Cher Mr Darcy de Amanda GRANGE

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Cher Mr Darcy
de Amanda GRANGE
Milady,
2013, p. 410

Première Publication : 2012

Pour l’acheter : Cher Mr Darcy

♣ Mr. Darcy’s diary (vo) ♣ Le Journal du colonel Brandon 
Orgueil et préjugés (vo) ♣

♣ ♣ ♣

Amanda Grange nous offre une version épistolaire du classique de Jane Austen : Orgueil et Préjugés. Pemberley et Longbourn sont décrits à travers le point de vue des différents personnages, mais plus particulièrement à travers celui du romantique Mr Darcy. Une série de lettres nous dévoile comment ce dernier surmonte son chagrin après la mort de son père bien-aimé ; comment il va gérer ses affaires le liant au scandaleux Mr Wickham et comment il va tomber amoureux de la spirituelle Elizabeth Bennet.

Dans le monde de plus en plus vaste des Austeneries, Amanda Grange est surtout connue pour ses nombreux journaux mettant en scène les pensées les plus intimes des héros masculins de Jane Austen. Darcy, le Colonel Brandon, Knightley, le Capitaine Wentworth… tous y sont passés et dans l’ensemble, c’est plutôt réussi (selon la plupart des Janéites car pour ma part, je n’ai lu que Le Journal de M. Darcy et Le Journal du Colonel Brandon qui ont tous les deux su me convaincre).
Malgré tout, à la sortie française de Cher Mr Darcy, j’étais plutôt sceptique. Je me demandais vraiment ce qu’un nouveau roman sur Darcy pouvait apporter de plus, où était l’intérêt ? En fait, le titre est plutôt trompeur. Je m’attendais à une énième réécriture d’Orgueil et préjugés du point de vue de son héros mais en fait, c’est une réécriture épistolaire mettant en avant les correspondances de tous les personnages du roman d’origine.
Il y a de bonnes idées, des lettres amusantes et globalement, c’est toujours un plaisir de redécouvrir l’histoire d’Orgueil et préjugés mais, à mon avis, il y a quand même certaines longueurs, certains passages inutiles et des apports artificiels qui gâchent un peu l’ensemble. Cher Mr Darcy n’est pas le pire des romans para-austeniens, mais pas le meilleur non plus. Et, question pratique : pourquoi, alors que toutes les autres Austeneries chez Milady sont publiées en poche, celle-ci a été éditée en format intermédiaire, nous obligeant à débourser le double ?

Je ne vous refais pas le pitch d’Orgueil et préjugés, avec la mode austenienne qui sévit ces derniers temps, l’histoire de la pétillante Lizzie et du renfrogné Darcy est vue et revue à toutes les sauces. Modernisation, réécriture sous différentes formes ou sous différents points de vue… tout y passe, le pire comme le meilleur !
Ici, Amanda Grange part du constat que Jane Austen a du commencer par rédiger son Orgueil et préjugés sous forme épistolaire (ses autres écrits de jeunesse tendent à le confirmer). Elle a donc voulu repartir aux sources et nous propose, selon elle, le roman qu’aurait pu écrire la demoiselle. Je ne pense pas qu’Amanda Grange ait voulu insinuer qu’elle était capable de rivaliser avec Jane Austen – en tout cas j’espère car ce n’est définitivement pas le cas ! – mais plutôt qu’elle a voulu, selon ses moyens, lui rendre un petit hommage. Tout n’est pas réussi, c’est clair, mais globalement, ce n’est pas si mal.

dear mr darcy amanda grangeAfin que tous les personnages du roman puissent livrer leurs pensées, l’auteure insère de nouvelles figures qui pourront ainsi recevoir les nombreuses lettres. Je ne vous le cache pas, c’est terriblement artificiel et même si Amanda Grange a tenté d’offrir une vie à ces personnages ajoutés, ça n’a pas grand intérêt. Ils sont vraiment là comme réceptacles, potiches qui permettent aux héros d’avoir des correspondants afin de coucher leurs états d’âme sur papier. Soit.
Ce que je trouve assez dommage finalement, c’est qu’on met en place une correspondance artificielle alors qu’on oublie d’enrichir la correspondance évoquée dans le roman d’origine, entre Lizzie et Jane par exemple. En effet, difficile de croire que les deux sœurs qui s’adorent ne s’écrivent pas plus alors qu’elles sont séparées de longs mois !

Malgré tout, je suis assez contente d’avoir pu découvrir les pensées de tous les autres personnages secondaires : Wickham, Charlotte Lucas/Collins, Charles Bingley ou encore Mary Bennet. Certaines lettres paraissent un peu (beaucoup) exagérées et même si l’ironie est présente, nul doute que si Jane Austen avait été à la barre, tout aurait été beaucoup plus subtil. Amanda Grange n’hésite effectivement pas à y aller avec ses gros sabots, ce qui peut finir par être un peu lourd.
Je pense notamment à la correspondance de Mary Bennet dans laquelle l’auteure insiste un peu trop sur la bêtise de cette sœur. Les premières lettres sont amusantes et mettent bien en avant le caractère de la demoiselle, très imbue d’elle-même malgré sa médiocrité, mais au bout d’un moment, trop c’est trop et ça en devient ridicule. Certes, Jane Austen n’hésitait pas à se moquer de ses personnages les plus risibles mais elle le faisait avec plus de retenue et de subtilité.
J’ai également trouvé quelques passages limites en me disant que jamais tel ou tel personnage d’Austen n’aurait osé écrire ça à ses proches. L’intrigue se déroule quelques années/mois avant l’entrée dans le XIXe siècle, ce qui se dit/fait en 2014 n’avait pas raison d’être en 1799. Certains passages paraissent donc un poil trop modernes voire carrément hors de la bienséance admise à l’époque. Tout le monde ne s’appelle pas Jane Austen – qui connaissait parfaitement le monde qu’elle décrivait puisque c’est le monde auquel elle-même elle appartenait – et tout le monde ne maitrise pas la subtile ironie. Saluons tout de même les efforts d’Amanda Grange.

A noter que, et j’ai été surprise, il faut attendre une bonne centaine de pages avant de retrouver réellement les débuts d’Orgueil et préjugés (à savoir l’arrivée de Charles Bingley et ses amis à Netherfield et leur rencontre avec la famille Bennet). La mise en place ne m’a pas gênée car elle apporte quelques éléments sinon nouveaux au moins assez rafraichissants.
Par contre, par la suite, j’avoue avoir ressenti quelques longueurs que je n’éprouve jamais à la lecture du livre d’origine ou au visionnage de la série BBC de 1995. On ne peut donc pas dire que je sois lassée par l’histoire mais la réécriture d’Amanda Grange manque peut-être un peu de rythme et s’attarde peut-être trop souvent sur des correspondances sans grand intérêt (celle de Mary pour ne pas la citer une nouvelle fois).

Certains passages m’ont donc un peu ennuyée, d’autres m’ont fait lever les yeux au ciel… Le Journal de M. Darcy, de la même auteure, est à mon avis bien meilleur si vous souhaitez découvrir une réécriture d’Orgueil et préjugés. Cependant, je l’avoue, cette lecture assez fluide et pas trop mal écrite fut globalement divertissante et m’a permis, une nouvelle fois, de plonger dans une histoire que j’adore.

 

 

challenge XIXe

 

9 commentaires sur “Cher Mr Darcy de Amanda GRANGE”

  1. J’ai été beaucoup moins gentille dans mon billet sur ce roman. Personnellement, je n’ai pas du tout accroché (j’ai trouvé les personnages vraiment dénaturés).

  2. Je l’ai dans ma PAL et je te trouve plus gentille que la plupart des avis! Bon ça m’encourage à le lire assez vite (même s’il n’est pas prioritaire dans ma PAL austenienne ^^

  3. Hello 🙂 pourquoi pas ! je pense que je lirai ce livre un jour ! c’est impressionnant la quantité de livres “remix” d’orgueil et préjugés qui sortent en ce moment !

  4. Une déception pour moi aussi, je l’ai lu à sa sortie, et j’ai regretté mon achat :/ Je te trouve plus gentille que moi 😉 Je trouve aussi que ces journaux étaient plus réussis… On verra bien si d’autres titres sont traduits et ce qu’ils valent !

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