Rois du Monde, Tome 1 : Même pas mort de Jean-Philippe JAWORSKI

jaworski


Rois du Monde, Tome 1 :

Même pas mort
de Jean-Philippe JAWORSKI
Les Moutons électriques,
2013, p. 297

Première Publication : 2013

Pour l’acheter : sur le site de la maison !

Lecture commune avec Ptitelfe, Claire et Gagathe.


Jean-Philippe Jaworski a suivi des études de lettres et enseigne le français en lycée, dans la région de Nancy. Il a collaboré au magazine Casus Belli, créé Tiers Âge, un jeu de rôle gratuit sur la Terre du Milieu, et Te Deum pour un massacre, un jeu de rôle historique sur les guerres de religion. Janua Vera était son premier recueil de fictions, Gagner la guerre son premier roman.


♣ ♣ ♣


Je m’appelle Bellovèse, fils de Sacrovèse, fils de Belinos. Pendant la Guerre des Sangliers, mon oncle Ambigat a tué mon père. Entre beaux-frères, ce sont des choses qui arrivent. Surtout quand il s’agit de rois de tribus rivales… Ma mère, mon frère et moi, nous avons été exilés au fond du royaume biturige. Parce que nous étions de son sang, parce qu’il n’est guère glorieux de tuer des enfants, Ambigat nous a épargnés.
Là-dessus, le temps a suivi son cours. Nous avons grandi. Alors mon oncle s’est souvenu de nous. Il a voulu régler ce vieux problème : mon frère et moi, il nous a envoyés guerroyer contre les Ambrones. Il misait sur notre témérité et notre inexpérience, ainsi que sur la vaillance des Ambrones. Il avait raison : dès le début des combats, nous nous sommes jetés au milieu du péril. Comme prévu, je suis tombé dans un fourré de lances. Mais il est arrivé un accident. Je ne suis pas mort.


Jean-Philippe Jaworski est un grand nom de la fantasy française. De nombreuses personnes de mon entourage se sont échinées à me le vendre ces dernières années mais, il a fallu attendre une conférence aux Imaginales 2014 pour que je me décide à craquer pour l’un de ses ouvrages.
Les Celtes à l’Age du Fer, voilà un thème qui me parlait et si j’ai eu un peu de mal à entrer dans le texte, j’ai fini par dévorer ce premier tome dans lequel j’ai été happée. C’est bien simple, j’ai tellement apprécié l’expérience qu’aux Imaginales cette année, j’ai acheté le deuxième tome… et tous les autres livres (ou presque) de Jean-Philippe Jaworski !

Cette première branche de l’histoire nous présente Bellovèse, le héros, à différents moments de sa vie. Il se présente comme centenaire dans le prologue puis le lecteur le suit tour à tour à l’âge adulte, un peu plus jeune ensuite et puis carrément enfant dans la troisième partie (avant de grandir à nouveau au fil des pages).
Le rapport des Celtes au Temps était différent du nôtre, de même que leur rapport au « merveilleux ». Le religieux faisait partie de leur quotidien et d’ailleurs, dans la société celte, le druide était au dessus du guerrier (et donc du roi). Ainsi, le « surnaturel » apparaît soudainement dans le récit, généralement sans prévenir le lecteur (puisqu’il s’agit de la normalité pour le héros celte qui est le narrateur unique) et l’on ne sait jamais vraiment où est la limite entre le rêve et la réalité.
Ce que j’apprécie particulièrement avec les récits s’inspirant de la matière celtique, c’est que justement, la barrière avec l’Autre-Monde est floue, le merveilleux est toujours présent, plus ou moins palpable, plus ou moins visible…

Jean-Philippe Jaworski souhaite avec cette histoire, faire entrer le lecteur dans la tête d’un celte, ou en tout cas ce qu’on spécule être le quotidien d’un être humain de cette époque. Evidemment, malgré l’utilisation de la première personne du singulier, il n’est pas simple de s’identifier à cette peuplade guerrière qui se tatouait de la peinture bleue sous la peau, récupérait les têtes décapitées de leurs ennemis et avait une foi aveugle en leurs druides. Mais après un petit temps d’adaptation, on se laisse aller à perdre nos repères, à réapprivoiser la nature et notamment la forêt sauvage qui recèle son lot d’habitants étranges et de mystères…
A l’Age du Fer, les nouvelles passaient d’une maison à l’autre grâce aux bardes, les druides étaient les conseillers des puissants, les femmes avaient une place importante dans la société (ce qui n’est pas sans me rappeler la célèbre Boadicée – même si c’est une figure plus récente de l’histoire – qui a d’ailleurs inspiré une tétralogie à Manda Scott, saga baptisée La Reine celte dont j’ai lu le premier tome, lui aussi particulièrement marqué par l’absence de barrière entre rêve et réalité) et l’on respectait interventions divines et la nature, la mère nourricière. Il y a comme un vent de magie primitive qui souffle sur cette histoire et ce n’est pas pour me déplaire, bien au contraire !

On ne peut pas vraiment dire que je me suis identifiée au héros ou même attachée à celui-ci car une certaine distance se met en place dès le début du texte et perdure… mais en tout cas, j’ai réussi à voyager auprès de Bellovèse, j’ai été complètement entraînée dans la France d’autrefois (entre le Bourges et le Clermont-Ferrand actuels).
Les scènes de course-poursuite resteront tout particulièrement dans mon esprit et ce pour un long moment. Bellovèse et son jeune frère Ségovèse y font des rencontres hautes en couleur, tout à fait marquantes. Je retiens cette altercation avec les trois femmes-oiseaux, vieilles mégères bavardes qui m’ont fait penser aux Parques/Moires et qui lancent un dialogue assez improbable (et très fort stylistiquement parlant) ou encore la confrontation avec la « Reine de la forêt », figure très chargée symboliquement et que j’ai été heureuse de croiser.

Beaucoup plus qu’un roman d’action, Jaworski pose ici des bases contextuelles et une atmosphère très particulière. Le texte n’en est pas pour autant dénué de rythme et d’une certaine dynamique – notamment grâce à la narration qui n’est pas du tout linéaire – mais l’ensemble peut paraître finalement assez introductif et contemplatif. Ce qui peut effrayer et rebuter certains lecteurs. Il me semble de toute façon nécessaire de préciser que Même pas mort – et très certainement les autres livres de l’auteur – est une lecture assez exigeante, qui demande concentration et certainement quelques prédispositions (ou qui appelle quelques recherches).

Dans une conférence aux Imaginales il y a quelques jours, Jean-Philippe Jaworski indiquait qu’il ne considère pas cette saga comme historique. Outre le fait qu’il est difficile de parler d’Histoire au sujet d’un peuple qui n’écrivait pas (ou très peu) et malgré la démarche de recherches qui se rapproche de celle qu’un écrivain de roman historique pourrait faire, il insiste sur la qualification de roman fantasy. Il est certes parti de certaines figures et faits historiques réels (Bellovèse et certains combats le concernant) mais il extrapole sur bien des choses.
Malgré tout, on retrouve avec plaisir tous ces détails contextuels issus des travaux archéologiques (les amphores brisées au sol au moment des banquets par exemple) et qui m’ont, personnellement, rappelé mes études d’histoire de l’art et archéologie à l’université.

Même pas mort est un premier tome riche dans le fond et dans la forme et qui propose au lecteur, sur près de 300 pages (dans l’édition première des Moutons électriques) la possibilité de suivre les premières années de vie d’un guerrier celte, d’abord banni par le Haut roi car gênant, puis intégrant petit à petit les coutumes martiales et retrouvant finalement la route de « l’ennemi ». Cette première branche de Rois du Monde n’est qu’un début… tout reste encore à découvrir !


Si vous voulez entendre l’auteur parler de son histoire… 

13 pensées sur “Rois du Monde, Tome 1 : Même pas mort de Jean-Philippe JAWORSKI

  • 12 juin 2016 à 12 h 57 min
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    En première lecture, Même pas mort m’a déçu. J’avais des attentes par rapport au premier roman de l’auteur, Gagner la guerre. Notamment sur l’écart de personnalité entre un Benvenuto exubérant et un Bellovèse « ombrageux. » Cela-dit, je l’ai relu avec beaucoup (avec autant de plaisir que Gagner la guerre) après avoir fait le vide. En somme, deux romans, deux facettes du talent de l’auteur. D’une certaine façon, j’ai même l’impression que Rois du monde va plus en profondeur sur la psychologie, est plus intimiste, là où Gagner la guerre nous comble avec les calculs froids, des passages gouailleux époustouflant. Donc, magistral, mais assez creux, finalement le Benvenuto, sans compter sans aveuglement moral. Cela-dit, il ne faut trop se fier à ce commentaire, c’est le protagoniste le plus inoubliable que j’ai rencontré au fil de mes lectures. Lecture de divertissement, Benvenuto nous divertit et pour ça, je te le recommande de toute urgence.

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  • 9 juin 2015 à 19 h 14 min
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    Si après un tel billet, je ne le sors pas de ma PAL dès que possible, rien ne pourra m’y encourager davantage ^^^Merci 🙂

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  • 4 juin 2015 à 19 h 51 min
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    Je l’admire tellement. Dans le genre auteur français de ouf qui écrit tellement bien que tu ne te rends même pas compte que ta bouche est ouvert depuis deux heures, y’a Alain Damasio et sa Horde du Contrevent, je ne sais plus si tu l’as lu.

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  • 4 juin 2015 à 15 h 04 min
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    Je ne me suis pas lancée non plus. Je lis peu de fantasy. Mais je te félicite pour le choix de la vidéo : L’Esprit Livre à Lyon 3ème, c’est justement la librairie de mon quartier 😉 Ils sont toujours de bon conseils et me parlent de Jaworski depuis un moment !!

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  • 4 juin 2015 à 12 h 00 min
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    Tiens, moi aussi on me vend cet auteur depuis un moment, et je ne me suis toujours pas lancée… Ta critique donne envie de le faire^^

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  • 4 juin 2015 à 7 h 45 min
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    Un article qui donne envie. Tu en parles bien. J’ai d’ailleurs hésité à me l’acheter lorsque je l’ai vue en librairie l’autre jour. Je me laisserai peut être tentée la prochaine fois 🙂

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