d’incroyables bals, pour lesquels les costumes des invités sont réalisés sur mesure.
Un huis clos victorien, où les secrets de chacun se dissimulent parmi soies et taffetas…

Je suis restée dans l’Angleterre victorienne (XIXe siècle) avec cette nouvelle série. Je n’avais franchement pas de grandes attentes si ce n’est me faire plaisir visuellement… et j’ai été franchement emballée par le chemin emprunté par l’histoire ! Finalement, c’est un premier tome que j’ai trouvé très bon aussi bien dans le fond que dans la forme et je me suis empressée de me procurer les deux autres volumes de la trilogie !
Ce que j’ai préféré dans ce premier volume c’est le traitement des personnages, que j’ai trouvé assez surprenant. En tout cas je ne m’y attendais pas. Car dans cette belle maison bourgeoise, derrière les masques et les belles tenues, il vaut mieux se méfier de l’eau qui dort. Et j’ai hâte d’en savoir plus sur certains protagonistes ! Sans compter que le thème de la mode – voire du stylisme (même s’il est difficile d’utiliser ce terme dans un contexte XIXe siècle) – me plaît beaucoup.
Comme pour Princesse Sara, c’est visuellement très beau et très soigné. Les tenues sont sous les feux de la rampe alors robes et autres manteaux sont impressionnants de détails. Les visages et leurs expressions m’ont également plu et j’ai trouvé beaucoup de charme à l’ensemble. Les couleurs apportent juste ce qu’il faut de vivacité et de dynamisme sans non plus tomber dans le flashy trop irréaliste.
Séduite par ce premier volume, je lirai la suite très vite. Le seul petit reproche que je pourrais faire à cette lecture c’est que d’hivernal, elle n’en a que le sous-titre. Voilà qui manque un peu de neige et de blancheur immaculée.


 

  

L’Adoption, Tome 1 : Qinaya de ZIDROU et Arno MONIN. Editions Bamboo (Grand Angle), 2016, 66 pages. Pour l’acheter : L’Adoption, Tome 1

Lydie 


Lorsque Qinaya, une orpheline péruvienne de 4 ans, est adoptée par une famille française, c’est la vie de tous qui est chamboulée. Mais pour Gabriel, ce sera encore plus compliqué : il lui faudra apprendre à devenir grand-père, lui qui n’a jamais pris le temps d’être père. Des premiers contacts un rien distants aux moments partagés, Gabriel et Qinaya vont peu à peu nouer des liens que même le vieux bourru était loin d’imaginer.

De Zidrou, j’avais déjà adoré Lydie qui m’avait émue aux larmes mais je ne pensais pas que l’exploit serait renouvelé. Eh bien si et brillamment ! J’ai tourné la dernière page complètement chamboulée, touchée en plein cœur par la conclusion de ce premier volume. Vivement la suite (apparemment prévue fin mai) !
Un terrible tremblement de terre a lieu en Amérique du Sud, des centaines de morts sont alors à déplorer. Une petite fille de 4 ans, Qinaya, se retrouve orpheline mais est adoptée par une couple de français n’ayant pas pu avoir d’enfants. L’adaptation se fait en douceur pour l’enfant, c’est plutôt pour le nouveau grand-père que la pilule est difficile à avaler. Grognon, attaché à ses habitudes et persuadé que cette adoption était une mauvaise idée, il continue sa vie sans trop faire cas de cette nouvelle petite fille chétive… et puis finalement, le temps faisant son oeuvre, le voilà qui commence à amener Qinaya en vadrouille et à créer des liens avec elle, malgré la barrière de la langue. Les deux êtres deviennent complices et quasi inséparables jusqu’à… vous verrez ! Quelle chute ! Que d’émotions !
L’Adoption est une histoire bourrée de tendresse, c’est un concentré d’émotions alors attention, préparez les mouchoirs ! Le lecteur tombe non seulement sous le charme de Qinaya, une petite bouille aux grands yeux expressifs mais aussi et surtout sous celui de ce nouveau grand-père pas franchement commode de prime abord. L’intrigue reste classique mais elle fonctionne. Hyper réaliste, le dénouement de ce premier tome n’en est que plus percutant.
Ajoutez à cela un coup de crayon et une colorisation tout en douceur (c’est plutôt clair et joyeux) avec des personnages aux expressions percutantes. Une réussite de A à Z, gros coup de coeur émotionnel pour moi !



La Dernière Terre : le prendre pour le garder de Magali VILLENEUVE, Alexandre DAINCHE et Noëmie CHEVALIER. Editions Doseïma, 2016, 64 pages. Pour l’acheter : sur le site des auteurs !

Tome 1 ♣ Tome 2 ♣


Le prendre pour le garder est le préquel de la saga de dark fantasy La Dernière Terre, écrite par Magali Villeneuve.
Dans cette adaptation entièrement dessinée et colorisée par Noëmie Chevalier, découvrez l’improbable rencontre qui initia les événements de l’histoire et bouleversa le destin de deux êtres aux antipodes.
Au fil d’une luxueuse édition enrichie, plongez également dans le processus créatif de l’artiste, à travers des planches crayonnées ou encore des études de personnages.
Enfin, la nouvelle originale Le prendre pour le garder, publiée à l’origine dans le premier tome de La Dernière Terre, viendra parfaire votre immersion dans l’univers fascinant de la saga.

J’ai une tendresse toute particulière pour cette bande-dessinée. En fait, tout a commencé en 2013 lorsque j’ai découvert le premier tome de la saga de dark fantasy du même nom, alors édité chez L’Homme sans Nom, premier opus qui a été un véritable coup de foudre… coup de foudre complété l’année suivante par la lecture du second opus. Cette histoire, ce fût une révélation.
L’univers et si riche et si bien travaillé qu’il appelle forcément des produits dérivés… ce qu’est cette bande dessinée. Non seulement j’étais pressée de la découvrir pour prolonger l’aventure dans ce contexte qui me plaît tant mais en plus, ayant gagné le concours organisé par Magali Villeneuve et Alexandre Dainche, j’ai eu la chance d’y apparaître, croquée par Noëmie Chevalier à qui les deux auteurs ont confié le travail d’illustration.
Le prendre pour le garder fait office de préquelle à la saga de romans et était, à l’origine, sous forme de courte nouvelle. Ici, elle est adaptée à travers quasi 20 planches, grâce à Noëmie Chevalier donc. Magali et Alexandre ont choisi de nous offrir non seulement cette adaptation mais également la nouvelle d’origine, l’occasion de comparer les deux et de se plonger en douceur dans cette histoire assez dense. Je pense que c’est une bonne approche de l’univers, cela vous donnera une assez bonne idée de la plume et de l’imaginaire de Magali Villeneuve et Alexandre Dainche.
En tout cas, si vous aimé cette introduction dans laquelle il est aussi question d’une adoption forte en émotions et de la rencontre entre deux êtres que tout oppose, je vous invite à vous plonger dans la série de romans, bientôt rééditée chez Doseïma, label créé par Magali et Alexandre.



Quatre soeurs, Tomes 1 (Enid), 2 (Hortense) et 3 (Bettina) de Cati BAUR, d’après Malika FERDJOUKH. Editions Rue de Sèvres. 2014-2016, 153-160 pages. Pour l’acheter : Quatre soeurs, Tome 1

Orphelines depuis peu, les sœurs Verdelaine vivent à la Vill’Hervé, une grande maison en bord de mer. Enid, c’est la plus jeune, celle qui ne comprend pas vraiment les choses de l’amour, celle que personne ne croit quand elle dit qu’elle a entendu un fantôme hurler dans le parc. Ni Geneviève, ni Hortense, ni Bettina… Pas même Charlie l’aînée qui s’occupe de toute la petite tribu.

Quatre sœurs faisait partie de la sélection d’Angoulême cette année. J’avais entendu parler des romans de Malika Ferdjoukh qui ont servi de base à ces adaptations graphiques, mais je ne savais pas du tout de quoi il retournait. Après la lecture de ces trois volumes, j’attends impatiemment la suite et je me plongerai également volontiers dans les romans !
Quatre sœurs c’est l’histoire de cinq sœurs orphelines et livrées à elles-mêmes depuis la mort de leurs parents dans un accident. Chaque volume met en scène une des sœurs, celle-ci revenant sur sa vie au manoir et sur ce qu’elle perçoit de ses quatre autres frangines. De Enid la plus jeune (la première narratrice) à Charlie (l’aînée qui a la vingtaine), c’est une plongée tendre et émouvante dans le quotidien de la fratrie. Problèmes d’argent, premières amours contrariées, maladie incurable… autant de thématiques que doivent affronter les cinq sœurs, chacune le vit alors à sa façon. Charlie porte toutes les responsabilités sur ses épaules, aidée par son petit-ami médecin ; Geneviève la douce et féminine sœur prend des cours de kick-boxing en cachette ; Bettina la rouquine flamboyante glousse avec ses copines mais tombe amoureuse du garçon qu’il ne faut pas ; Hortense se fait une amie farfelue et Enid continue à se lier d’amitié avec les animaux les moins domesticables du domaine.
Cinq sœurs, cinq caractères et donc autant de genre de lecteurs pouvant s’identifier. Je n’ai pas réussi à choisir une sœur préférée, toutes ont su me toucher grâce à leurs forces et leurs faiblesses. Malgré les difficultés elles s’entraident et la tristesse fait vite place aux éclats de rire. C’est frais, tendre, émouvant et cela se ressent dans le coup de crayon et les couleurs utilisées. Une réussite !



  

Le Grand méchant Renard de Benjamin RENNER. Delcourt (Shampooing), 2015, 186 pages. Pour l’acheter : Le Grand Méchant Renard

Un renard chétif tente de se faire une place de prédateur face à un lapin idiot, un cochon jardinier, un chien paresseux et une poule caractérielle. Il a trouvé une stratégie : il compte voler des oeufs, élever les poussins, les effrayer et les manger.

Voilà un roman graphique qui a rencontré un grand succès. Je ne savais pas franchement à quoi m’attendre en faisant la connaissance de ce Grand Méchant Renard mais ce qui est sûr, c’est que je ne regrette pas ! Qu’est-ce que j’ai rigolé ! J’ai tellement adoré ce titre emprunté à la médiathèque que je me suis empressée de le commander pour pouvoir l’installer dans ma propre bibliothèque !
Benjamin Renner nous présente ici un renard qui, contrairement aux autres spécimens de son espèce, n’est ni très rusé ni très doué. Il faut bien le dire, ce renard est nul. Tellement nul qu’il est incapable de chaparder des poules à la ferme du coin et qu’il meurt de faim. Heureusement, le grand méchant loup – aussi terrible que le laisse présager sa réputation – lui donne l’idée de voler des œufs, de les couver et d’engraisser les poussins alors éclos. Plus ils seront dodus et plus il y aura à manger dessus ! Mais évidemment, avec la naissance des oisillons, c’est le début des ennuis pour le renard, très vite dépassé par les événements !
Ce roman graphique c’est une accumulation de scènes et situations cocasses, ce sont des éclats de rire quasiment à chaque page. Entre le chien de garde qui est une grosse feignasse, le lapin idiot et les poules qui se rassemblent pour apprendre le self-défense, les traits d’humour sont légion mais l’ensemble est toujours très bien dosé. Je ne pensais pas que j’accrocherais autant parce que le détournement de figures traditionnelles des histoires pour enfants (le renard, le loup…) c’est souvent tenté mais pas toujours réussi. Là c’est excellemment exécuté, alors chapeau !
Quant au visuel, là non plus je ne misais pas franchement dessus au début mais il faut admettre que ça fonctionne d’enfer. Et le fait que le dessin ne s’inscrive pas dans des cases et des planches très fermées mais soit plus libre de ses mouvements sur la page, ça me plaît beaucoup. Je suis fan, fan, fan !



Eve sur la balançoire de Nathalie FERLUT. Editions Casterman, 2013, 119 pages. Pour l’acheter : Eve sur la balançoire

Pour la petite Eve Nesbit de Pittsburgh, le XXe siècle avait inventé un nouveau métier : j’étais l’image de l’envie et de la perfection, j’étais une icône de publicité, le rêve américain en version jeune fille. Des journalistes aux plumes pleines d’eau de rose écrivaient d’élogieuses fables où j’étais un ange modeste issu de bonne famille, frappée par la fatalité, mais remarquée par les bonnes fées de New-York ! Mais il n’y a pas que les demoiselles qui aiment les photos de jeunes filles… On me proposa bientôt des poses plus suggestives, légendées de subtiles sous-entendus… Ma mère ne disait rien, moi je ne voyais pas où était le mal…
Pourquoi aurais-je refusé ?

Voilà plusieurs semaines que ce roman graphique me fait de l’oeil. Mais il a fallu qu’une collègue me le conseille pour que j’ose enfin m’y plonger. Aucun regret, ce fut une excellente lecture : intéressante, émouvante et visuellement superbe !
Eve sur la balançoire c’est l’histoire d’Evelyne Nesbit (elle a réellement existé), connue au début du XXe siècle aux Etats-Unis pour son physique avantageux : presqu’une pin-up avant l’heure. A travers cette biographie illustrée on découvre une jeune fille pleine de vie, très belle mais un peu naïve. Très obéissante, elle suit les directives de sa mère qui profite de sa beauté pour l’offrir aux plus offrants. Après les heures de poses innocentes auprès de peintres de renom, c’est au tour des soirées mondaines pendant lesquelles Eve est exhibée déguisée en petit chaperon rouge sur une balançoire… A 16 ans, ayant confiance en les adultes qui l’entourent, la jolie adolescente se laisse faire et c’est le début de la descente aux enfers.
Je ne connaissais absolument pas l’existence de cette jeune fille et encore moins son histoire, qui semble avoir défrayé la chronique américaine en son temps. La découverte a été assez passionnante et ce fut l’occasion, encore une fois, de constater que la condition féminine n’était pas franchement très enviable il y a de cela un siècle. C’est un texte biographique assez dramatique et émouvant.
Côté visuel, là encore j’adhère. J’aime assez le traitement des couleurs et surtout ce côté un « balayé »/ »flou » offert au pinceau, que l’on retrouve notamment dans les chevelures et dans le traitement des tissus. Fond et forme sont cohérents à mon sens et les deux valent le coup d’oeil.



Bride Stories, Tomes 2 à 8 de Kaoru MORI. Editions Ki-oon, 2011-2016, 190-200 pages. Pour l’acheter : Bride Stories, Tome 2

Tome 1 


Amir, qui ignore encore que son père a pour projet de la marier à un autre homme, s’habitue peu à peu à sa nouvelle vie aux côtés de Karluk et de sa famille.
Hélas, après avoir vu ses émissaires renvoyés sans ménagement, le clan de la jeune femme n’a pas l’intention d’en rester là : cette fois-ci, c’est toute une troupe de cavaliers qui font irruption dans le village, et ils comptent bien ramener Amir avec eux… quitte à employer la force !

J’ai profité de la disponibilité des tomes 2 à 8 de Bride Stories pour continuer ma découverte. Le premier volume avait été un beau coup de cœur, j’avais été saisie par la précision du dessin et par l’intensité de l’histoire. Les tomes suivants, bien qu’inégaux à mon goût, sont eux aussi impressionnants de détails, aussi bien dans le tracé que dans les nombreuses intrigues secondaires qui apparaissent.
Cela dit, si j’ai apprécié que Kaoru Mori élargisse son univers et son contexte historique et géopolitique en nous proposant les aventures de nombreux nouveaux personnages, j’ai en même temps été parfois très déçue de ne pas passer beaucoup de temps auprès d’Amir et de son jeune époux. Je me doute qu’il aurait été difficile de proposer beaucoup de tomes en se cantonnant à ce couple et que s’intéresser à d’autres personnages est clairement un enrichissement de l’oeuvre… mais quand même ! Surtout que si certaines figures secondaires m’ont séduite car touchée, d’autres m’ont carrément agacée (les jumelles, entre autres). Encore une fois, la multiplication des personnages et donc des situations dans cette Asie centrale du XIXe siècle c’est l’occasion d’en apprendre plus anthropologiquement/historiquement parlant et c’est passionnant ; mais vite, moi je veux que le couple de départ évolue sous nos yeux !
Inutile de revenir sur les illustrations offertes par Kaoru Mori dont le talent a maintes fois été vanté. C’est toujours aussi magnifique et on ne se lasse ni des parures ni des tapisseries représentées… et encore moins des expressions/mouvements des personnages. C’est beau, c’est tout. J’attends les volumes suivants de pied ferme !



Les Enfants de la mer, Tome 1 de Daisuke IGARASHI. Editions Sarbacane. 2012, 321 pages. Pour l’acheter : Les Enfants de la Mer, Tome 1

Par une mer calme, une dame d’un certain âge tient la barre d’un voilier. Elle devise avec son petit-fils et lui raconte les secrets de la mer…
Au premier jour des vacances d’été Ruka, collégienne rebelle, blesse une camarde de jeu. Exclue du club pour toutes les vacances, elle se demande que faire et décide de partir une journée pour Tokyo. À la nuit tombée, elle fait une étrange rencontre, celle d’Umi, un garçon étrange qui plonge et disparaît dans les eaux troubles du port de Tokyo…
Elle le retrouvera quelques jours plus tard, réquisitionnée par son père océanographe, pour travailler dans l’aquarium dont il s’occupe.
Mais Umi n’est plus seul, il est accompagné du ténébreux et sarcastique Sora, qui possède lui aussi des dons aquatiques surnaturels. Mais déjà, pourquoi les deux garçons brillent-ils sous l’eau, comme de véritables feux-follets ?

Ce premier tome, c’est clairement la déception de ces dernières semaines de découvertes graphiques. J’en avais entendu beaucoup de bien et l’histoire m’attirait mais je n’ai finalement apprécié ni le fond ni la forme. Je n’ai pas accroché et ne lirai certainement pas la suite, dommage.
On suit une toute jeune fille renvoyée de ses cours de volley qu’elle adore, coincée entre ses parents séparés qui ne s’entendent plus, s’ennuyant dans les rues de Tokyo. Elle semble avoir quelques atomes crochus avec la mer et fait la connaissance de deux garçons assez étranges car ayant passé les premières années de leur vie dans les profondeurs de l’océan, élevés par des animaux marins. Ce fait extraordinaire ne semble étonner personne, c’est admis et on l’apprend très vite ; première déception.
Ensuite, j’ai trouvé la narration hyper brouillonne, on passe du coq à l’âne, ce n’est pas clair du tout et manque de crédibilité. Je suis restée extérieure à cette histoire et j’ai même cru que je n’irais pas au bout de ce premier opus. Je n’ai pas compris où voulait en venir le mangaka.
Et puis, je suis également déçue par les illustrations que j’ai trouvées assez banales, sans charme et même sans finesse. Forcément, après la précision de Bride Stories, j’avais de sacrées attentes. Je n’ai pas aimé les traits des personnages, vraiment trop grossiers et je n’ai parfois même pas compris ce qui était représenté (les vignettes consacrées aux fonds marins, entre autres). Bref, ça ne l’a pas fait et il faudrait vraiment qu’on me dise que la suite vaut le coup pour que j’envisage de continuer.


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Avec tout ça, vous trouverez peut-être votre bonheur ?


7 commentaires sur “Le Coin des Images [5]

  1. Bon, mon budget livres du mois est déjà explosé (c’est triste de se dire ça à même pas la moitié dudit mois), mais c’est décidé tu m’as convaincu, l’Adoption c’est pour le mois prochain. J’avais déjà beaucoup aimé Bouffon et adoré Les Folies Bergère du même scénariste, d’ailleurs.
    Il va vraiment falloir que je pique les Carnets de Cerise à ma meilleure amie, qui ont l’air vraiment tout beaux et tout doux.
    D’ailleurs c’est cette même meilleure amie qui m’avait fait lire Le Grand Méchant Renard, j’avais adoré, très drôle, très tendre, hâte de voir le moyen-métrage adapté et les autres de l’auteur au cinéma !
    Le prendre pour le garder pourrait être une bonne introduction à l’univers de la Dernière Terre, d’autant que j’ai hâte de voir les romans de nouveaux disponibles, ils me font terriblement envie depuis que tu en parles (ça sera encore une découverte grâce à toi, ça).

    Merci pour ce Coin des Images 🙂

  2. Oh la la, tu m’as donné vraiment envie de lire « l’adoption, pourtant, je n’étais pas attirée par la couv au départ.
    Pour « La dernière terre, j’étais tellement déçue que les illus ne soient pas de Magali Villeneuve (dont j’adooooore le travail) que je ne voulais pas le lire. Mais l’idée de t’y retrouver m’amuse beaucoup : tu es quel personnage ? Je vais sûrement me laisser tenter. 😉
    Merci pour ce chouette article !

  3. Elinor Jones et Eve sur la balançoire me font de l’oeil ! Bride Stories aussi, les dessins ont l’air magnifiques. J’avais commencé Emma de la même mangaka, il faudrait que je continue, l’histoire m’avait bien plu et les dessins étaient très beaux.
    Je n’ai jamais lu les BD, mais par contre j’adore les romans de Mlika Ferdjoukh ! Découverts à l’adolescence, je les ai beaucoup relus depuis et j’ai toujours autant apprécié. La plume est simple mais poétique, les personnages attachants (j’ai un faible pour le côté drôle que je trouve à Bettina, mais je les aime toutes ! Et surtout, j’adore Merlin…) et l’humour délicieux !

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