Mon traître de Sorj CHALANDON

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mon traitre sorj chalandon le livre de pocheMon traître
de Sorj CHALANDON
Le Livre de Poche,
2009, p. 216

 

Première Publication : 2008

Pour l’acheter : Mon traître

 

Sorj Chalandon, né le , est un journaliste et écrivain français. Il a été journaliste au quotidien Libération de 1973 à février 2007. Membre de la presse judiciaire, grand reporter, puis rédacteur en chef adjoint de ce quotidien, il est l’auteur de reportages sur l’Irlande du Nord et le procès de Klaus Barbie qui lui ont valu le prix Albert-Londres en 1988. En 2008, son roman Mon traître s’inspire de son histoire personnelle : son amitié avec Denis Donaldson, vue par le biais d’un narrateur parisien luthier ; trois ans plus tard, l’histoire romancée est racontée sous l’angle du « traître », dans Retour à Killybegs. Ce roman obtient le Grand prix du roman de l’Académie française en 2011. (Wikipedia)

 

♣ ♣ ♣

 

« Il trahissait depuis près de vingt ans. L’Irlande qu’il aimait tant, sa lutte, ses parents, ses enfants, ses camarades, ses amis, moi. Il nous avait trahis. Chaque matin. Chaque soir… »

 


Sorj Chalandon. Voilà un nom que je connaissais vaguement mais qui ne m’avait jamais vraiment attiré, la littérature contemporaine n’étant pas forcément mon genre de prédilection. Et puis, au détour des conversations avec les copines blogueuses et les libraires lyonnais, j’ai découvert qu’il était l’auteur d’un « diptyque » autour de la question des conflits nord-irlandais. Forcément, ça me parlait déjà beaucoup plus.

Je ne sais plus dans quel état d’esprit j’ai ouvert Mon Traître, mais j’en suis ressortie vidée par l’émotion. Cet amour viscéral pour l’Irlande, j’aurais pu l’écrire, et si je l’avais fait, j’aurais aimé l’écrire d’aussi belle façon que Sorj Chalandon.

Antoine – ou Tony, rebaptisé à l’anglophone – est un luthier français qui ne connaît de l’Irlande que les films avec la rouquine Maureen O’Hara, la Guinness amère, la pluie fine et les paysages verdoyants. Sa rencontre avec Tyrone Meehan – homme charismatique, figure de l’IRA – dans un pub de Belfast à la fin des années 70 va changer bien des choses.
Français pur souche sans aucun rapport avec l’Irlande, il va tomber définitivement amoureux du pays, des hommes qui l’habitent et du combat qu’ils mènent. Il va se rapprocher d’eux et malgré les mises en garde récurrentes de Tyrone qui lui rappelle sans cesse qu’il n’est pas irlandais, Tony va entrer dans le quotidien des membres de l’IRA et va prendre part au conflit ; peut-être pas directement et physiquement sur le terrain face aux anglais mais émotionnellement parlant.

Je me suis sentie si proche de Tony, si proche de sa vision de l’Irlande, si proche de ce qu’il ressent pour ce pays. Je suis française, la France fait partie de mon quotidien car je la foule des pieds chaque jour. Malgré tout, le pays qui occupe mon coeur et mes tripes, c’est l’Irlande. Les quelques gouttes de sang irlandais dans mon cocktail génétique, mon physique, mon prénom… tout se rapporte à l’Irlande et il ne se passe pas une journée sans que je fasse référence à l’île d’émeraude, pour une raison ou une autre. Comme Tony, je lis et regarde tout ce que je peux découvrir sur le pays, sa culture, son histoire et comme Tony, malgré la distance, j’ai envie de prendre part à ce qu’il se passe là-bas, à deux heures d’avion de Lyon. Si je manifeste de temps en temps en France pour telle ou telle revendication, ça n’aura jamais autant d’impact sur moi que s’il fallait aujourd’hui manifester et prendre part aux combats pour les prisonniers de l’IRA par exemple (cf les grèves de l’hygiène et de la faim dans des conditions inhumaines dans la prison de Long Kesh à Belfast au début des années 80, ayant conduit de nombreux détenus à la mort, notamment Bobby Sands, le plus connu d’entre eux).
Tony tombe amoureux de l’Irlande et le pays entre en lui pour ne plus jamais le quitter. C’est la même chose pour moi. J’ai bien du mal à vous parler de ce sentiment et de cette relation qui m’unissent à l’Irlande, je vous invite donc plutôt à lire les écrits de Sorj Chalandon, beaucoup plus doué que moi pour faire passer les émotions.

Sorj CHALANDON, à droite, en Irlande du Nord. Photo trouvée sur Mediapart.
Sorj CHALANDON, à droite, en Irlande du Nord. Photo trouvée sur Mediapart.

Sur un peu plus de 200 pages, Tony va donc nous parler de son Irlande et notamment des relations qu’il entretient avec quelques irlandais, figures importantes de l’IRA. C’est à travers ses yeux que l’on fait la connaissance de Jim et de sa femme, un couple chaleureux et généreux qui l’héberge naturellement, sans contrepartie ; et c’est évidemment à travers son point de vue que l’on rencontre Tyrone Meehan, son traître.
Dès les premières pages il n’y a aucune surprise sur le rôle tenu par Tyrone. Tony l’appelle « mon traître » dès la première ligne. Et pourtant, on n’arrive pas à en vouloir à cet homme qui fait office de figure paternelle pour le narrateur. D’ailleurs, celui-ci n’insiste pas du tout sur l’aspect « espionnage pour l’Angleterre », on n’aura jamais de détails sur ses longues années à renseigner l’ennemi, c’est une période évoquée avec beaucoup de pudeur. L’important pour Tony, c’est la relation entretenue avec cet homme qu’il pensait connaître. Tyrone a trahi son pays, l’IRA, sa famille… a-t-il aussi trahi son ami toutes ces années ? Était-ce une relation sincère ?

Je découvre la plume de Sorj Chalandon avec ce court roman et je suis convaincue. Le style est particulier, les phrases sont assez courtes, certaines expressions imagées semblent sorties de nulle part… mais c’est puissant, émouvant et ça prend aux tripes. Peut-être ne suis-je pas objective parce que je possède déjà un amour inconditionnel pour l’Irlande donc je ne pouvais que me reconnaître dans ce narrateur, mais même le lecteur ignorant des conflits nord-irlandais ne pourra pas être insensible à cette histoire.

A noter que Mon traître – et son pendant Retour à Killybegs d’ores et déjà dans ma bibliothèque et que je lirai très vite – raconte un pan de l’histoire de Sorj Chalandon. Les noms (Tyrone Meehan remplace Denis Donaldson, ami irlandais de Chalandon, figure de l’IRA ayant avoué sa traîtrise dans les années 2000, assassiné quelques mois plus tard), dates et métiers sont transformés, tout est évidemment romancé pour servir la fiction ; mais l’émotion, je pense, est authentique et c’est ce qui fait la force de ce texte, à mon avis.

J’espère avoir l’occasion de rencontrer Sorj Chalandon un jour, au détour d’un salon du livre ou lors d’une lecture en librairie !

 

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6 pensées sur “Mon traître de Sorj CHALANDON

  • Ping : [CHALLENGE] Irlande et littérature irlandaise - Bazar de la Littérature

  • 18 juillet 2016 à 21 h 40 min
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    Bonsoir
    Cet auteur me plait beaucoup
    J ai lu ce livre et aussi Retour à Killybegs qui à été une véritable claque !
    Je poursuivrais mes lectures de Sorj Chalandon parce que c est de la bonne littérature
    Bisous

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  • 6 juillet 2016 à 22 h 53 min
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    Merci pour ce très complet avis. Je suis vraiment tentée car il s’agit d’un auteur que je souhaite découvrir.

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  • 4 juillet 2016 à 19 h 01 min
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    Je croyais être le premier. Je précise que si j’ai donné un avis bien tranché, je n’attaque personne. Chacun sa sensibilité.

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  • 4 juillet 2016 à 18 h 46 min
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    Pourtant, on sent bien l’émotion et ton amour de ce pays, au point peut-être où l’aspect critique s’efface un peu, mais c’est bien aussi, l’enthousiasme. C’est communicatif.
    Pour ma part, je ne marche pas car j’ai Le quatrième mur du même auteur. Des paragraphes, parfois des pages entières de tire-larmes pour idéaliste/bien-pensant (Le terme est à la mode, mais il est adapté. L’idée du roman est juste wtf) et un abus de « vraiment » qui, paradoxalement, m’a fait douter de la sincérité de l’auteur. Bref, ça m’a gavé.
    Enfin. Il en faut pour tous les goûts et je n’ai pas lu le roman que tu nous présentes. Ce sera ma phrase diplomatique du jour.

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  • 4 juillet 2016 à 18 h 02 min
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    Si tu as aimé ce livre, tu aimeras sûrement Retour à Killybegs où l’on suit la jeunesse de Tyrone ! Bouleversant.
    J’ai écouté Sorj Chalandon lors d’un salon, il est absolument passionnant, et l’on sent bien que ce qu’il raconte dans tous ses romans, ce sont ses émotions, et une partie de sa propre histoire. C’est romancé mais très authentique (notamment son dernier roman dont il parlait lors de la conférence, sur sa relation à son père). Le roman le plus poignant est sans doute pour moi Le Quatrième Mur, bien loin de l’Irlande, mais presque insupportable tant il est touchant… J’aime beaucoup la plume de l’auteur, qui colle parfaitement à ce qu’il raconte, et me transporte dès la première ligne. Ecrit avec ses tripes mais avec style !

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