Coeur à corps de Valérie SIMON

coeur-a-corps-valerie-simon-bragelonne-snark-nouvelles
Coeur à corps

de Valérie SIMON


Bragelonne (Snark),
2015, p.237

Première Publication : 2015


Pour l’acheter : Coeur à corps


Valérie Simon, née le à Strasbourg, est un écrivain français de fantasy et de science fiction. (Wikipedia)

Arkem, Tome 1 


♣ ♣ ♣


Avec brio, Valérie Simon emmène ses lecteurs sur les chemins escarpés de son imaginaire d’une sombre richesse. Dans ce recueil sont réunies quatorze de ses nouvelles sorties à l’unité dans la collection Brage.
Récits fantastiques, contes noirs ou mythes post-apocalyptiques, la plume de Valérie Simon s’attaque à tous les genres pour mieux décortiquer l’âme humaine et son rapport à l’indicible. Ses histoires acérées, dans lesquelles l’homme est tour à tour proie et chasseur, et la créature objet de fascination et d’horreur, ne laisseront aucun lecteur indifférent…


Valérie Simon était présente aux Aventuriales de Ménétrol à la fin du mois de septembre, j’en ai donc profité pour jeter un oeil aux livres installés devant elle et je me suis laissée tenter par ce recueil de nouvelles, pour le moment le seul à son actif.
Ayant déjà lu l’auteure dans un format long grâce au premier tome de son Cycle d’Arkem (que j’avais bien aimé), j’étais curieuse de la retrouver dans l’exercice pas forcément évident de la nouvelle. Sitôt acheté, sitôt lu et grandement apprécié !

Coeur à corps rassemble 14 textes qui n’ont pas vraiment de thème commun si ce n’est leur appartenance aux littératures de l’Imaginaire et leur caractère finalement assez pessimiste. D’aucun qualifieront plutôt ces nouvelles de résolument « réalistes » (si tant est que l’on puisse associer science-fiction et réalisme) mais pour ma part, j’ai tout de même noté que les dénouements étaient rarement (jamais) très joyeux ou plein d’espoir. Ce qui n’empêche pas – loin de là ! – une grande originalité dans la plupart des intrigues et une belle maîtrise du style !

Comme d’habitude lorsque je chronique un recueil de nouvelles, je ne vous parlerai pas de chacun des textes individuellement, mais en priorité de ceux qui ont le plus retenu mon attention au cours de ma lecture.
Ils sont ici au nombre de 7, auxquels j’ajoute 4 autres nouvelles qui n’ont pas manqué de m’intéresser mais qui sont un poil en dessous, soit parce que le thème me semblait moins original, soit parce que la construction m’a un peu chagrinée… ce qui ne les place donc pas sur le podium avec les 6 précédentes mais tout de même pas loin. Enfin, les 4 derniers textes ne m’ont pas laissé beaucoup de souvenirs quand j’y réfléchis quelques semaines plus tard, alors j’en conclus qu’ils ont moins su retenir mon intérêt.
Ce qui fait tout de même 11 nouvelles sur 14 qui m’ont semblé soit excellentes soit particulièrement intéressantes… quand on connaît l’inégalité de certains recueils, je trouve que Coeur à corps se place dans les meilleurs que j’ai pu découvrir jusque là.

  • La Vénus du quartier des platanes, nouvelle qui ouvre le recueil, est un choix judicieux. Efficace et surprenante, elle capte l’attention. N’ayant lu de Valérie Simon que son premier tome du Cycle d’Arkem, je ne l’attendais pas dans une histoire si sensuelle et si « impudique » mais force est de constater que cela fonctionne très bien ! J’ai beaucoup aimé cette histoire de vaudou dans le grand immeuble d’une de nos villes contemporaines.
  • Je te tuerai deux fois, plus SF, m’a rappelé des livres YA que j’ai pu lire sur le thème du clone mais ici, point de jeunesse, des thèmes très adultes (la violence conjugale pour ne citer que celui-ci) et un dénouement assez désespéré (pourtant j’y croyais dur comme fer !)
  • La Nuit du chat gris m’a terrifiée. C’est LA nouvelle à lire le soir d’Halloween, à mon avis. J’ai un peu la même approche des chats que Valérie Simon : ce sont à la fois des créatures qui me fascinent et que je trouve très belles mais en même temps des animaux qui peuvent me mettre mal à l’aise car ils possèdent parfois un regard dérangeant (qu’est-ce qui se passe dans leur tête ?). Moi qui envisageais de devenir famille d’accueil pour une association sauvant les félins des rues, j’avoue qu’après cette lecture, j’étais quand même un peu refroidie !
  • Résolument plus SF, encore une fois, Le Numéro 319 met en scène un homme qui se réveille dans un lit d’hôpital sans aucun souvenir ni de qui il est, ni d’où il est. Au fil de ses réveils successifs, il va remettre en place les pièces du puzzle… et la chute est vraiment sympathique. J’ai aimé la « théorie » entraperçue ici et qui là encore, illustre le côté assez féministe de l’auteure !
  • La Chair du Golem est une des plus longues du recueil, il me semble et donc une des plus développées. On y découvre ainsi l’évolution d’un petit garçon suite au cadeau très spécial offert par son père à son retour d’une mission de l’armée. Encore un texte qui fait froid dans le dos – on surfe un peu avec la folie – et qui est bien mené.
  • Fenris, l’avant-dernier texte du recueil, nous emmène au Kenya, dans une réserve naturelle. Le héros y découvre des us et coutumes qui lui sont étrangers et va bientôt faire la connaissance d’une jeune femme bien étrange… J’ai beaucoup aimé la magie « primitive » qui émane de cette nouvelle et qui garde une belle part de mystère même lorsque l’on a atteint la dernière page.
  • Les Mémoires de la Bestia est une nouvelle qui m’a beaucoup plu car Valérie Simon a choisi un point de vue bien précis pour nous conter cette histoire. C’est ce qui fait tout le charme du texte. Je ne peux pas vous en dire bien plus sinon je vous gâche la surprise. J’avais des doutes sur l’identité du narrateur assez vite mais ce n’est vraiment que dans les dernières lignes que l’on a confirmation. Voilà un éclairage un peu nouveau pour une légende bien connue !

Demain, des raviolis m’a interpellé car se situe dans un monde post-apocalyptique intéressant mais il m’a manqué un petit quelque chose… ce qui a également été le cas pour Les Neuf queues de la femme renarde dont l’imaginaire très japonisant m’a fait voyager et m’a offert quelques images assez marquantes mais c’est une nouvelle dont la narration m’a parfois un peu perdue et au final, je ne suis pas sûre d’avoir bien saisi « l’explication ». La Vouivre au bord de l’étang a forcément su me séduire grâce à son aspect résolument merveilleux et féerique, et même si j’ai aimé que l’intrigue se déroule sous le règne de Louis XIV (et non au Moyen Age, comme c’est plus généralement le cas avec le merveilleux), je l’ai trouvée finalement assez classique dans son déroulement ; comme une sorte de conte. C’est la présence de créatures mi-humaines mi-aquatiques au XIXe siècle en mer de Chine qui m’a interpellée dans L’Amour à mort sur les rives de Formose mais je n’ai plus grand souvenir de l’intrigue… dommage !

Valérie SIMON, portrait trouvé sur le site de L'Archipel.
Valérie SIMON, portrait trouvé sur le site de L’Archipel.

Comme vous pouvez aisément le constater, Valérie Simon possède une imagination assez débordante car si l’on peut parfois retrouver des thèmes et des constructions assez classiques, dans l’ensemble, les histoires ici contées sont assez inédites et très originales !
Et plus que les thèmes qui m’ont dans l’ensemble beaucoup plu, c’est leur traitement qui m’a convaincue. Ecrire des nouvelles n’est pas chose aisée car il faut parvenir à faire entrer toute une histoire en très peu de pages. Il faut réussir à apporter un grand nombre d’éléments « de base » au lecteur, pour qu’il comprenne quasiment en un seul coup d’œil, dans quel contexte il se situe, qui sont les personnages qu’il suit et quel est le but de l’intrigue. Pas évident de faire entrer de plein fouet le lectorat dans un univers bien clair dans la tête de l’auteur, de le happer dès la première ligne et de l’amener exactement là où on veut en 5, 10, 20 pages maximum.
Généralement, je note des faiblesses et je ressens comme un manque. Je crois que je n’ai jamais rien ressenti de tel en découvrant le recueil de Valérie Simon. Ses 14 histoires tiennent la route et se suffisent à elles-mêmes. Bien sûr, on aimerait que certaines soient développées sur plusieurs centaines de pages supplémentaires, parce qu’il y a parfois matière, mais c’est du superflu, ce n’est pas indispensable. Les développements sont maîtrisés, les chutes tombent juste et les personnages sont dans l’ensemble très bien croqués. On se retrouve à un instant précis dans la vie de ceux-ci et on suit leur évolution sur plus ou moins du long terme. L’auteure nous propose des tableaux, des concentrés de vie qui, je me répète, tiennent la route et nous embarquent sans aucun problème !

Sur des formats courts, c’est aussi l’occasion pour les auteurs de se faire plaisir niveau style. Valérie Simon tente ici quelques petits effets, notamment lorsqu’il s’agit des descriptions. J’ai une nouvelle fois été agréablement surprise par sa plume, très imagée, très sensible. Il lui suffit de quelques mots, parfois de phrases très courtes, pour poser ses scènes et c’est très efficace. Les dialogues ne sont pas ce qui prime ici et c’est tant mieux. J’aime assez lorsque l’on nous offre des passages d’introspection (quand le héros est narrateur) ou lorsque les auteurs privilégient les descriptions, sans jamais tomber dans l’excès. C’est fluide et, encore une fois, maîtrisé.

Très sincèrement, je ne pensais pas trouver autant de belles idées (que d’intrigues originales !), autant d’images marquantes (ce chat… bbbrrrr….) et autant d’émotions dans ce recueil de nouvelles. Si toutes n’ont pas fait l’unanimité (j’en retiens tout de même 7 excellentes et 4 contenant de belles choses), aucune n’a fait un flop. C’est sans doute un des meilleurs recueils que j’ai pu lire jusque ici !


Une pensée sur “Coeur à corps de Valérie SIMON

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

7b222e2e6ccbd7b9f714524b80bdec1dRRRRRRRRR