ChessTomb de John Ethan PY

chesstomb john ethan py éditions l'homme sans nom
ChessTomb

de John Ethan PY
L’Homme Sans Nom,
2014, p. 391

Première Publication : 2014

Pour l’acheter : sur le site de la maison !

John Ethan Py a exercé dans l’immobilier et dans le journalisme avant de se consacrer entièrement à l’écriture. Après avoir tout quitté, c’est pour en vivre qu’il écrit désormais. Rien d’étonnant pour cet auteur qui a tout abandonné pour écrire que son texte parle de journalisme. Avec Chesstomb, son second roman, nous assistons à la naissance d’un maître du fantastique et de l’horreur.

♣ ♣ ♣

1922. Howard Phillips Lovecraft écrit une de ses plus étranges nouvelles : Herbert West, réanimateur.
2001. Le meurtre atroce d’une famille plonge la ville de Chesstomb dans le deuil. Journaliste de renom, Shelby Williams vient y enquêter. Accumulant une somme de documents qui fera date dans l’histoire du journalisme d’investigation, il remonte peu à peu l’histoire de la ville. Jusqu’à cette fameuse année 1922 qui a vu la querelle de plusieurs médecins tourner au tragique. Le plus étrange : tout indique que le personnage de Lovecraft aurait son origine dans ce drame.

L’Homme Sans Nom fait partie de ces maisons d’édition que j’aime suivre de près et pour lesquelles l’effet « collection » est très présent. Des textes de qualité installés dans de jolis ouvrages… comment ne pas avoir envie de tous les acheter et les lire ? Différent des autres publications de l’éditeur, ChessTomb promet de l’horreur et du suspense… le lecteur est servi !
Original dans la forme, très bien mené dans le fond, ce one-shot mérite qu’on s’y attarde. Attention malgré tout, quelques scènes détaillées pourront déranger les lecteurs les plus sensibles. Adeptes de l’horreur et d’intrigue mystérieuse morcelée, qu’attendez-vous ? Curieux de découvrir ce que cache le fantastique de la ville de ChessTomb, laissez-vous tenter !

Difficile d’offrir un résumé détaillé et complet tant l’intrigue est dense et peut paraître embrouillée de prime abord. Mais, n’ayez crainte, malgré l’aspect légèrement ardu du texte, John Ethan Py maîtrise si bien sa narration que vous serez finalement rapidement confortablement installés et réussirez à passer d’un point de vue à l’autre sans grande difficulté.
L’originalité de ChessTomb réside en effet dans sa construction : assemblage de bouts de documents de natures diverses et donc points de vue successifs. Chroniques de journalistes, articles de journaux, lettres personnels, extraits de journaux intimes, dépositions de police retranscrites… tout y passe et permet au lecteur de rassembler assez d’informations pour résoudre le mystère. Mystère qui met en scène de nombreux protagonistes non seulement en 2001, date de départ de l’intrigue, mais aussi en 1922 où tout semble s’être joué !

Du massacre de toute une famille américaine en 2001, le lecteur va finalement voguer jusqu’à des expériences scientifiques éthiquement condamnables, largement inspirées du Docteur Frankenstein et de sa créature ! C’est là que quelques scènes assez glauques et largement dégueulasses, il faut bien le dire, font leur apparition. Du sang (beaucoup de sang), des boyaux, des viscères, des morceaux de peau rongés par les asticots… bref, de quoi couper l’appétit et donner quelques visions de cauchemar ! Les scènes sont un peu poussives et peuvent déranger le lecteur un peu sensible car il n’est pas difficile de les visualiser. Pour ma part, ces descriptions gênée plus que ça car participent à l’atmosphère horrifique du texte et accentue l’abomination de ces expériences. Par détermination et folie scientifiques, certains vont jusqu’au pire sans plus penser aux conséquences, sans plus différencier le Bien du Mal.
En revanche, je mets un petit bémol sur certaines scènes de sexe plutôt crues, à tendance scatologique, qui m’ont paru gratuites, pas forcément utiles pour l’intrigue et m’ont donné une impression de surenchère vraiment exagérée. Bien sûr, comme pour les scènes horrifiques, ces passages participent aussi à renforcer l’ambiance glauque et étrange qui habite la ville de ChessTomb mais je ne suis pas vraiment convaincue par leur pertinence.

john-ethan-pyS’il est difficile de vous faire un topo sur l’intrigue, il l’est peut-être encore plus de le faire sur les personnages. En effet, très nombreux, aucun ne prend vraiment la place de figure principale, tous adoptent un place de choix à un moment ou à un autre de l’histoire et apportent leur pierre à l’édifice. Témoins ou acteurs de l’indicible, tous tiennent entre leurs mains une petite pièce du puzzle qui aidera le lecteur dans sa démarche, à un moment précis. Face au nombre, difficile de s’attacher. Le manque d’empathie me gêne généralement dans mes lectures mais cette fois, prise dans le mystère et le suspense de l’intrigue, je n’y ai pas prêté attention.
Shelby Williams, le journaliste, est certainement celui que l’on suit le plus longuement, celui qui mène l’enquête. Pendant ses recherches, il écrit régulièrement à sa femme ce qui ancre le texte dans une réalité un peu plus palpable. C’est grâce à lui que sera déterré l’affaire de 1922, affaire qui met en scène un certain West, un jeune scientifique avide d’expériences spectaculaires (et interdites) et surtout H. P. Lovecraft que l’on connaît aujourd’hui pour ses talents d’écrivain. Une de ses nouvelles – Herbert West, réanimateur – écrite entre 1921 et 1922, revient justement sur les agissements d’un médecin réanimant des cadavres. Une petite mise en abyme bien sympathique qui donne furieusement envie de se pencher sur cette œuvre de Lovecraft !

L’auteur glisse quelques références dans ce roman, preuves de sa connaissance de la littérature et de sa maîtrise des constructions narratives complexes : il parle d’un roman dans un roman, de personnages utilisés par Lovecraft qui ont en fait existé à ChessTomb et qui sont réutilisés ici par John Ethan Py…
J’apprécie de ne pas être guidée de A à Z par une intrigue trop linéaire, j’apprécie aussi la densité du texte qui peut effrayer au départ mais participe finalement bien à l’ensemble. Derrière un aspect un peu brouillon de prime abord, le lecteur fait la connaissance de tout un tas de personnages plus ou moins effrayants qui semblent tous cacher quelque chose et regarder le voisin de travers… nous voilà transporter dans une ville qui se transforme en huis-clos inquiétant.
J’ai vu quelques commentaires sur le dénouement qui semble avoir été un véritable coup de poing pour beaucoup. Pour ma part, même si l’effet de surprise a joué son rôle, j’avais déjà eu l’occasion de découvrir quelques thrillers empruntant les mêmes codes. Au bout d’un moment, sans s’habituer, on finit par s’en douter !

Je pense que les fans de Stephen King et de H. P. Lovecraft pourront se retrouver dans ce one-shot surfant entre le thriller horrifique et le fantastique. Ne craignez pas la forme (le côté ultra documenté peut donner une impression de fouillis) car l’auteur maîtrise si bien son texte que le lecteur est rapidement dans le bain, sans même s’en rendre vraiment compte.

PS : Cette découverte s’est faite en binôme puisqu’il s’agissait d’une lecture commune en compagnie des Confidences de Miss Elody. Difficile de beaucoup échanger sur un tel titre, le mystère planant tout du long et le risque de spoilers étant grand ! Pas la meilleure lecture commune que l’on a pu partager… mais nous sommes toutes les deux ressorties satisfaites de cette plongée dans l’horreur, c’est le principal !

PPS : John Ethan Py n’est autre que Sébastien Péguin qui m’avait déjà convaincue avec son Songe d’Adam (des scènes horrifiques dans la Forêt-Noire allemande…).

 

En lecture commune avec Les Confidences de Miss Elody !

 

Illustration : Portrait de John Ethan Py (trouvé sur le site de la maison d’édition).

8 pensées sur “ChessTomb de John Ethan PY

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