Gigi de COLETTE

Gigi
de COLETTE

Le Livre de Poche,
1992, p. 182

Première Publication : 1944

 

Pour l’acheter : Gigi

 

Sidonie-Gabrielle Colette née le à Saint-Sauveur-en-Puisaye (Yonne), et morte le à Paris, est une femme de lettres française, connue surtout comme romancière, mais qui fut aussi mime, actrice et journaliste. Après Judith Gautier en 1910, Colette est la deuxième femme élue membre de l’académie Goncourt en 1945, dont elle devient présidente, entre 1949 et 1954.

 Chéri  La Fin de Chéri 
 Le Blé en herbe 
 Paris, je t’aime ! 

♣ ♣ ♣

 

Petite-fille et nièce adorée de deux demi-mondaines, Gigi s’applique à manger délicatement du homard à l’américaine, à distinguer une topaze d’un diamant jonquille et surtout à ne pas fréquenter ‘les gens ordinaires ‘. On lui apprend son futur métier de grande cocotte. Mais Gigi et Gaston Lachaille, le riche héritier des sucres du même nom, en décident autrement…


C’est en lisant Là où tombent les anges de Charlotte Bousquet il y a quelques semaines que j’ai eu envie de retrouver Colette. Femme indépendante et avant-gardiste en son temps, c’est une auteure dont la plume m’a déjà charmée à plusieurs reprises et dont la vie me semble assez passionnante. Il me reste de nombreux titres à découvrir mais cette fois, j’ai jeté mon dévolu sur Gigi.
Pas du tout renseignée, je pensais trouver un roman unique dans ce petit livre mais il s’agit en fait d’un recueil de 4 nouvelles, Gigi étant la première. 4 nouvelles, 4 histoires très différentes aussi bien dans le fond que dans la forme mais 4 courts textes qui prouvent, une nouvelle fois, le talent de Colette.

Dans la première nouvelle – Gigi donc – Colette nous conte une histoire en utilisant un point de vue externe. Gigi est une toute jeune fille qui grandit élevée par une mère absente et une grand-mère ultra-présente. Jolie demoiselle prometteuse, on tente de lui inculquer les valeurs de la vie en société, car, descendante de demi-mondaines, Gigi sera une grande cocotte ou ne sera point.
Ironique et pleine de malice, Colette met en scène des personnages aussi ridicules qu’attachants. Tous les échanges – dialogues – sont succulents, remplis d’argot parisien qui ne dépareille pas dans les bouches de ces élégantes légèrement arrivistes. Mais Gigi ne suit pas vraiment la voie toute tracée, terriblement naïve et ingénue, les relations des grands, elle n’y comprend rien et bien sincèrement, elle s’en fiche. Elle préfère rire et continuer, bien innocemment à jouer des parties de cartes avec Gaston Lachaille, son plus vieil ami.
Si j’ai aimé tourné ces pages, ravie du caractère de notre jeune héroïne et amusée par son entourage, j’ai par contre été assez surprise par la chute que j’ai trouvée très brutale. Je m’attendais à un développement plus avancé, à un dénouement tout autre (ou en tout cas amené plus en douceur, sans un tel retournement de situation). Je comprends parfaitement le choix de Colette mais je me suis retrouvée avec l’en-tête de la nouvelle suivante sans rien voir venir !

L’Enfant malade, parlons-en puisqu’il s’agit justement de la deuxième nouvelle du recueil. Ici, Colette entre dans la tête d’un petit garçon (tout en gardant un point de vue externe) qui vit quelques heures et jours, troublés par la souffrance et la maladie. Il vit ces moments difficiles comme dans une illusion, constamment entre le rêve et la réalité, submergé par la fièvre.
C’est la nouvelle la plus courte du recueil mais peut-être aussi celle qui m’a le plus séduite car l’exercice de style est rondement mené, le lecteur n’a aucun doute sur ce qu’il vit pendant sa lecture… et cette fois, j’ai apprécié la chute !

COLETTE, portrait trouvé sur ActuaLitté.

Colette se met elle-même en scène dans la troisième nouvelle en nous parlant d’une de ses voisines, La Dame du photographe. Cette femme pourtant bien lotie dans son quotidien, vivant dans un appartement confortable auprès d’un mari aimant, s’ennuie. Et elle s’ennuie à mourir. Alors elle se dit que peut-être, si elle se suicidait, il se passerait enfin quelque chose pour elle, qu’elle vivrait une expérience exceptionnelle ?
J’ai aimé le fond, la réflexion, le portrait dépeint par Colette qui pousse la porte de l’appartement d’un immeuble parisien pour nous conter les secrets qu’il peut receler. Et si j’ai une nouvelle fois aimé l’écriture – comment pourrait-il en être autrement ? – c’est peut-être la nouvelle la moins « marquée », celle qui relève le moins de l’exercice de style, à mon avis.

Au contraire, Flore et Pomone, le quatrième et dernier texte de ce recueil, révèle pleinement le talent de son auteure mais même si j’ai apprécié la précision de la plume, le fond m’a par contre moins séduite. A vrai dire, il n’y a pas réellement d’histoire, Colette nous dépeint en long, en large et en travers, un jardin avec ses fleurs, ses fruits, ses couleurs, ses odeurs… Plus que jamais elle fait appel à nos sens et le lecteur ne peut s’empêcher d’être transporté près d’elle, au milieu de cette nature riche d’émotions.
C’est, je pense, le texte le plus personnel du recueil ; Colette n’hésite pas à utiliser la première personne du singulier, elle fait appel à ses souvenirs, aux sensations et émotions éprouvées. C’est visuel, palpable, beau, doux, parfumé… Un tel exercice sur une cinquantaine de pages, c’est certes immersif mais cela peut tout de même paraître un peu longuet.

Bien que toutes les nouvelles ne m’aient pas séduite pour les mêmes raisons, les quatre textes proposés ici prouvent une nouvelle fois – si tenté qu’il y en ait besoin – que Colette est une grande Dame de la littérature française, aussi à l’aise à dépeindre des personnages hauts en couleur que dans un exercice de style plus formel. Je continuerai de la lire, toujours avec plaisir.

 

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