Le Coin des Albums [5]

Pour petits et grands, les albums ne déçoivent quasiment jamais !

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tine ou les idées noires au placard thierry magnier cecile gambiniTine ou les idées noires au placard de Cécile GAMBINI.
Editions Thierry Magnier, 2014, 32 pages. Pour l’acheter : Tine ou les idées noires au placard

Aujourd’hui il pleut, c’est le temps idéal pour se débarrasser de ses monstres.
Élevée par une mère-foudre, Tine dessine, chante avec les canaris et ronronne avec les chats… Mais elle s’est laissée attendrir. Cela fait trop longtemps que Chagrinelle, Misérone et Pénibilette lui compliquent la vie ! Un à un, Tine leur règle leur sort. Et c’est lors d’une dernière nuit de fête joyeusement endiablée qu’ils tireront leur révérence… pour aller hanter quelqu’un d’autre !

C’est l’histoire de la jeune Tine qui, un beau matin décide de braver ses peurs et de combattre ses cauchemars. Un par un elle va les rencontrer au cours de sa journée, trouver leurs points faibles puis les rendre inoffensifs de bien étranges façons : en les dessinant, en dansant, en éternuant, en jouant une samba… Tine est une héroïne à l’imagination fertile qui réussit à occuper sa journée pluvieuse en repoussant ses idées noires.
Si l’idée est bonne, j’avoue que le côté très métaphorique de la chose peut facilement déstabiliser le lecteur. Les enfants seront peut-être plus sensibles aux idées véhiculées alors que les adultes, à l’esprit peut-être plus étriqué et moins imaginatif, auront un peu de mal à se laisser complètement embarquer. C’est en tout cas ce qui m’est arrivé.
En revanche, côté texte, j’ai apprécié les jeux avec les sonorités et les mots inventés mais assez imagés pour qu’on comprenne de quoi il s’agit (un peu à l’image de Lewis Carroll dans sa Chasse au Snark). Lu à voix haute ce doit être encore plus flagrant.
Si les métaphores me laissent un peu perplexe, je suis en revanche totalement convaincue par l’aspect visuel de cet album. Je suis complètement sous le charme du coup de crayon de Cécile Gambini et de la technique qu’elle utilise pour poser les couleurs. Je ne sais pas de quoi il s’agit mais le rendu possède un charme désuet dont je suis très friande. C’est vraiment un très bel album à feuilleter, plein de jolies images et a priori excellent pour l’imagination !

tine ou les idées noires au placard, extrait

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combien de terre faut-il à un homme annelise heurtier raphaël urwillier

Combien de terre faut-il à un homme ? de Annelise HEURTIER, illustré par Raphaël URWILLER, d’après une nouvelle de Léon TOLSTOI.
Editions Thierry Magnier, 2014, 40 pages. Pour l’acheter : Combien de terre faut-il à un homme ?

Sur son lopin de terre de l’ouest sibérien, le paysan Pacôme vit avec sa femme et ses trois enfants. Il n’est pas riche, mais sa famille ne manque de rien. Pourtant, Pacôme est insatisfait et il se met à penser qu’avec davantage de terre il serait « tout à fait heureux ». Sur les conseils d’un marchand de passage, Pacôme décide de partir aux pays des bachkirs, où la terre est fertile et vendue pour une bouchée de pain. Là-bas le chef du campement nomade lui propose un marché : toute la terre dont il pourra faire le tour en une journée de marche lui appartiendra, à condition qu’il soit revenu à son point de départ au soleil couchant. Mais l’avidité et la cupidité du paysan lui seront fatales…

Un titre sous forme de question ? Voilà un album qui annonce une histoire avec une réflexion et une morale. Je ne suis pas tout le temps friande de ce procédé mais je me rends compte que j’aime assez les livres pour enfants qui, en plus d’une jolie histoire, proposent d’aller un peu plus loin (avec des pistes de réflexion, de recherches…).
Combien de terre faut-il à un homme ? m’a plu, sur tous les points. La chute est par contre assez dure, un peu à l’image des contes anciens qui étaient racontés en vue d’apprendre la différence entre le Bien et le Mal, ne s’embarrassant pas de fioritures et n’épargnant pas vraiment les jeunes lecteurs. C’est le cas avec cette adaptation de la nouvelle de Léon Tolstoï qui met en scène un homme qui ne se satisfait jamais de ce qu’il possède, veut toujours plus et aller plus loin… mais jusqu’où ? Les adultes se doutent très vite du dénouement, je ne sais pas si les enfants verront venir la morale ?
Je ne sais pas non plus si le texte a été beaucoup modifié ; en tout cas, il est très abordable mais on sent tout de même le côté désuet, l’emploi d’un vocabulaire assez riche et la construction des phrases qui ne se limite pas à un sujet, un verbe et un complément. Pas de passé simple pour cette histoire (du présent de narration à la place), mais on le sent qui n’est pas loin…
Encore une fois, ce qui me plaît particulièrement dans cet album publié aux éditions Thierry Magnier, c’est le visuel. L’objet en lui-même est intriguant puisque dans un format allongé inhabituel et il retient également l’attention grâce à ses teintes rouges/orangées omniprésentes. Quatre couleurs se partagent les pages de cette histoire : le rouge, l’orangé, le blanc et le noir. Le charme opère, c’est très beau et ne ressemble à rien de ce que j’ai pu voir jusque là !

combien de terre faut-il à un homme extrait

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histoire de julie qui avait une ombre de garçon christian bruel anne galland thierry magnierHistoire de Julie qui avait une ombre de garçon de Christian BRUEL, illustré par Anne BOZELLEC.
Editions Thierry Magnier, 2014 (1975), 50 pages. Pour l’acheter : Histoire de Julie qui avait une ombre de garçon

« Tu es insupportable ! Toujours à dire de vilains mots, toujours en train de tomber, toujours prête à faire une bêtise. » Les parents de Julie lui reprochent tant d’être un garçon manqué qu’un matin son ombre est devenue celle d’un petit mâle qui caricature le moindre de ses gestes. D’abord amusée par ce double, Julie finit par douter de sa propre identité. Mais allez donc vous défaire d’une ombre qui n’est même pas la vôtre !

Dernier album des éditions Thierry Magnier présentés aujourd’hui, complètement différent des deux autres dans le fond (le thème) mais tout aussi intéressant et surtout magnifique à feuilleter. Publié pour la première fois au milieu des années 70, l’Histoire de Julie qui avait une ombre de garçon revient sur un sujet assez polémique ces derniers mois et méritait donc une réédition pour l’occasion.
Déjà dans les années 70 on se questionnait sur des expressions comme « garçon manqué » et on se questionnait sur ses répercussions. Julie est une petite fille qui préfère courir à perdre haleine et faire du roller plutôt que porter une jolie robe et garder ses cheveux bien coiffés. Alors ses parents ne cessent de la gronder et de la traiter de « garçon manqué » ! Voilà donc qu’un matin, elle se réveille avec une ombre de garçon qui fait tout de travers… alors la petite fille est perdue, elle ne sait plus qui elle est, qui elle doit être… jusqu’au jour où elle rencontre un petit garçon « qui pleure comme une fille »…
Tout part d’une banale expression qu’on a tous utilisée au moins une fois dans notre vie, mais en fait, ça veut dire quoi ? Ça me fait penser à ce clip que j’ai découvert il y a quelques mois, produit par je ne sais plus quelle marque de protection féminine, qui revient justement sur les expressions « comme une fille » (« courir comme une fille », « nager comme une fille »…) perçues innocemment par des enfants et ensuite mises en scène par des adultes. C’est assez édifiant ! J’aime assez la conclusion de ce spot, comme j’aime celle de cet album que je vous invite à découvrir.
Encore une fois, les illustrations attirent l’œil et habillent merveilleusement le texte. Ici en noir et blanc avec juste quelques minuscules touches de rouge, je les trouve très fortes en émotions : les visages sont très expressifs.
Je suis vraiment heureuse que cet album introuvable ait été réédité, il est aussi beau sur le fond que dans la forme !

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monsieur pan kressmann taylor princesse camcam autrement

Monsieur Pan de Kressman TAYLOR, illustré par Princesse Camcam.
Editions Autrement, 2014 (1961), 40 pages. Pour l’acheter : Monsieur Pan

Monsieur Pan a peur pour sa vie. Chaque geste, chaque objet, chaque situation lui font croire que sa mort est imminente. Il a peur de se noyer, peur des insectes aux piqûres mortelles, peur de la maladie qui, croit-il, le ronge, peur de tout ! Mais le terrible danger de mort auquel il croyait succomber à chaque instant l’épargne et emporte sa sœur, qui laisse derrière elle trois orphelins. Monsieur Pan se prend alors d’affection pour ses neveux avec lesquels il oublie ses angoisses mortelles.

Si j’ai choisi de recevoir ce titre c’est parce que je ne connais que trop peu la littérature asiatique et parce que les histoires et contes japonais ont cette atmosphère très particulière, délicate, imagée et poétique que je ne fréquente que trop peu et que j’aimerais apprendre à apprécier petit à petit. Un texte réservé aux jeunes lecteurs me semble être une approche en douceur pour me familiariser un peu plus avec les us et coutumes du pays du soleil levant.
L’histoire tourne ici autour d’un vieux monsieur légèrement hypocondriaque qui perd beaucoup de temps à imaginer sa mort future et à la croire chaque seconde à l’affût. Il va ouvrir les yeux et découvrir les bonheurs simples de la vie grâce à trois enfants – ses deux nièces et son neveu – qu’il va prendre sous son aile. Chacun d’entre eux suivra sa voie, accompagné en cela par la tendresse et l’affection de Monsieur Pan. L’arrivée de Fleur Blanche d’Amandier, Petite Branche de Saule et Calme Serein sera l’élément déclencheur, celui qui permettra à l’oncle d’ouvrir les yeux sur ce qui est véritablement important dans la vie d’un homme. Les trois enfants sauvent Monsieur Pan d’années de souffrance inutiles, lui leur vient en aide au moment le plus difficile de leur jeune vie.
C’est une histoire de famille, d’entraide, d’amour, d’amitié, de sagesse… un peu tout ça à la fois. C’est tout doux et joliment conté. Bien sûr, on retrouve ici les comparaisons et métaphores propres à l’atmosphère japonaise, les éléments du paysage sont mis à contribution offrant ainsi un texte très poétique avec de jolies descriptions bien imagées. Je ne sais pas à partir de quel âge ce conte est préconisé par la maison d’édition mais le texte étant assez dense (et plutôt long), il vaut mieux le réserver à des enfants déjà en primaire, à mon avis. D’ailleurs, en parlant du texte, j’ai été surprise que ces nombreux et longs paragraphes ne soient pas « justifiés ». Lorsque seulement quelques phrases se courent après dans un album, je ne suis pas gênée si la mise en page est farfelue mais là, il s’agit vraiment de blocs de texte et ne pas avoir quelque chose de cadré (avec des alinéas), me perturbe un peu ; mais je suis un peu maniaque sur ce point.
Les illustrations de Princesse Camcam, elles aussi toute en douceur et particulièrement marquées par les éléments du folklore nippon, accompagnent à merveille cette histoire. Je regrette presque de posséder la réédition en petit format car je suis persuadée que la première publication reliée et plus grande devait faire la part belle aux images et à leurs magnifiques couleurs. Si vous avez l’occasion, privilégiez donc l’autre format.

monsieur pan princesse camcam extrait

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la moufle desnouveaux hudrisier didier jeunessecoupdecoeur
La Moufle de Florence DESNOUVEAUX, illustré par Cécile HUDRISIER.
Didier Jeunesse (A Petits Petons), 2009, 20 pages. Pour l’acheter : La Moufle

Par une journée de grand froid, Souris se promène et trouve une moufle en laine rouge sur la neige. Toute contente, elle se blottit à l’intérieur. Puis arrivent Lièvre, Renard, Sanglier et enfin Ours Potelé qui voudraient bien, eux aussi, profiter de l’aubaine !

A Petits Petons est une collection des éditions Didier Jeunesse que j’adore ! Les auteurs et illustrateurs mettent en avant des contes d’ici et d’ailleurs et les présentent aux plus petits grâce à des mises en page absolument parfaites et qui plaisent beaucoup !
La Moufle fait partie de ces contes que j’ai adorés découvrir et faire découvrir aux enfants lorsque je travaillais en BCD et je peux vous dire qu’ils ne s’en lassaient pas (et moi non plus d’ailleurs) !
Sur le principe du conte en randonnée (la structure revient toujours), c’est l’histoire d’une petite souris qui, en plein hiver, découvre une moufle et décide de s’installer à l’intérieur pour se réchauffer. Chaque nouvelle page apporte avec elle la découverte d’un nouvel animal (de plus en plus gros) qui s’approche dans la neige en faisant du bruit (de plus en plus fort) et qui demande à chaque fois s’il peut entrer dans la moufle lui aussi. A chaque fois, le (ou les) figures déjà chaudement installées répondent de la même façon et c’est l’occasion pour l’auteur de rappeler alors qui se trouve à l’intérieur. Les contes en randonnée, les gamins ADORENT. Ils peuvent ainsi participer à la lecture de l’histoire et répéter les phrases-clefs avec le conteur. C’est hyper interactif et on s’amuse autant qu’eux (en tout cas moi je suis complètement fan). Je ne vous raconte pas la fin pour ne pas vous gâcher la surprise, je vous apprends juste que le dernier animal à demander l’asile est un ours potelé… 😉
Ce qui fait évidemment le charme de cet album, c’est aussi et surtout les illustrations que je trouve absolument magnifiques ! Je les aime d’amour. Les animaux sont personnifiés (avec des petits vêtements, en plus de la parole évidemment !), ils sont tellement mignons et expressifs ! Le décor est plutôt simple et ne regorge pas d’énormément de détails mais il y a juste ce qu’il faut (et ce qui est important) pour placer le contexte et les enfants repèrent tout : les empruntes dans la neige (différentes selon l’animal) ou l’eau glacée sur les oreilles du pauvre lièvre gelé.
En cette saison hivernale et en cette période de fêtes, La Moufle c’est mon album-doudou, celui que je vous conseille de toute urgence !

La-moufle extrait

 

Merci aux éditions Thierry Magnier et Autrement pour leur confiance renouvelée !

 

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