Mansfield Park de Jane AUSTEN

mansfield park jane austen la bibliothèque du collectionneur
Mansfield Park
de Jane AUSTEN
La Bibliothèque du Collectionneur,
2013, p. 684

 

Première Publication : 1814

Pour l’acheter : Mansfield Park

 

Jane Austen, née le 16 Décembre 1775 et morte le 18 Juillet 1817, est une femme de lettres anglaise. Son réalisme, sa critique sociale mordante et sa maîtrise du discours indirect libre, son humour décalé et son ironie ont fait d’elle l’un des écrivains anglais les plus largement lus et appréciés.

Amour et amitié Emma  Lady Susan Northanger Abbey
 Orgueil et préjugés Persuasion  Raison et sentiments

 

♣ ♣ ♣

 

Fanny Price est issue d’une famille pauvre qu’elle quitte à l’âge de dix ans pour vivre avec son oncle et sa tante, Sir Thomas et Lady Bertram, à Mansfield Park. Sir Thomas désire en effet aider Mrs. Price, la mère de Fanny et la sœur de Lady Bertram, en prenant en charge l’éducation de Fanny.
Celle-ci est donc élevée avec ses cousins, légèrement plus âgés qu’elle, Tom, Edmund, Maria et Julia, mais il lui est presque constamment rappelé qu’elle leur est inférieure. Seul Edmund fait preuve de gentillesse à son égard; Maria et Julia la méprisent, Tom ne lui prête pas attention. Fanny maintient une correspondance régulière avec son frère William, officier de la Royal Navy. Elle acquiert en grandissant, notamment au contact d’Edmond, un sens moral qui lui sert de guide pour toute chose. La gratitude et l’affection qu’elle éprouve à l’égard de son cousin se transforment au fil des ans en un amour qu’elle garde secret.
Les jours passent calmement à Mansfield Park, jusqu’au jour où Lord Bertram part aux Caraïbes et que de nouveaux jeunes gens font leur arrivée dans les environs : Mr. et Miss Crawford, frère et sœur de la femme du nouveau pasteur. Leur arrivée bouleverse la vie austère de Mansfield Park, sous les yeux de Fanny…

 

J’ai profité des vacances d’été pour découvrir le dernier roman majeur de Jane Austen dans lequel je ne m’étais pas encore plongée. C’est en compagnie de Cali du Calidoscope que la lecture s’est faite et pour une fois, nous nous lancions toutes les deux dans l’inconnu.
Généralement le moins aimé (ou au contraire le préféré, bien que ce soit plus rare) des Janéites, Mansfield Park est un peu à part. Plus imposant (dans le nombre de pages) que les autres romans de l’anglaise, j’avoue que je le redoutais un petit peu. Et puis, outre le fait qu’après celui-ci, je n’ai plus de roman (majeur) à découvrir de l’auteure ; j’avais surtout peur d’être déçue… et si je n’aimais pas un texte de Jane Austen ?!
Alors soyons clairs, je ne fais pas partie des rares adorateurs de Mansfield Park. J’ai bien sûr pris énormément de plaisir à retrouver la plume si délicate et les portraits de personnages savoureux… mais l’histoire m’a semblé parfois bien longue pour au final, pas grand chose. Et Cali semble du même avis.

masnfield park adaptation 1999Attention, malgré ce préambule, j’ai aimé Mansfield Park. Il m’a juste manqué quelques éléments pour que je le hisse au niveau d’Orgueil et préjugés, Persuasion ou Emma. Malgré les longueurs et les petites déceptions, j’ai passé un très bon moment en compagnie de la jeune Fanny et de son entourage… il ne me reste plus qu’à regarder les adaptations, notamment la dernière en date avec Billie Piper, la seule que je possède (je dois avouer que je suis déjà complètement rebutée par la pochette du dvd).

Ce qui pêche peut-être le plus ici, c’est l’intrigue. Alors vous allez me dire, un roman de Jane Austen n’offre jamais des dizaines de scènes d’action et de courses-poursuites, ça c’est sûr. Mais il y règne tout de même un petit suspens et surtout des rebondissements et retournements de situation, Emma étant sans doute celui qui m’avait le plus surprise à ma première lecture. Ici, tout est assez plat et l’on sait très vite comment cela va se terminer.
Il faut aussi dire que la narration se concentre surtout sur la résidence de Mansfield Park et sur la société qui y vit. Ce qui n’apporte que peu de nouveautés et de remue-ménage, à part peut-être l’arrivée d’un ou deux nouveaux voisins. Les autres romans de Jane Austen me semblaient un peu moins centrés sur le même noyau de personnages et au même endroit (bien que l’intrigue d’Emma ne voyage pas d’un mile, il y a assez de figures différentes et donc de mini-intrigues entrecroisées pour qu’on ne s’ennuie pas et se pose beaucoup de questions sur le devenir de chacun), ce qui apportait donc un peu de fraîcheur et de « peps ». Alors oui, dans la dernière partie de l’histoire, Fanny voyage car retourne quelques mois chez ses parents mais ça n’a pas vraiment eu l’effet escompté sur moi.
Qui plus est, les autres héros et héroïnes de Jane Austen ont l’habitude d’organiser des bals, des pique-nique… permettant ainsi aux mini-intrigues et aux relations de se (dé)nouer. A part une frénésie frolant l’hystérie à cause de la création d’une petite pièce de théâtre (privée), les jeunes gens de Mansfield Park doivent se contenter de promenade à cheval, de lecture et de broderie. Ce qui limite grandement les rencontres et donc les rebondissements pour le lecteur. Et c’est bien dommage.

Malgré tout, Jane Austen nous offre une nouvelle fois un portrait très soigné de la société qu’elle côtoyait elle-même au quotidien. L’occasion pour les lecteurs de faire un bond dans le temps et de passer quelques heures dans la campagne anglaise du tout début du XIXe siècle.
La famille Bertram est aisée. Sir Thomas, le père, est un homme bon derrière sa froideur, il accepte donc sans rechigner les deux sœurs de sa femme. La première, Mrs Norris, vit avec son époux dans une demeure près d’eux et, n’ayant pas d’enfants, gâtent beaucoup trop ses neveux et nièces. La deuxième, Mrs Price, est en froid avec ses sœurs et part vivre sa vie au loin. Parents de nombreux enfants, les Price ne possèdent pas la fortune des Bertram et peinent à joindre les deux bouts. Pour se donner bonne conscience, Lady Bertram et Mrs Norris décident de faire venir une de leur nièce à Mansfield Park, pour soulager ses parents et lui donner la meilleure éducation qu’il soit. C’est ainsi que la petite Fanny, 10 ans, quitte son foyer pour venir s’installer dans cette grande demeure froide, auprès d’oncles et tantes hautains et peu intéressés par sa personne. Dans l’ombre de ses deux cousins et de ses deux cousines, la petite fille grandit discrètement, réservée, silencieuse, acceptant les brimades sans sourciller…

Ce roman la met principalement en scène alors qu’elle a 18 ans et que de nouveaux voisins – Henry Crawford et sa soeur Mary – sont venus s’installer dans les alentours. Toujours aussi effacée, la discrète Fanny observe son entourage, toujours bienveillante, même lorsqu’elle souffre des situations vécues. Il faut bien l’avouer, qu’est-ce qu’elle est molle cette Fanny ! Alors, elle m’a touchée la plupart du temps et je comprends tout à fait son côté « petite fille modèle bien élevée, toujours polie, toujours bien mise » (après tout, on est dans l’Angleterre du début du XIXe siècle), mais Jane Austen nous avait habitués à des héros tellement plus charismatiques (Elizabeth Bennet, pour ne citer qu’elle !), que c’en est presque décevant. Et puis, finalement, le pire, ce n’est pas tant le caractère de l’héroïne, c’est plutôt le fait qu’il n’y ait aucune évolution entre la première et la dernière page… Fidèle à elle-même la douce Fanny, de la première à la dernière ligne.
L’autre personnage décevant, c’est le héros masculin principal, à savoir Edmund, l’un des fils Bertram (donc cousin germain de Fanny). Là encore, zéro charisme. A part sa gentillesse, je n’arrive même pas à comprendre comment (et pourquoi) la jeune fille tombe sous son charme. Oui il est une source de soutien et de réconfort importante dès son arrivée à Mansfield Park mais sinon… il est mou lui aussi, une catastrophe ! Et qu’est-ce qu’il est bêta… il tombe amoureux de Mary, la nouvelle voisine, une peste dissimulée mais il lui trouve toutes les excuses (il paraît que l’amour rend aveugle…). Fanny et le lecteur le savent, ils ne sont pas du tout fait pour être ensemble mais il s’accroche malgré toutes les évidences qu’il peut avoir sous les yeux. Lui non plus n’évolue pas d’un poil. Il finit tout de même par ouvrir les yeux sur certaines choses mais aucune surprise là-dedans, on l’attendait dès l’ouverture du roman.

mansfield park adaptation 2007En revanche, je n’ai pas été déçue un seul instant par tous les personnages secondaires. Encore une fois, Jane Austen nous offre des portraits savoureux et encore une fois, ils sont bien gratinés ! On se moque très volontiers de la bêtise, de l’oisiveté et de l’égoïsme de cette bourgeoisie de la régence anglaise, toujours centrée sur elle-même. Richesse et paraître sont les maîtres mots.
Entre la cruelle Mrs Norris (lêche-bottes au possible), qui fait toujours passer sa méchanceté derrière la politesse et la bienséance, Lady Bertram qui passe son temps allongée sur son canapé à broder et qui ne sait pas prendre la moindre décision seule ; et les jeunes gens qui se séduisent mutuellement sans s’occuper des conséquences pour les sentiments des autres… Un beau panier de crabes ! Mais j’adore, ça me fait mourir de rire à chaque fois !
Cela dit, lorsque les deux soeurs Bertram (Maria et Julia, les deux cousines de Fanny), quittent Mansfield, je trouve que le roman perd vraiment de son aspect ironique et comique. Une sorte de lourdeur prend les devants et ça en devient presque dramatique (quelle horreur ces passages chez les Price !). J’aime les héroïnes « malheureuses » à la Jane Eyre de Charlotte Brontë (qui vit une enfance et une adolescence particulièrement atroces), mais ce n’est pas ce que je recherche quand je lis un Jane Austen (même si Austen ce n’est pas que de l’ironie non plus). Les bons mots de la romancière m’ont alors cruellement manqué et même si j’en ai profité pour parcourir sa plume d’une façon différente, le sourire n’était plus là et ce n’était plus aussi savoureux.

Je suis heureuse d’avoir enfin lu ce roman, mais je suis soulagée de l’avoir gardé pour la fin car si je l’avais lu en tout premier, pas sûre que j’aurais eu la même admiration pour la romancière. Il vaut mieux, à mon avis, s’y plonger si vous avez déjà appréhendé la patte Austen auparavant.
Malgré deux héros principaux un peu fades et une intrigue un peu lisse, Jane Austen nous offre là un portrait soigné de la société bourgeoise de l’Angleterre du début du XIXe siècle. On s’y croirait et c’est toujours un plaisir d’y passer quelques heures !

 

Illustrations : Adaptations de 1999 et 2007.

 

L’avis de Cali !

challenge XIXe

12 pensées sur “Mansfield Park de Jane AUSTEN

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