Le Prince d'été de Alaya Dawn JOHNSON

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Le Prince d’été
de Alaya Dawn JOHNSON
Robert Laffont (Collection R),
2013, p. 436

Première Publication : 2013

Pour l’acheter : Le Prince d’été

Diplômée en 2004 de l’université de Columbia, Alaya Dawn Johnson est titulaire d’un mastère de langues et cultures asiatiques. Elle a notamment passé plusieurs années au Japon avant de retourner vivre à New York. Auteur de deux romans fantastiques pour adultes, Alaya a aussi apporté sa contribution à l’anthologie jeunes adultes Zombies contre Licornes, dirigée par Holly Black et Justine Larbalestier (collection « Territoires », Éditions Fleuve Noir). Elle se consacre aujourd’hui entièrement à l’écriture, lorsqu’elle n’est pas en train de cuisiner ou de déguster des spécialités du sud de l’Inde…

♣ ♣ ♣

Il y a quatre cents ans, le monde tel que nous le connaissons a connu une fin tragique. Désormais, sur la côte de ce que l’on appelait jadis le Brésil, ce sont les femmes qui dirigent la légendaire ville-pyramide de Palmares Três. La Reine ne cède le pouvoir à un homme qu’une fois tous les cinq ans, à un Prince d’été dont l’histoire enfiévrera la cité le temps d’une année. Pour June Costa, la vie n’est qu’art. Ses œuvres géniales – des peintures murales aux hologrammes, en passant par des tatouages lumineux – impressionnent, voire irritent ses professeurs tout autant que ses camarades. Elle rêve de remporter le prestigieux Trophée de la Reine pour jouir d’une célébrité instantanée et de tous les privilèges qui vont avec. Un rêve qu’elle n’avait jamais remis en question… jusqu’à ce qu’elle rencontre Enki. Fraîchement élu Prince d’été, Enki est le garçon dont tout le monde parle à Palmares Três. Mais lorsque June le regarde, elle voit plus loin que ses fascinants yeux d’ambre et sa samba ravageuse : elle reconnaît en lui un artiste total, comme elle. Ensemble, June et Enki décident alors de créer un chef-d’œuvre qui restera gravé à jamais dans les annales de Palmares Três, attisant la flamme rebelle qui se lève contre les restrictions anti-technologie qu’impose le gouvernement matriarcal. Mais June va bientôt tomber profondément et tragiquement amoureuse d’Enki… Or, à l’instar de tous les Princes d’été qui l’ont précédé, Enki va devoir être sacrifié.

Voilà un titre qui semblait changer des sorties habituellement proposées par la Collection R. Ajoutez à cela une illustration de couverture particulièrement agréable à l’œil et le fait qu’il s’agit d’un one-shot (j’aime assez que la collection propose à la fois des sagas plus ou moins longues… et également des romans uniques – c’est bon pour la PAL et le porte-monnaie !) et me voilà tentée par ce Prince d’été.
Malheureusement, il me faut avouer que la magie n’a pas opéré et que je sors de cette lecture, sinon relativement déçue, au moins sceptique… Ce livre n’est pourtant pas sans posséder son lot de qualités, mais je crois que je suis passée à côté.

Je n’ai pas accroché. Et je sais exactement quel élément est responsable de ce flop… les personnages. Je n’ai absolument rien ressenti pour eux, je n’ai eu aucune empathie pour leurs aventures et suis donc restée totalement extérieure et indifférente à tout ce qui pouvait leur arrivée. Je dois même avouer que je me suis ennuyée la majeure partie du temps…
Je ne me suis pas attachée à June, cette héroïne adolescente que j’ai trouvée très immature, capricieuse et carrément insupportable. Son obsession pour l’Art – avec un grand -A – est louable mais pas forcément bien mise en avant ni même assez explicite. Je l’ai trouvée particulièrement odieuse avec sa mère et sa belle-mère (qui sont pourtant trèèèèès patientes) et je n’ai jamais – ô grand jamais – vibré en découvrant son attachement à Enki, le fameux Prince d’été. L’auteure veut nous fait croire à une passion contenue mais j’ai trouvé celle-ci très froide… à l’image de celle qui est censée éprouvée ces sentiments. Seule son amitié avec Gil m’a semblée sincère et émouvante.
Ce dernier, meilleur ami (anciennement amant) de June est le seul personnage de l’histoire qui a su m’attendrir. C’est, à mon sens, le plus émouvant, le plus vivant… en somme le plus humain du trio. Malheureusement, c’est également celui qui « compte » le moins et donc celui qu’on ne fait que croiser au hasard des pages.
Enki, le nouveau roi d’été choisi par la reine Oreste, est un électron libre rebelle et indiscipliné. Il cache un lourd secret qui modifie sa perception des choses… et ses agissements. Il est censé représenter l’artiste passionné mais il n’a été, pour moi, qu’un robot sans saveur. Il n’a rien d’humain et est resté complètement intouchable. Je sais que c’est l’histoire qui veut ça et je comprends donc ce choix… mais il n’empêche que ça ne fonctionne pas avec moi.
Ces trois adolescents entretiennent des relations croisées compliquées. Enki s’offre à toutes et tous, sans distinction. Il semble pourtant entretenir un lien particulier avec Gil et quelque chose d’unique avec June… Mouais. Tout ça est censé être passionnée et passionnant… plus que froid, c’est le terme « glacial » qui me vient à l’esprit. Je n’ai RIEN ressenti pour eux et ça m’a vraiment manqué !

alaya dawn johnsonLe contexte peut ensuite être riche, complexe et intéressant… si les personnages qui y évoluent ne me font ni chaud ni froid ; c’est couru d’avance. Et c’est là que je suis le plus déçue car niveau « décor », Alaya Dawn Johnson avait de bonnes idées. Dans ce Brésil futuriste (rendez-vous dans 400 ans !), la société mise en place est relativement libérée et, encore mieux, elle est matriarcale. J’ai parfois eu le sentiment de me retrouver dans une communauté d’Amazones du futur. Les femmes au pouvoir, l’Art mis en avant, un mélange de traditions d’un autre âge et de hautes technologies… ça avait vraiment tout pour me plaire.
L’ensemble semble bien pensé mais j’ai trouvé que ce n’était pas toujours facile d’accès. Je n’ai pas toujours réussi à m’imaginer les lieux décrits (cette sorte de pyramide posée sur un nid d’algues vertes…), les technologies de pointe abordées… et je n’ai pas trouvé que cette histoire d’élection de roi d’été soit très claire (ou alors je n’étais vraiment pas concentrée sur ma lecture). Je suis incapable de vous expliquer la différence entre années lunaire et solaire et ce qui se passe selon celles-ci… il y a une histoire de durée de cinq ans mais je ne sais même plus de quoi il s’agit. Il y a de l’idée, mais ce n’est pas forcément très bien amené et ça reste parfois brouillon. Malgré tout, je salue le travail de l’auteure de ce côté-là ; c’est assez original et ça a le mérite d’être assez complexe, pour une fois, en Young adult.

En parlant de complexité et de choses qui changent des habitudes du genre… je soulignerai les choix d’Alaya Dawn Johnson au sujet des habitudes de ses héros (avec les débats sur le mariage pour tous, ma lecture était d’actualité !) ou même dans la conception de son intrigue et notamment son dénouement qui n’épargne pas les héros. L’auteure ne joue pas le politiquement correct ou la facilité, c’est un point que j’ai apprécié.
La quatrième et dernière partie du texte, plus dramatique et changeant le rythme des trois premières, est d’ailleurs c’est celle qui m’a le plus plu. J’ai enfin réussi à ressentir quelque chose (même si on est loin de la lecture passionnante, faut pas pousser !) et j’ai été agréablement surprise par la tournure des évènements. Dommage qu’il ait fallu 350 pages pour en arriver là.

L’histoire est contée entièrement du point de vue de l’héroïne June, à la première personne du singulier donc, mis à part quelques petits paragraphes (également à la première personne du singulier) insérés ça et là, témoins des pensées d’Enki, le prince d’été. Malgré ce choix permettant généralement une plus grande empathie avec le narrateur, je me répète, je n’ai rien ressenti pour la jeune fille.
Pourtant, ce n’est pas « mal » écrit, non. C’est même plutôt pas mal maîtrisé et je remercie Alaya Dawn Johnson qui m’a appris à dire « maman » et « papa » en portugais… puisque des termes portugais sont disséminés régulièrement sur chaque page, en italique. D’ailleurs, j’avoue que pour certains, je n’ai pas toujours compris de quoi il s’agissait malgré le contexte du reste de la phrase. Mais bon, rien de grave et une façon assez sympathique de s’immerger davantage dans l’univers proposé (dans une Brésil futuriste, je vous rappelle).

Objectivement, une intrigue et un univers assez originaux et pas mal maîtrisés, un style travaillé (je me base une nouvelle fois uniquement sur la traduction) ; mais, et c’est là que le bât blesse, je n’ai, pour ma part, ressenti AUCUNE émotion. Je suis restée complètement extérieure à toute cette histoire (sauf peut-être dans la dernière partie) et je me suis donc fréquemment ennuyée pendant ma lecture. Le contexte et l’enveloppe peuvent être aussi intéressants que possible, si devant, les personnages ne me touchent pas, je ne peux pas accrocher et passe à côté. Un roman trop froid et qui m’est resté inaccessible. Dommage !

 

Merci à la Collection R pour cette découverte atypique…

 

Une pensée sur “Le Prince d'été de Alaya Dawn JOHNSON

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  • 26 juin 2013 à 21 h 07 min
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    Déjà que le résumé ne me faisait pas si envie que ça, là pour le coup, je suis assez refroidie.
    Je n’ai lu qu’un livre de la Collection R (Night School) et j’ai vraiment adoré. Une vraie perle ce livre ! J’espère ne pas être déçue pour les prochains que je lirai.
    Bonnes lecture ! 🙂

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  • 19 mai 2013 à 16 h 36 min
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    Coucou !
    Je pensais qu’avec la couverture qui attire l’oeil, l’histoire serait super, mais bon…
    Maintenant, il me dit plus grand chose (je pensais pas me l’acheter de toute façon)

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  • 19 mai 2013 à 14 h 45 min
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    Je suis assez d’accord avec toi sur tout ce que tu dis. Je n’ai pas aimé June non plus, j’ai trouvé Enki très inhumain, et j’ai bien aimé Gil qui n’est malheureusement pas du tout approfondi^^ J’ai tout de même énormément apprécié l’univers, la thématique de l’art et le fait que l’auteure ne nous « prémâche » pas son roman, qu’il y ait une certaine complexité et qu’il faille s’accrocher un peu. Je pense que c’est à lire pour l’expérience, mais en effet, difficile de s’impliquer avec de tels personnages. Dommage, ça aurait pu être un excellent roman

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  • 19 mai 2013 à 13 h 23 min
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    Ce que tu en dit me donne envie de le lire, même si moi aussi, la collection ne m’a pas convaincu pour l’instant , glitch a été un calvaire a lire et j’ai légèrement appréciait starter, même si je trouvais que le tout manquait de profondeur, mais justement c’est a cause de la complexité de l’univers du prince d’été que j’ai envie de voir ce que ça donne ^^’

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  • 19 mai 2013 à 10 h 39 min
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    Les titres de la collection R ont l’air de beaucoup plaire mais, pour ma part, j’en ai lu un seul et j’ai passé mon chemin… c’était Starters et j’ai vraiment trouvé cette lecture agaçante, également car ça manquait d’émotion, et d’approfondissement. C’est vraiment dommage, car là aussi il y avait de l’idée :/

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    • 19 mai 2013 à 10 h 41 min
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      Starters est un des titres qui m’a le plus plu… alors si tu ne l’as pas aimé, je pense qu’effectivement, tu fais mieux de passer ton chemin car les titres publiés ensuite sont de moindre qualité, à mon goût !

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