Le Masque du gerfaut de Sonia ALAIN

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Le Masque du gerfaut
de Sonia ALAIN

Editions VLB
2009, p. 280

Première Publication : 2009

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Sonia Alain a toujours aimé écrire. Éducatrice de formation, elle a enseigné son métier à de nombreuses personnes œuvrant dans des centres de la petite enfance ou des garderies en milieu familial. Elle a ensuite été chargée de cours pour le programme de techniques d’éducation à l’enfance du collège Édouard-Montpetit avant de tenir, pendant quelques années, une chronique dans le magazine La Culbute. Elle est actuellement relationniste pour Les Ateliers du Petit Prince. Mère de trois enfants, elle travaille également de chez elle, à Saint-Lazare, ce qui lui permet de consacrer une grande partie de son temps à l’écriture. Le masque du gerfaut est son premier roman.

En l’an 1335, le roi d’Angleterre revendique la couronne de France, ce qui plonge les deux pays dans une guerre sans pitié. Joffrey de Knox, un guerrier puissant de Bretagne, a décidé de s’allier à l’Angleterre, y voyant l’opportunité d’étendre son territoire et de s’enrichir davantage. Comme son père avant lui, il convoite surtout les terres du sud qui appartiennent au seigneur de Vallière, petit-cousin du roi de France. Pour parvenir à ses fins, le seigneur de Knox décide qu’il est temps de se présenter devant la veuve de Vallière pour réclamer son dû: la main de sa fille qui, alors qu’elle n’était encore qu’une enfant, avait fait l’objet d’une promesse de mariage par son père pour régler une dette de jeu. Mais Joffrey de Knox ignore qu’Anne de Vallière est une jeune fille énergique et déterminée, qui se dressera courageusement sur son chemin… Elle saura trouver la force de supporter son sort grâce aux amitiés qu’elle noue dans l’entourage de ce seigneur craint de tous. Sensible et intelligente, Anne s’efforcera de percer le mystère de cet époux qui lui a été imposé, car derrière les colères et la brutalité de Joffrey, elle devine chez celui-ci une personnalité complexe où la dureté masque des blessures profondes.

Lorsque j’étais adolescente, les livres historiques faisaient partie de ces petites douceurs que j’adorais picorer de temps en temps. Aujourd’hui, quelques années plus tard, je me suis beaucoup éloignée du genre et n’en lis plus que très (trop) rarement. Ainsi, lorsque l’auteure m’a proposé de découvrir son premier roman il y a quelques mois, j’ai accepté avec grand plaisir, voyant là l’occasion de replonger quelques années en arrière.
J’ai passé un assez bon moment avec ce Masque du gerfaut même si je regrette certains « manques » et n’ai pas toujours compris les sentiments et réactions de l’héroïne. Malgré tout, il s’agit d’un texte assez soigné aussi bien dans la forme que dans le fond et si celui-ci ne m’a pas toujours complètement convaincue, je ne regrette pas ma découverte.

Le plus gros reproche que je peux faire à ce roman réside dans son aspect « historique ». Les premières pages, assez descriptives, laissent entendre que l’ensemble du texte sera hautement documenté et que l’intrigue prendra bel et bien place dans un Moyen Age bien présent. Il est vrai que si le lecteur est facilement transporté dans la France du XIVe siècle – grâce, notamment, aux descriptions détaillées du décor (l’intérieur du château de Joffrey avec les tentures dans les différentes pièces, les plats constituant les repas ou même les vêtements portés par les personnages) – il ne va pas bien plus loin. Le lecteur est certes parfaitement immergé dans l’intrigue et suit sans problème les interactions des personnages, mais il reste globalement dans ce « huis-clos ».
En effet, l’intrigue générale tourne autour de l’évolution de la relation qui unit Anne et son violent époux mais ne place pas forcément celle-ci dans un contexte plus large, à savoir l’Histoire de France avec un grand -H. Quelques références aux rois de France et d’Angleterre et au Pape du moment, tentent d’insérer cette romance dans quelque chose de plus grand, mais ça reste très (trop) léger à mon goût. Et c’est là ma plus grande déception. Cela dit, j’ai l’impression que la suite de ce Masque du gerfaut (car oui, il y a une suite), s’attardera davantage sur la place stratégique occupée par le château de Joffrey – situé en Bretagne -, qui est au centre du conflit qui oppose les royaumes d’Angleterre et de France.

sonia alainL’autre point qui m’a un peu chagrinée pendant ma lecture, c’est justement cette relation entre les deux héros, relation que je peux comprendre mais qui a tout de même du mal à passer. En effet, mariée de force pour payer la dette de jeu de son défunt père, Anne se retrouve entre les mains violentes de Joffrey, ce mari qu’elle n’a pas choisi et qu’elle a essayé de fuir en vain. Pour consommer le mariage immédiatement et ne pas risquer une annulation, il la viole sur le sol de l’église et n’hésitera pas à réitérer l’agression quelques jours plus tard. En outre, il n’hésite pas à lever la main sur sa jeune épouse qui, un peu trop rebelle à son goût, doit être remise à sa place et lui obéir sans rechigner. Autre temps, autres moeurs, je comprends tout à fait. Je suis parfaitement consciente que la place de la femme à la fin du Moyen Age, n’était pas la même qu’aujourd’hui et je comprends donc le choix de l’auteure. En revanche, là où j’ai un peu plus de mal à accepter les choses, c’est lorsque Anne pardonne et « capitule ». Je comprends cet attrait pour le « bad boy » qui en fait a un grand coeur dès qu’il trouve la bonne personne à aimer, personnage souvent représenté dans la littérature mais il y a des comportements qui sont, à mon sens, impardonnables. Je comprends qu’une jeune femme puisse tomber sous le charme du type grognon mystérieux un peu irascible, j’ai en revanche beaucoup plus de mal à accepter qu’une héroïne s’amourache d’un violeur agressif, aussi triste et traumatisante soit son enfance. Je sais qu’on peut expliquer ce comportement par le syndrome de Stockholm, Anne finit par voir le bon en Joffrey et l’aide à devenir quelqu’un de meilleur, mais je ne suis pas convaincue. Je suis la première à craquer pour le type un peu ronchon qui se révèle à la fin de l’histoire mais entre le ronchon qui ne sourit pas souvent et le violeur violent, il y a une grosse marge… Cela dit, si le héros avait été différent (c’est-à-dire « normal ») et si l’héroïne n’était pas tombée sous son charme, tout l’intrigue tombait à plat. Malgré tout, si on accepte cet amour naissant, je reconnais qu’il est plutôt pas mal mené : ce n’est ni trop lent ni trop rapide et ça reste assez crédible.

Joffrey est donc un homme violent au passé trouble qui, à cause d’une enfance traumatisante (sa mère est morte en couches et son père l’a vite fait entrer dans la vie militaire) n’a jamais connu l’amour et la douceur. C’est un guerrier sans pitié, athée et se moquant des lois. Il a, qui plus est, fait allégeance au roi d’Angleterre (même si rien est officiel). Pour lui faire face : la jeune et « pure » Anne, fervente catholique pratiquante, très fidèle au roi de France et à ses valeurs. Les contraires s’attirent et se complètent parait-il.
C’est un peu cliché mais si on ne cherche pas la petite bête, ça fonctionne plutôt bien. J’ai apprécié le côté entêté et déterminé de la jeune femme qui, malgré toutes les horreurs qu’elle subit, relève la tête et fait face à la situation courageusement. Je ne l’ai pas adorée mais j’ai bien aimé son évolution (à part cet amour un peu « malsain » pour Joffrey), de la jeune fille innocente à l’épouse et châtelaine sûre d’elle.

J’ai relevé deux ou trois coquilles dans les cinquante premières pages mais par la suite, plus rien (à part l’absence d’un ou deux alinéas) et je ne peux qu’en féliciter l’auteure et l’éditeur. D’ailleurs, je trouve que formellement, il n’y a pas grand chose à redire. C’est plutôt bien écrit, détaillé sans empêcher une certaine fluidité, assez visuel pour permettre à l’imagination du lecteur de fonctionner… La narration à la troisième personne du singulier entraine une légère omniscience du lecteur qui n’est pas désagréable et permet de se mettre dans la tête des deux héros. Ce n’est pas vraiment pour cette raison que j’ai réussi à accepter les décisions et comportements de ces deux-là mais au moins, je les ai mieux compris.
J’ai en revanche été légèrement surprise par la mise en page qui propose des paragraphes assez longs et compacts, ce qui peut rebuter certains lecteurs très adeptes de l’aéré, des retours à la ligne toutes les deux phrases et des dialogues envahissants ; mais rassurez-vous, Sonia Alain maîtrise assez bien la langue pour que ces blocs un peu « effrayants » passent comme une lettre à la poste.

Malgré quelques défauts dans le fond (au sujet des réactions des personnages notamment) et une légère déception concernant l’aspect historique de l’intrigue (je m’attendais à un récit moins centré sur la romance), j’ai tout de même apprécié cette lecture et suis allée au bout sans déplaisir et même avec une certaine curiosité. Ce n’est pas le meilleur roman du genre que j’ai pu lire mais je le garderai tout de même en tête un petit moment, la preuve qu’il a fait son petit effet.

Merci à l’auteure pour sa confiance !

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