Lady Julia, Tome 1 : Le Silence de Grey House de Deanna RAYBOURN

lady julia 1 silence de grey house deanna raybourn miladyLady Julia, Tome 1 :
Le Silence de Grey House
de Deanna RAYBOURN

Milady (Pemberley),
2014, p. 522

Première Publication : 2007

Pour l’acheter : Lady Julia, Tome 1

Auteure à succès figurant au classement du New York Times, Deanna Raybourn a grandi à San Antonio où elle a rencontré son premier amour qu’elle épouse le jour de la remise des diplômes. Après avoir passé trois ans dans l’enseignement, elle décide de se consacrer entièrement à sa famille et à sa carrière d’écrivain. Sa série Lady Julia a été récompensée par de nombreux prix littéraires.

♣ ♣ ♣

Londres, 1886. Après avoir reçu une lettre de menace, sir Edward Grey s’effondre et meurt en la présence de lady Julia, son épouse, et d une assemblée de convives. Quelque temps plus tard, Nicholas Brisbane, un détective privé au charme animal, rend visite à lady Julia et lui laisse entendre que son mari aurait été assassiné. Déterminés à démasquer le coupable, tous deux s’engagent dans une quête de la vérité qui se révélera aussi déplaisante que dangereuse…

Une enquête se déroulant dans l’Angleterre du dernier quart du XIXe siècle, menée par une héroïne un peu décalée… il ne m’en fallait pas bien plus pour avoir envie de tenter la lecture de cette nouvelle série proposée par Milady.
Difficile de classer ce Silence de Grey House qui lie relativement bien le côté policier à la romance naissante, le tout sur fond historique assez développé et crédible. Si la première centaine de pages peut paraître un peu longuette car prend son temps, l’intrigue décolle finalement et les derniers chapitres surprennent largement. La mayonnaise a mis un petit peu de temps à prendre mais, après avoir tourné la dernière page, je sais que je serai au rendez-vous pour le tome suivant !

Le premier chapitre donne le ton : alors qu’une soirée guindée bat son plein à Grey House, le propriétaire des lieux – Edward Grey -, s’effondre, pris de convulsions et s’éteint dans son lit peu après. Fragile du cœur comme tous ses ancêtres et parents avant lui, personne n’est vraiment surpris par la tournure des évènements… sauf le détective Nicholas Brisbane, présent lors de cette triste fin. Il tente d’avertir Lady Julia Grey de la forte probabilité de l’assassinat de son époux, lui apprenant que celui-ci recevait des menaces anonymes, raison pour laquelle il avait fait appel au détective. La jeune veuve refuse cette hypothèse, préférant se raccrocher à la santé fragile du défunt. Elle change pourtant finalement d’avis, un an après le décès, et se tourne vers Brisbane afin de mener l’enquête.
C’est le début de la chasse aux indices, pas toujours évidents à rassembler étant donné les longs mois passés depuis le meurtre, mais les deux protagonistes – Lady Julia et Nicholas Brisbane – avancent pas à pas. Chaque découverte apporte une nouvelle perspective à l’enquête et, lors des derniers chapitres, lorsque la résolution approche, on se rend compte que jamais nous n’aurions pu imaginer une telle direction pour l’intrigue ! J’ai vraiment été agréablement surprise par le dénouement, n’ayant à aucun moment soupçonner le coupable et surtout, le mobile du crime ! Les habitués des polars ne verront peut-être là rien d’extraordinaire, mais la lectrice bon public que je suis s’est laissée porter par les évènements et s’est laissée surprendre avec beaucoup de plaisir !

Outre le côté policier, j’ai également apprécié l’aspect historique mis en place par Deanna Raybourn. L’auteure installe en effet son histoire dans l’Angleterre victorienne, en 1886 à Londres précisément, et offre un contexte soigné et précis. Elle n’hésite pas à glisser des détails visuels (les tenues, les objets et meubles habillant les différentes pièces), des informations historiques (le nom d’une actrice célèbre par exemple) mais fait également référence à des termes et inventions qui venaient tout juste d’apparaître. En voyant les mots « stylo » et « préservatif en caoutchouc », j’ai douté et suis allée vérifier si leur utilisation était vraiment pertinente. Mais oui, selon Wikipédia (ça vaut ce que ça vaut !), les deux ont leur place dans ce contexte précis.
C’est grâce à de tels petits détails qui peuvent paraître sans importance au milieu des 522 pages du texte, que l’inconscient du lecteur se met dans l’ambiance et qu’il parvient à s’imaginer et à se projeter aussi bien dans l’intrigue, au milieu d’une atmosphère typiquement british, un peu grise à cause du « fog », un peu froide à cause des convenances et de la bienséance de l’époque… et c’est finalement tellement agréable pour toutes les personnes appréciant l’Angleterre victorienne !

Enfin, et je vais peut-être en décevoir certain(e)s, mais malgré la publication de cette série dans la collection romance (Pemberley) de Milady, l’histoire d’amour n’est vraiment pas au centre de l’intrigue. Je pense que beaucoup peuvent être désappointés par cet état de fait, pour ma part, j’ai été plus que ravie en constatant que la romance ne serait pas la priorité de Deanna Raybourn et que l’auteure s’inspirerait plutôt des titres classiques anglais (Jane Austen évidemment !) pour nous offrir une histoire naissante certes un peu désuète (XIXe siècle oblige), toute en retenue mais surtout crédible.
Point de scènes de sexe ici, à peine quelques effleurements, mais sous ses non-dits, beaucoup d’émotions et de passion. Et vraiment, je préfère largement un échange de regards et la mise en place d’une profonde tendresse entre deux personnages, plutôt qu’un « hop je te saute dessus dès le premier regard ». C’est juste ce qu’il faut, ni trop rapide ni trop lent entre Lady Julia et Nicholas Brisbane, pour qu’on y croit. Et étant donné les dernières pages, j’ai vraiment hâte de découvrir ce que nous préparent ces deux-là dans le tome suivant !

DeannaRaybournPhotoSi je dois avancer un petit bémol (ou deux), il s’agirait surtout de la distance que j’ai pu ressentir envers les héros, notamment Lady Julia. Malgré la rédaction à la première personne du singulier (le lecteur est donc constamment dans la tête de la jeune femme), une petite barrière a persisté tout au long de ma lecture. J’ai aimé suivre cette jeune veuve affublée d’une famille d’originaux, qui commence à se poser des questions sur ses choix et son avenir. Mariée très jeune par raison à un jeune homme qu’elle estimait comme un frère, elle va découvrir les sentiments amoureux. La suivre est très agréable et encore une fois, particulièrement crédible ; mais il m’a manqué un petit truc pour que je m’attache complètement à elle et pour qu’elle m’émeuve vraiment. Je pense que le contexte très guindé de l’Angleterre de la fin du XIXe siècle y est pour quelque chose car il apporte une certaine retenue mais j’espère bien être complètement happée par le deuxième tome !
Quant au héros masculin principal, à savoir Nicholas Brisbane, là aussi, je suis intriguée et intéressée… mais pas complètement convaincue et sous le charme. Il se révèle au fil des pages, gardant un brin de mystère et de « sauvagerie » (apparemment c’est le truc qui fait craquer les nanas à coup sûr !) tout en ne manquant pas d’apparaître brillant, charmeur et même assez tendre. Un combo plutôt bien tourné et qui ne manque pas d’attiser la curiosité et l’intérêt de la lectrice que je suis mais… il manque un truc. J’espère que l’auteure creusera davantage ce personnage par la suite car il a du potentiel, j’en suis sûre !

Ce premier bémol (qui n’en est pas vraiment un puisque fait logiquement suit au contexte) est rejoint par un deuxième, là aussi qui n’en est pas vraiment un, au niveau de la narration cette fois. J’ai en effet trouvé que la première centaine de pages assez longuette pouvait se justifier par la mise en place du contexte, de l’intrigue et des personnages… mais vraiment, il n’aurait pas fallu attendre vingt pages de plus pour que l’ensemble décolle, sinon ça aurait été trop. Deanna Raybourn a tiré la corde juste à la limite et je pense que certains lecteurs ont pu décrocher et ne pas aller plus loin. Ce qui est vraiment dommage car la suite est excellente et, je ne l’ai pas encore clairement dit, mais l’auteure écrit assez bien (ou la traduction est très soignée).
Le récit (aux temps du récit – passé simple et imparfait – c’est appréciable !) à la première personne du singulier fonctionne parfaitement, les descriptions visuelles et les introspections de l’héroïne sont juste assez nombreuses, régulièrement entrecoupées par quelques passages de dialogues qui rythment l’ensemble. Et je me répète mais l’auteure parvient à créer une atmosphère propre au contexte grâce à des éléments descriptifs et des détails qui peuvent passer inaperçus mais qui apportent le petit truc en plus. Le lecteur est facilement projeté dans l’Angleterre victorienne, ce qui n’est pas toujours le cas. Il ne suffit pas d’indiquer une date au début du texte, de placer les personnages dans un ou deux bals et de leur faire porter un corset pour qu’on se croie à une époque précise. Deanna Raybourn l’a bien compris et propose quelque chose d’assez riche et maîtrisé.

Je n’ai pas toujours été très tendre avec la collection Milady et je suis rarement convaincue par les titres classés en « romance historique » (pas que chez Milady d’ailleurs), mais pour le coup, je trouve que ce Silence de Grey House est un bon cru du genre ! Mêlant assez finement polar, historique et romance, Deanna Raybourn offre un premier tome bien pensé et finalement assez addictif ! Vivement la suite !

 

 Merci à Milady pour cette heureuse découverte !

challenge XIXe

Photo : Deanna Raybourn, trouvée sur Google.

8 pensées sur “Lady Julia, Tome 1 : Le Silence de Grey House de Deanna RAYBOURN

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