La Vie rêvée d’Henrietta de Rebecca MACKENZIE

La Vie rêvée d’Henrietta
de Rebecca MACKENZIE,
traduit par Elsa MAGGION

Denoël,
2016, p. 448

 

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Fille de missionnaires, Rebecca Mackenzie a passé sa jeunesse en Thaïlande, en Malaisie et en Inde. La vie rêvée d’Henrietta est son premier roman.

 

♣ ♣ ♣

 

Chine, province de Jiangxi, 1941. Au plus haut des légendaires montagnes de Lushan se dresse un internat réservé à des enfants de missionnaires anglais. Henrietta S. Robertson dite Etta, dix ans, est l’une de ces jeunes pensionnaires. Gamine malicieuse désespérément en quête d’attention, elle décrète un jour posséder un don divin, celui de pouvoir prédire la mort de ceux qui l’entourent. Elle a tôt fait de révéler ce pouvoir miraculeux à ses camarades, et se retrouve enrôlée dans le club très fermé des prophétesses. Lorsque la guerre arrive, détruisant tout sur son passage, la divine mission d’Henrietta et de ses amies va revêtir une toute nouvelle importance ; les prophétesses en culottes courtes vont vite s’apercevoir que la limite qui sépare l’imaginaire de la réalité et le bien du mal peut parfois devenir dangereusement floue.


Toujours dans l’optique de varier mes lectures, j’ai eu envie de découvrir La Vie rêvée d’Henrietta qui me semblait mêler une quête identitaire à un contexte historique assez original (peu – jamais – rencontré dans mes précédentes lectures en tout cas).
Je ne sais finalement pas trop quoi penser de ce roman qui, objectivement, n’est pas mal écrit (ou traduit) mais qui, je dois bien l’avouer, m’a tout de même souvent ennuyée. La dernière partie m’a davantage enthousiasmée mais je l’ai trouvée bien trop réduite par rapport au reste (moins d’un tiers du livre) et si différente de ce que j’avais lu avant que j’aurais pu me demander s’il s’agissait bien de la même histoire. C’est donc assez mitigée que j’ai tourné la dernière page de La Vie rêvée d’Henrietta.

Henrietta est une petite fille de 10 ans qui vit en Chine dans les montagnes de Lushan, dans un internat pour enfants de missionnaires anglais. Elle est là depuis plusieurs années, ses parents étant occupés à répandre la bonne parole quelques milliers de kilomètres plus loin, et ne s’y trouve pas si mal. Ses camarades de dortoir ne sont pas toutes à son goût mais elle s’en accommode.
Les fillettes grandissent, certaines seront bientôt plus adolescentes que petites filles mais toutes acceptent assez naturellement le jeu inventé par Henrietta pour occuper leurs journées : elles forment un groupe de prophétesses et leur but est évidemment de prophétiser. Attention, les fausses prophéties sont interdites, sous peine de se voir bannie du groupe ! Etta (diminutif d’Henrietta) se prend un peu trop au jeu et finit par aller trop loin, causant un terrible accident. Ces jeux d’enfants doivent de toute façon cesser, les soldats japonais envahissent les lieux et conduisent tous les pensionnaires dans un camp.

En fait, les deux premiers tiers du roman sont dédiés à la vie quotidienne d’Etta et ses compagnes de dortoir dans l’internat et les paysages montagneux qui le bordent ; seule la dernière partie se déroule dans le camp. Je comprends qu’il faille en passer par cette longue première période pour que les agissements et réactions se produisant ensuite dans le camp soient crédibles mais sincèrement, j’aurais aimé que l’équilibre soit différent.
Parce que si j’ai aimé quelques passages se déroulant à l’internat et dans la forêt (tout ce qui touchait au bassin et à la petite inconnue rencontrée là-bas), j’ai tout de même trouvé que dans l’ensemble, c’était répétitif et donc longuet. On y fait la connaissance d’une petite Henrietta assez imbuvable, égoïste et égocentrique, petit chef capricieuse qui se révèle finalement assez méchante ; et de toutes les autres petites filles, pas franchement plus intéressantes. D’ailleurs on ne s’attache à aucune d’elles, elles forment un tout, une masse qui s’oppose régulièrement à Etta. Seule la plus grande se différencie des autres, parce qu’elle est la plus proche de l’adolescence, la plus éloignée de l’enfance et de son imaginaire…
Globalement, même si j’ai pu comprendre les réactions de notre héroïne, je n’ai pas réussi à créer un lien avec elle. Et même si elle évolue positivement en grandissant dans le camp, il était déjà trop tard pour moi.

Portrait de Rebecca MACKENZIE.

Clairement, je n’ai pas trouvé beaucoup d’intérêt à l’intrigue. Si encore j’avais réussi à m’émouvoir de la vie d’Henrietta, je pense que suivre son quotidien ne m’aurait pas dérangé ; le côté assez lent, répétitif et contemplatif aurait même été un plaisir. Mais comme ça ne l’a pas fait avec la petite fille, forcément, ce qui lui arrivait et son évolution sont loin de m’avoir passionnée.
En revanche, je concède que Rebecca MacKenzie parvient facilement à nous transporter dans cette partie du monde et à cette période de l’histoire (dans les montagnes chinoises, pendant la Seconde Guerre Mondiale, donc). Pour le coup, c’est assez immersif. On se sent, un peu comme les enfants je pense, coupés du monde, comme dans un autre espace-temps où presque rien ne peut nous arriver… si ce n’est les jeux ingénus qui peuvent vite déraper.

Heureusement pour moi, j’ai trouvé la plume assez agréable (ou la traduction). C’est assez fluide, assez visuel. Descriptions et dialogues sont assez bien équilibrés, l’un de prend pas le pas sur l’autre.
Par contre, j’ai quand même eu la sensation étrange qu’Etta faisait et disait des choses un peu trop matures pour son âge, comme s’il y avait un décalage. Je veux bien qu’avoir 10 ans en tant de guerre dans un pensionnat en chine en 1941 n’est pas la même chose qu’en avoir 10 en France en 2017 mais quand même…

La Vie rêvée d’Henrietta me laisse finalement assez perplexe. La jeune héroïne, assez froide, ne m’a pas émue malgré son jeune âge et sa situation ; et son quotidien m’a assez souvent ennuyée, malgré les quelques aventures « extraordinaires » qu’elle peut vivre avec ses camarades de dortoir. Même si ce roman est agréablement écrit, l’émotion m’a manqué pour que je puisse me sentir concernée par ce que je lisais. Dommage.

 

Merci à Denoël pour cette lecture assez étrange…

 

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