L’Irlande fantastique présenté par Claude FIEROBE

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L’Irlande fantastique
présenté par Claude FIEROBE
Terre de Brume,
2002, p. 284

 

Première Publication : 2002

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Claude Fierobe est spécialiste de littérature anglaise. Professeur honoraire à l’Université de Reims-Champagne-Ardenne, il a enseigné la littérature anglaise et irlandaise. Outre de nombreux articles il a écrit, L’homme et l’œuvre (1974), De Melmoth à Dracula, la littérature fantastique irlandaise au XIXe siècle (2000). Il a dirigé la publication de L’Irlande fantastique (recueil de nouvelles, 2002) et de plusieurs autres ouvrages. Il a traduit Charles Robert Maturin, James Stephens, Fitz. James O’Brion, W.B. Yeats, Seamus Heaney, Julia O’Faolain.

 

 Le sommaire de ce recueil 

 

 

Les nouvelles irlandaises rassemblées ici, diverses, irréductibles à un même modèle, ont en commun de privilégier l’irrationnel. On se souvient que Roger Caillois définissait le fantas­tique comme « l’irruption de l’inadmissible dans l’inaltérable Légalité quotidienne ». C’est bien de cela qu’il s’agit dans ces textes où coexistent, outre les fantasmes personnels, une sourde angoisse engendrée par les métamorphoses du monde contemporain et un recours fréquent au mythe, accompagné d’une valo­risation du passé légendaire.
Des pages sépulcrales de Maturin aux rêveries lumineuses de Clotilde Graves, à travers Griffin, Carleton, Banim, Mangan, Le Fanu, Wilde et Stoker, la palette fantastique se montre ici d’une étonnante diversité dans l’évocation du mystère. William Trevor écrit que, mieux que le roman, la nouvelle irlandaise est capable d’ « envoûter » le lecteur. S’il en est ainsi, que dire alors de la nouvelle irlandaise fantastique ?

 

C’est au cours d’un reclassement à la bibliothèque la veille des vacances que j’ai repéré quelques titres. Je ne les ai pas tous empruntés, par manque de place dans ma valise et de temps pour les lire, mais je n’ai pas pu résister à ce recueil de nouvelles fantastiques.
Il y a quelques années encore, j’étais assez réticente à me lancer dans des anthologies, peu séduite par les textes courts, mais force est de constater que nombre d’auteurs excellent dans cet exercice difficile et que c’est un excellent moyen pour découvrir de nouvelles plumes. Ce recueil ne fait pas exception.

Auteurs très renommés et noms moins connus se succèdent ici pour nous proposer 12 nouvelles de qualité. Toutes rédigées par des auteurs irlandais entre le XVIIIe et le XIXe siècle, ces courts textes mettent en scène le surnaturel : des apparitions fantomatiques aux souhaits réalisés par un étrange étranger en passant par la rencontre avec des fées et les sombres prédictions d’avenir…

Si je n’ai pas été totalement embarquée par l’ensemble des nouvelles, aucune ne m’a vraiment déplu. A noter que les premières, correspondant à celles rédigées au XVIIIe siècle, sont peut-être moins faciles d’accès, tout simplement parce que le style nous paraît à nous, lecteurs du XXIe siècle, un peu plus désuet. Malgré tout, rassurez-vous, absolument rien d’insurmontable ou d’incompréhensible, la lecture reste fluide et agréable quel que soit le texte abordé.
La grande majorité des nouvelles est rédigée le siècle suivant (les textes sont présentés par ordre chronologique) et je dois avouer, qu’il s’agisse de la forme ou du fond, je les ai préférées. En revanche, là où je suis plus surprise, c’est que j’ai été davantage convaincue (voire même très agréablement surprise) par les histoires d’auteurs que je ne connaissais absolument pas alors que les textes des trois auteurs phares du recueil – à savoir Sheridan Le Fanu, Oscar Wilde et Bram Stoker – m’ont moins marquée. Les trois hommes nous proposent des intrigues bien menées et bien écrites (Wilde le fait sous forme de conte avec une morale) où les fées enlèvent les enfants, où les rois doivent faire leurs preuves et où les morts se relèvent mais ce sont trois femmes auteures dont je n’avais jamais entendu parler qui m’ont véritablement surprise à travers deux histoires étonnantes.

clotilde graves portraitAlors au lieu de vous raconter chaque nouvelle dans le détail – ce dont je serais bien incapable car ma mémoire est plutôt défaillante -, je préfère m’attarder un peu plus sur les deux textes en question, les deux derniers du recueil, respectivement rédigés par Somerville & Ross (deux cousines, Edith et Violet qui signent par ce pseudonyme) et par Clotilde Graves.

 

Le Grand-Oncle McCarthy. Un jeune commandant prend possession d’une vieille maison irlandaise et doit s’accommoder non seulement des difficultés à vivre dans celle-ci (des bruits étranges résonnent régulièrement au dessus de sa tête) mais également des habitudes du voisinage et des règles de chasse. Ce n’est pas tant l’intrigue qui m’a tenue en haleine bien que la chute m’ait fait sourire ; mais bien la plume des deux cousines qui m’a fait penser, d’une certaine façon, à la plume incisive de Jane Austen. Ici aussi, les deux femmes proposent des portraits bien croqués des irlandais de cette fin du XIXe siècle et possèdent un regard aiguisé de la nature humaine. C’est ironique à souhait, très amusant et m’a largement fait sourire plus d’une fois.

« J’en avais choisis une [maison], celle qui avait le meilleur rapport entre la surface de toit et l’étendue du terrain de chasse, et j’avais reçu l’assurance de mon propriétaire qu’elle serait habitable d’ici une quinzaine de jours environ.
– Il y a quelques bricoles à faire, dit-il tranquillement, une touche de peinture ici, une truelle de plâtre là…
Je suis myope, je suis aussi d’origine irlandaise, deux faits qui disposent à la tolérance, mais moi-même je compris qu’il sous-estimait le travail. »

 

Enlèvement fantôme. Un couple de jeunes mariés voit sa nuit de noces gâchée par l’apparition d’un esprit féminin, a priori épris du jeune épousé. Epuisée de devoir partager ses nuits (et son mari) avec un fantôme glacial, la jeune mariée décide de se mettre elle aussi au spiritisme et de convoquer son propre esprit, masculin cette fois. Une des plus courtes nouvelles du recueil, mais diablement efficace. La situation est cocasse et j’ai là aussi largement souri en la lisant. La chute est un peu attendue mais elle fonctionne très bien et je n’en voyais pas de meilleure.

« – Réveille-toi ! Réveille-toi ! m’écriai-je, la colère donnant force à mon étreinte et un timbre pénétrant à ma voix. Réveille-toi et cesse de rêver ! Je ne peux ni ne veux supporter la présence de cette créature plus longtemps !
Quii, marmonna mon mari avec cette incohérence que donne le sommeil et ressemble presque à celle de l’ivresse, quiaimachérie ?
– Arrête de rêver de cette créature, m’écriai-je, ou je retourne chez maman ! »

 

Nul doute que je chercherai à lire d’autres histoires du duo Somerville & Ross et de Madame Clotilde Graves car si leurs romans et autres nouvelles sont à l’image de celles offertes ici, je pense que je passerai à nouveau un excellent moment en leur compagnie !
C’est un peu ça la magie des anthologies : la découverte de talents insoupçonnés…

S’inspirant du folklore irlandais et proposant souvent des portraits savoureux des petites gens du XIXe siècle, ce recueil de nouvelles fait la part belle aux histoires fantastiques. Dans un décor verdoyant et brumeux qu’on ne présente plus, 12 auteurs nous content de bien « belles » histoires…

 

Illustration : Portrait de Clotilde Graves.

 

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