Comment j’ai tué mon père de Frédéric VION

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Comment j’ai tué mon père

de Frédéric VION

Flammarion,
2015, p. 180

Première Publication : 2015

 

Pour l’acheter : Comment j’ai tué mon père

Né en Lorraine en 1976, Frédéric Vion est aujourd’hui journaliste à France 2. Comment j’ai tué mon père est son premier roman.

 

♣ ♣ ♣

 

« Avec les boulets et les fardeaux intimes, il y a plusieurs solutions. En général on se contente de les traîner : on souffre tout seul et ça n’avance à rien. Ou alors on peut grimper dessus, pour au moins être vu. Il y a enfin la possibilité de les renvoyer à la figure de l’agresseur : c’est lourd et ça fait mal à tous les protagonistes, mais c’est efficace… « 
Comment s’en sortir quand on est un petit garçon dans une famille apparemment très ordinaire, mais que son père est un tyran domestique et qu’un monde s’écroule autour de soi?
Un père violent, une époque qui l’est aussi, et l’Histoire qui s’en mêle : tout concourait à démolir le narrateur… à moins qu’il n’arrive à se montrer plus résistant qu’eux.


Deuxième titre lu à l’occasion du Prix du Livre Numérique 2016, Comment j’ai tué mon père m’a laissée de marbre. Après la très belle surprise pleine d’émotions offerte par Charlotte Bousquet, l’histoire de Frédéric Vion s’est révélée, à mon goût, plate et sans saveur.

Étonnant de dire ça d’un récit qui témoigne de violences familiales… mais force est de constater que je suis passée complètement à côté. La preuve, dix jours après la lecture, je n’en ai plus aucun souvenir et j’ai même eu du mal à remettre le titre du livre et le nom de l’auteur, c’est dire à quel point ils m’ont marquée.
Pourtant, le thème pouvait me séduire. Là encore, c’est un peu bizarre de dire ça, mais disons plutôt que le thème avait de quoi me retourner et me faire vivre des émotions fortes. Et les émotions fortes, moi c’est ce que j’aime quand j’ouvre un bouquin (ou quand je regarde un film, ou quand j’écoute de la musique). Ressentir quelque chose, même de la haine pour un personnage, même de la pitié ou du dégoût, mais avoir un soupçon de quelque chose. Là : rien, zéro, nada. J’ai vécu cette lecture sans aucun sursaut, mon encéphalogramme est resté plat, à mon grand regret.

Même s’il ne s’agit pas de mon genre de prédilection, l’autobiographie peut parfois m’intéresser et me plaire. Ici, je me suis sentie mal à l’aise parce que j’ai eu l’impression que l’auteur écrivait certes pour se soulager d’un poids (la catharsis tout ça), mais qu’il n’écrivait pas du tout pour un hypothétique public. Ce qui fait que le lecteur se retrouve complètement mis de côté. C’est comme si moi je vous faisais lire mon journal intime quand j’avais 16 ans, j’y vivais de grandes émotions amoureuses, j’avais besoin de coucher ça sur le papier parce que c’était libérateur, mais clairement, tout le monde s’en fiche. Bon, là s’arrête la comparaison, peines de cœur et violences familiales n’ayant évidemment pas du tout la même gravité et ampleur.

Frédéric VION, portrait trouvé sur Républicain Lorrain.
Frédéric VION, portrait trouvé sur Républicain Lorrain.

On pourrait croire que le caractère autobiographique du texte apporte beaucoup d’humanité à l’oeuvre parce qu’en nous racontant son enfance et sa vie, Frédéric Vion nous offre une part de lui… mais non, j’ai trouvé l’ensemble très froid et encore une fois, le lecteur est laissé de côté. Ce n’est pas mal écrit, non, mais le témoignage perd de son intérêt s’il ne parvient pas à déclencher quelque chose chez son lecteur, à toucher une corde sensible.

En revanche, Frédéric Vion a su parfaitement retranscrire, il me semble, la Lorraine du XXe siècle et en particulier l’histoire de ses grands-parents maternels, immigrés italiens installés dans les usines du coin, alors en plein essor. C’est assez authentique et historiquement intéressant. Mais encore une fois, on reste en retrait.
Peut-être que l’explication de cette distance réside en partie dans la structure narrative du texte qui ne suit pas une logique chronologique. Frédéric Vion nous parle de ses ancêtres et nous dépeint certaines anecdotes du passé, mais pas vraiment dans l’ordre. J’aime assez les narrations complexes, la linéarité est parfois un peu trop simpliste, mais pour le coup, j’ai eu du mal à suivre et sans complètement m’y perdre, ça n’a pas aidé à ce que je m’attache au narrateur.

Difficile d’en dire plus sur ce premier roman qui m’a laissée sur le bord de la route. Le thème promettait un récit poignant, je n’y ai trouvé qu’un récit familial assez froid. Une occasion pour Frédéric Vion d’exorciser ses démons, ce qui a sans doute été assez salvateur, mais un rendez-vous manqué pour le lecteur, à mon humble avis.

 

Merci à Youboox pour cette lecture à l’occasion du Prix du Livre Numérique 2016 !

 

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