La Voix de la Meute, Tome 1 : Les Remplaçants de Gaia GUASTI

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La Voix de la Meute,
Tome 1 : Les Remplaçants
de Gaia GUASTI
Thierry Magnier,
2014, p. 272

Première Publication : 2014

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Gaia Guasti est née à Florence – en Italie – en 1974, elle débarque à Paris à 18 ans, avec deux valises, un chat et trois mots de français en poche. En 1996, elle passe le concours national de la Femis (Ecole supérieur des métiers de l’image et du son), département scénario. Depuis, elle n’a pas quitté la région parisienne, où elle travaille comme scénariste pour le cinéma. En parallèle, elle n’a jamais cessé d’écrire des récits de toute sorte, courts, longs, pour grands ou petits, en italien et en français. Elle a deux filles, mais plus de chat.

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Depuis qu’ils ont été attaqués par des chiens sauvages, Mila, Tristan et Ludovic ne sont plus les mêmes. Une étrange force les transforme. Mais que se passe-t-il dans leurs corps ? Ils n’osent prononcer les mots qu’ils ont tous en tête. Qui croiraient à leur histoire de loups-garous ?

En recevant ce titre, j’étais sceptique. Encore une histoire de loups-garous et pour la jeunesse de surcroit ! Je m’attendais à tomber sur un titre plein de clichés et un peu simpliste, je dois l’avouer.
La surprise n’en a été que meilleure lorsque je me suis rendue compte qu’il y avait une vraie originalité – pas forcément dans le sujet mais plutôt dans la manière de l’aborder – et que l’ensemble était assez addictif. A quand le tome 2 ?!

Le résumé peut sembler assez basique : trois adolescents se font mordre par des « loups » et se transforment alors à leur tour… Basique oui, mais derrière cette mise en place vu et revu, se cachent beaucoup d’autres choses plus complexes et plus riches.
Gaia Guasti s’attarde en effet beaucoup sur ses trois personnages principaux, trois adolescents que l’on apprend vite à connaître et auxquels on ne peut que s’attacher.

Mila, Tristan et Ludovic – respectivement 15, 16 et 17 ans – se connaissent depuis toujours. Leur amitié n’a pas faibli au fil des années, malgré le chemin différent qu’ils on choisi de suivre.
Mila est entrée à l’internat dans le lycée d’une ville voisine laissant sa mère seule la semaine ; là-bas elle n’est plus la seule adolescente métisse et peut se fondre dans la masse. Tristan est en apprentissage de menuiserie dans le village ; déjà mature et posé, il s’occupe régulièrement de sa jeune sœur et de son petit frère car les parents sont souvent absents. Ludovic enfin, peine à trouver sa place ; de tempérament sanguin, il a de plus en plus de mal à supporter sans broncher l’alcoolisme et la violence de son père qui n’aime que la chasse et ses chiens.
Leur amitié leur sert de bouée de sauvetage et pour rien au monde ils ne manqueraient leur rendez-vous annuel à la Résurgence des Loups (près d’un étang), le jour de l’anniversaire de Mila (le 15 novembre). Cette année-là, trois créatures s’invitent à la fête, trois « loups » qui choisissent chacun un adolescent pour le mordre.
Après quelques heures dans les vapes, Mila et ses compagnons se réveillent à l’hôpital, sonnés mais a priori en bonne santé. Ce n’est que plus tard dans leur journée, alors que l’émotion les submerge chacun de leur côté, que la transformation a lieu. Les trois amis vont devoir apprendre à vivre avec et surtout se serrer les coudes car les ennuis ne sont pas loin. Trois corps déchiquetés par une seule et même bête sont retrouvés à la Résurgence… et la bête ne semble pas vouloir s’arrêter là ! Quel lien existe-t-il entre ce drame et la morsure des trois héros ? Qui étaient les trois victimes ? Que cachaient-elles ?

gaia guastiAu fil des pages, les adolescents vont en apprendre plus sur leur nouvelle situation, sur la malédiction, ce qu’elle implique, d’où elle vient et bien sûr, comment s’en débarrasser ? Mais souhaiteront-ils vraiment se défaire de ces nouveaux pouvoirs qui leur offre la puissance et de nouvelles sensations inespérées ? Finalement, le côté animal et sauvage n’a-t-il pas du bon ? Et puis, le passage de l’adolescence n’est-il pas similaire à une métamorphose impliquant changements, douleur mais aussi une sorte d’épanouissement ?
J’ai vraiment beaucoup aimé cette approche du thème et le traitement de la lycanthropie. Le lecteur suit progressivement la métamorphose des héros et sent à son tour les effets qu’elle a sur eux. Le côté animal/bestial est près présent, amène une réflexion et surtout quelques scènes assez fortes et intenses en émotions. Il s’agit d’un titre destiné aux jeunes lecteurs (adolescents) mais Gaia Guasti ne joue pas la facilité, elle ne les épargne pas et n’hésite pas à offrir son lot de détails difficiles.

Partant d’un postulat qui peut paraître un peu simpliste, l’auteure construit toute une intrigue riche d’informations et de mystères (je suis sûre que la mère de Mila en sait plus qu’elle ne le laisse paraître !)… des questions restent en suspens à la fin de ce premier tome et appellent naturellement la lecture de la suite !

Si le fond surprend par sa maturité, la forme n’est pas en reste. Gaia Guasti possède en effet une plume très visuelle et bien travaillée. Les descriptions sont là et, bien que courtes, elles apportent juste ce qu’il faut d’éléments pour donner aux lecteurs la possibilité de visualiser les scènes. Les passages d’introspection des personnages sont eux aussi assez bien menés puisqu’ils permettent une belle empathie.
A noter la narration particulière de certains paragraphes écrits au présent. Ceux-ci amplifient l’animalité de la transformation car offrent une impression d’urgence, de tout de suite et maintenant (les animaux n’ont pas conscience du temps, ils vivent l’instant présent). Le reste du récit – humain – est rédigé aux temps du passé (passé simple et imparfait) ce qui dissocie bien les différents passages. L’idée est excellente et particulièrement percutante, à mon avis. Malheureusement, quelques couacs se sont glissés ici et là, le présent apparaissant dans les paragraphes au passé et vice versa. Ce n’est pas insurmontable (on change automatiquement la terminaison du verbe au cours de la lecture) mais c’est un petit détail à noter.

Je n’ai globalement aucun reproche à faire à ce premier tome, bien équilibré, particulièrement bien écrit et assez intrigant pour donner envie de lire la suite. Je partais avec des a priori légèrement négatifs, je ressors finalement très agréablement surprise par ma lecture, ne pouvant que vous la conseiller et attendant la suite de pied ferme !

Merci aux éditions Thierry Magnier pour cette excellente lecture !

 

Image : Portrait de Gaia Guasti trouvé sur Google.

 

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