Lune Mauve, Tome 2 : L'Héritière de Marilou AZNAR

lune mauve 2 marilou aznar


Lune Mauve,

Tome 2 : L’Héritière
de Marilou AZNAR
Casterman,
2013, p. 402

Première Publication : 2013

Pour l’acheter : Lune Mauve, Tome 2

Passée successivement par l’univers de la musique et l’adaptation audiovisuelle, Marilou Aznar signe avec Lune mauve son premier roman.

Le Blog de Lune Mauve
Tome 1 : La Disparue

♣ ♣ ♣

Sur la photo du blog, Thomas souriait. Il avait l’air heureux, c’était la seule chose qui me réconfortait un peu. Il m’avait cru morte pendant toutes ces semaines. Un message sur mon répondeur m’avait brisé le coeur : il ne voulait plus me voir, me parler. Avec le recul, c’était mieux comme ça. J’avais une mission à accomplir. Il ne fallait prendre aucun risque. Les ennemis d’Ishtar rôdaient peut-être encore autour de nous.

/! Risque de spoilers sur le premier tome ! /!

Souvenez-vous, alors que beaucoup avaient adoré le premier tome (La Disparue), j’étais ressortie, pour ma part, plutôt sceptique de cette lecture. Seule la fin m’avait assez intriguée pour me donner envie de lire la suite… suite qui m’a réconciliée avec cette histoire et son auteure.
J’ai trouvé ce deuxième tome bien meilleur grâce, notamment, à l’héroïne qui a bien muri et qui a même réussi à me toucher la majeure partie du texte. Ce n’est pas un coup de cœur mais si la qualité va crescendo au fil de la trilogie, nul doute que le troisième et dernier tome en sera un !

Ce deuxième tome s’ouvre de façon assez surprenante. La fin de l’opus précédent semblait en effet annoncer que l’intrigue se déroulerait à Viridan, dans le monde d’origine d’Iris, la mère de Séléné. Or, dès les premières pages, le lecteur comprend qu’il est de retour dans le très huppé lycée Darcourt où la jeune héroïne repique sa seconde. J’avais très peur de retrouver tout ce qui m’avait déplu précédemment : l’ambiance lycée très immature, les bruits de couloir et les amourettes niaises. Mais, contre toute attente, si l’on suit à nouveau Séléné dans sa vie quotidienne, force est de constater que l’atmosphère a changé et ce car l’héroïne a sacrément évolué… et en bien ! La demoiselle, bien que toujours adolescente, semble beaucoup plus mature et réfléchie. Dorénavant détentrice d’une mission et donc de responsabilités, elle oublie un peu son nombril pour penser aux autres. Elle doit d’ailleurs renoncer à beaucoup de choses et passe à côté de moments heureux à cause de cette mission sacrée… cette façon d’agir m’a fait découvrir Séléné sous un jour nouveau et m’a permis d’enfin l’apprécier et d’enfin m’attacher à elle.
Alors certes, la jeune fille est toujours très préoccupée par un jeune homme, mais contrairement aux badinages du tome précédent, l’histoire d’amour ici présentée m’a plu, j’y ai cru et j’ai ressenti les choses en même temps que Séléné. Il y a quand même un bémol dans les agissements de l’héroïne – une rechute dans la bêtise – aux deux tiers du texte, lors d’un bal. Envolée la jeune fille réfléchie, revoilà l’ado qui laisse ses pulsions et déceptions lui ronger les neurones. Heureusement, cet égarement n’est que passager, mon agacement n’a donc pas duré et je garde plutôt le positif en tête. Séléné se révèle à la fois forte et fragile, plus responsable que prévu, tributaire d’une mission non voulue… en bref : attachante et émouvante.

Les autres personnages, nouveaux et anciens, sont assez charismatiques pour être marquants. Alexia est définitivement une peste qu’on déteste ; Thomas, bien que peu présent, reste le beau gosse qu’on apprécie ; le nouveau haut en couleurs apporte un peu de légèreté à l’histoire et les exilés de Viridan sont quasiment plus haïssables qu’Alexia, c’est pour dire ! Dans l’ensemble, Séléné se retrouve bien seule pour faire face, elle n’est pas du tout soutenue par son entourage, ce qui la rend d’autant plus fragile et émouvante.

L’intrigue tourne principalement autour du virus qui décime les femmes Viridanes. En tant que messagère de la déesse Ishtar, née sur Terre et immunisée, Séléné doit trouver un antidote. Malheureusement plusieurs obstacles vont se dresser sur son chemin et comme je le disais plus haut, ses compagnons Viridans ne seront d’aucun soutien (ou presque). Même si le suspens n’est pas hyper prenant et le déroulement de l’intrigue sans très grande originalité, l’ensemble tient bien la route et tient en haleine jusqu’au dénouement… dénouement d’ailleurs assez surprenant, se déroulant sur Viridan.

evelyn-paul-ishtar-the-babylonian-goddess-of-fertility-and-loveEn ouvrant ce deuxième tome, on pourrait s’attendre à passer beaucoup de temps sur ce monde « parallèle » mais en fait, pas tellement. Quelques flash-back permettent au lecteur de découvrir ce qu’a vécu Séléné pendant son court séjour là-bas et notamment son initiation au culte de la déesse lunaire et aux us et coutumes des lieux. Mais ce n’est que très tardivement, dans les derniers chapitres, qu’on se « fixe » véritablement sur place et qu’on entre pleinement dans l’univers proposé. A travers un rituel bien particulier, on découvre un peu plus ce qu’est Viridan et ça m’a plu.
J’ai plus d’une fois pensé aux cultes antiques, notamment aux mystères d’Eleusis (même si ça n’a finalement aucun rapport… mais on a les références qu’on peut !). J’ai également pensé plus d’une fois au livre Amulettes de Véronique Ajarrag (édité au Chat Noir) qui traite également de la Mésopotamie antique, d’Ishtar et de son culte et tout le tralala. Les cultures et religions anciennes continuent d’inspirer, je trouve ça assez enthousiasmant.
Je ne sais pas trop dans quelle direction ira le troisième et dernier opus de cette trilogie ? Est-ce qu’à l’image de celui-ci, on se retrouvera une nouvelle fois à Paris dans le lycée Darcourt, alors qu’on s’attendait à passer toute l’intrigue sur Viridan ? Ou au contraire, est-ce que Marilou Aznar nous plongera complètement dans ce monde étrange ? Dans tous cas, il me tarde assez d’y être pour découvrir le fin mot de l’histoire. L’avenir de Séléné me tient dorénavant à cœur !

Quelques mots encore, pour terminer sur un nouveau point positif (comme quoi, j’ai bien fait de continuer cette petite trilogie, je ne suis pas déçue !). J’avais pressenti, dans la troisième et dernière partie du premier tome (j’avais beaucoup moins apprécié la plume trop « ado » des deux premières parties), que Marilou Aznar possédait un style très intéressant, un brin poétique, joliment travaillé sans non plus en faire des caisses. L’impression se confirme ici puisque, suivant l’évolution de la personnalité de son héroïne, l’auteure continue sur sa lancée en nous proposant un texte tantôt mélancolique, tantôt plus léger… toujours avec un style travaillé et très agréable à parcourir. Si j’avais des doutes après la découverte du premier tome, je n’en ai plus aucun après la lecture de celui-ci et j’espère que le troisième et dernier opus me réservera encore de belles surprises !

Il s’en est fallu de peu pour que ce livre passe du statut de « belle lecture » à celui de « lecture géniale » et je ne connais pas vraiment la cause de ce « manque ». Peut-être simplement une histoire de timing et de confort de lecture (avec mon nouveau job, je peine à trouver du temps pour bouquiner, mon rythme est saccadé et mes ressentis sans ressentent donc forcément !). Malgré tout, je ne peux que saluer l’évolution de Marilou Aznar. D’un premier tome vraiment très moyen qui m’avait déçue, elle a réussi à m’offrir ici une héroïne qui a su me toucher et une intrigue qui m’a tenue en haleine jusqu’au bout. J’attends maintenant impatiemment le tome suivant !

Merci beaucoup à Casterman pour cette jolie découverte !

Image : The Mother Goddess Ishtar, Evelyn Paul, 1916.

 

8 pensées sur “Lune Mauve, Tome 2 : L'Héritière de Marilou AZNAR

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