L’Amour caché de Charlotte Brontë de Jolien JANZING

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L’Amour caché de Charlotte Brontë
de Jolien JANZING
L’Archipel,
2016, p. 336

 

Première Publication (vo) : 2013

Pour l’acheter : L’Amour caché de Charlotte Brontë

 

Spécialiste de littérature anglaise du XIXe siècle, Jolien Janzing, née en 1964 aux Pays-Bas, vit en Flandre. Ce roman – son cinquième livre –, a paru en Hollande, au Royaume-Uni et en Allemagne, au Japon, en Turquie et en Italie. Les droits cinéma en ont été acquis par David Kelly, le producteur de Two Women avec Ralph Fiennes et Sylvie Testud, film sortant en 2016.

 

♣ ♣ ♣

 

En 1842, Charlotte et Emily Brontë quittent leur Yorkshire natal pour parfaire leur français à Bruxelles.
D’un naturel enjoué et curieux, Charlotte rêve de conquérir sa liberté. Sur place, elle et sa sœur font connaissance de Claire Heger, la directrice du pensionnat qui les héberge, et de Constantin, son époux, qui y enseigne le français.
Charlotte voit en cet homme le symbole de l’intelligence et de la virilité. Ce maître, qui joue de son pouvoir sur ses jeunes élèves, devient vite l’objet de ses fantasmes, tant intellectuels, physiques que sentimentaux.
Le retour en Angleterre est rude, d’autant qu’avant son départ Constantin lui a avoué qu’il partageait ses sentiments. Charlotte n’aura dès lors qu’une idée : fuir et retourner à Bruxelles pour vivre sa passion, quitte à s’y consumer…

 

Les Soeurs Brontë font partie de ces auteurs de littérature classique anglaise que j’apprécie. Si je n’ai pas encore eu l’occasion de découvrir les oeuvres de Anne (la troisième soeur), j’ai pu lire (et ce à plusieurs reprises), les écrits de Charlotte et Emily, avec une préférence pour le Jane Eyre de la première, l’esprit d’Emily étant un peu trop torturé et tortueux pour moi (notamment dans ses célèbres Hauts de Hurlevent). Mais comme pour beaucoup d’écrivains, notamment du XIXe siècle, leur vie privée m’est quasiment inconnue.

Si je savais que les deux aînées avaient effectué un séjour à Bruxelles et que Charlotte y avait vécu une “relation” adultère, je ne connaissais pas les détails de celle-ci ; c’est ce que propose de nous faire découvrir Jolien Janzing dans cette biographie très romancée.

A vrai dire j’ai été assez déçue de ce que j’ai trouvé dans ces quelques centaines de pages. Je n’ai pas aimé la vision que ce roman offre des soeurs et de leurs aventures à Bruxelles. Peut-être que Jolien Janzing a fait un excellent travail de documentation et de reconstitution et que tout s’est passé plus ou moins de la sorte, je ne suis pas une experte de la biographie des soeurs Brontë ; mais ce n’est pas ainsi que je m’imaginais les choses et ce n’est pas ainsi que j’ai envie d’y penser en ayant refermé l’ouvrage.
Charlotte et Emily y sont décrites comme deux jeunes anglaises très froides, très rigides, pas du tout sociables (à la limite de l’autisme pour Emily) et finalement complètement renfermées sur elles-mêmes, égoïstes et sans aucune joie de vivre. Je veux bien que la vie des enfants Brontë n’ait pas été rose (les décès successifs de la mère et des frères et soeurs) et que l’éducation anglaise très stricte de la première moitié du XIXe siècle empêche les sujets de la reine de porter des fanfreluches roses fluo et d’amuser la galerie… mais qu’elles m’ont paru ternes et insupportables ces deux soeurs ! Surtout Charlotte !

Jolien JANZING, portrait trouvé sur Babelio.
Jolien JANZING, portrait trouvé sur Babelio.

Emily n’est pas si éloignée de l’image que je m’en faisais, bien que le trait me semble tout de même forcé ici… mais Charlotte ! Quelle déception ! Peut-être avais-je une vision édulcorée de ce qu’avait pu être cette “relation” avec son professeur à Bruxelles mais là ça a été la douche froide. Je n’ai pas compris cet attachement ressenti pour un homme laid, caractériel, froid, constamment dans les jupes de sa femme et complètement soumis à celle-ci. J’ai bien compris que beaucoup s’accordent à dire que c’est lui qui a donné ses traits à Mr Rochester… mais là où je suis tombée sous le charme du héros dans Jane Eyre, je suis restée complètement insensible à Constantin Heger l’enseignant ! Alors certes, il est certainement le premier homme à avoir croisé son chemin (elle n’avait pas dû en rencontrer beaucoup en Angleterre auprès de son père pasteur), le premier auprès duquel elle passait autant de temps au quotidien (à part son père et son frère) et elle s’est prise d’admiration pour son intellect… mais non, je n’ai pas cru à cette passion et elle m’a déplu. Parce que je n’y ai pas trouvé une Charlotte passionnée et vivant sa passion intensément, mais une jeune femme soumise, malheureuse, perdant le sens commun… bref, une Charlotte Brontë perdue, éperdue et faible. Et ça ne m’a pas plu du tout.

Si j’ai apprécié le style (ou en tout cas la traduction française) de Jolien Janzing et notamment ses descriptions qui nous plongent assez facilement dans l’Angleterre et la Belgique du XIXe siècle, j’ai en revanche été assez sceptique au sujet de son choix d’insérer un deuxième arc narratif qui met en scène une très jeune fille (d’environ 16 ans) qui séduit sous la houlette de sa mère, le roi de Belgique pour devenir sa maîtresse officielle.
Certes, je peux comprendre l’envie de comparer deux relations adultérines dans la société de l’époque, l’une caché et assez terne, l’autre sous le feu des projecteurs et très colorée (ne serait-ce que vestimentairement parlant) et la conclusion de celles-ci… mais je n’y ai pas trouvé un intérêt grandiose. Les chapitres dédiés à cette intrigue secondaire s’insèrent, comme ça sans prévenir, entre ceux destinés à l’histoire de Charlotte et j’ai vraiment eu l’impression de lire deux romans différents. Jolien Janzing tente de créer des ponts entre les deux intrigues, en mettant les jeunes femmes en scène dans les mêmes décors, par exemple, mais ce n’est pas très probant à mon avis.
L’histoire de cette jeune demoiselle briefée par sa mère pour séduire le roi n’est pas inintéressante en soi et n’est pas désagréable à suivre, mais elle n’avait pas grand chose à faire là, encore une fois.

L’Amour caché de Charlotte Brontë n’a pas su me convaincre. Pas parce que cette biographie romancée est mal écrite – au contraire, j’ai trouvé que c’était assez agréable à lire – mais bien parce que le fond m’a déplu. Jolien Janzing m’a dépeint les soeurs Brontë d’une façon qui ne correspond pas à mon imaginaire. Je n’imaginais pas Charlotte et Emily ainsi et SURTOUT, je n’ai pas envie de les imaginer ainsi. C’est peut-être très fidèle à la réalité mais ça ne me convient pas alors je préfère rester avec mes idées reçues… mais peut-être pourrai-je tenter d’autres biographies de la famille Brontë, plus “scientifiques” (historiques), moins romancées ?

 

Merci aux éditions de l’Archipel !

2 commentaires sur “L’Amour caché de Charlotte Brontë de Jolien JANZING”

  1. Il me tente toujours, mais merci pour ta critique !
    Je suis fan de l’univers des Brontë, et d’après les biographies que j’ai lues à leur sujet, Emily était considérée comme sauvage, rude, possédant des capacités “médiumniques”. Charlotte aurait été plus sociable et douce, mais savait se défendre, même face à un homme (et elle mesurait 1 m 44 !). Par contre, elle détestait les catholiques romains, et c’est d’ailleurs pour cela qu’elle a choisi de parfaire son français à Bruxelles, et non chez nous, sniiif !

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