Addict de Jeanne RYAN

addict
Addict
de Jeanne RYAN
Robert Laffont (Collection R),
2013, p. 347

Première Publication : 2012

Pour l’acheter : Addict

Jeanne Ryan a vécu aux quatre coins du monde, avec ses onze frères et sœurs. Après une enfance passée à Hawaii, elle a successivement habité en Corée du Sud, dans le Michigan, ainsi qu’en Allemagne. Avant de se lancer dans l’écriture, Jeanne a travaillé aussi bien à la réalisation de jeux de simulation de guerre que dans la recherche en psychologie de l’enfant. Elle a fini par se rendre compte qu’il était beaucoup plus amusant de concevoir des histoires que des études statistiques ? Toujours très attachée à Hawaii, Jeanne Ryan a néanmoins trouvé son équilibre sous les ciels changeants du nord-ouest des États-Unis. Addict est son premier roman pour jeunes adultes, et son deuxième est en cours d’écriture.
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Un jeu sans règle ni pitié. Qu’êtes-vous prêt à perdre pour gagner ? Vee, dix-sept ans, est sous l’étroite surveillance de ses parents depuis qu’ils l’ont retrouvée quelques mois auparavant endormie au volant de la voiture familiale, dans le garage, moteur allumé. Elle a beau plaider l’accident et non la tentative de suicide, elle n’a pas le droit de sortir sauf pour jouer son rôle de maquilleuse-costumière dans la production théâtrale du lycée. Un soir, elle décide de relever l’un des défis proposés par ADDICT, jeu trash de télé réalité diffusé sur le Net qui promet des cadeaux somptueux contre des paris toujours plus pervers. Mais voilà qu’elle est sélectionnée, à sa grande surprise. Pour se sentir enfin vivante, Vee va alors accepter des défis de plus en plus malsains… Jusqu’à quelle dose d’adrénaline pourra-t-elle survivre ?

Après Confusion de Cat Clarke sorti il y a quelques mois, Addict est le second one-shot proposé par la Collection R et comme pour son prédécesseur, il joue sur la tension et l’addiction (elle était facile, j’avoue…) du lecteur, qui ne peut s’empêcher de tourner les pages. Page-turner efficace donc, mais loin d’être exempt de défauts, malheureusement.
Si j’avais pu passer outre pour le titre de Cat Clarke qui m’avait finalement convaincue, je suis plus sceptique pour celui de Jeanne Ryan. Les idées soulevées ne manquent pas d’intérêt mais les personnages choisis pour cela sont loin de gagner mon approbation et de là à dire que j’ai détesté l’héroïne, il n’y a qu’un pas…

Expédions rapidement ce qui fâche le plus pour terminer sur le positif. Pour que je puisse pleinement apprécier une lecture, il faut que je me trouve des atomes crochus avec le ou les héros. Je ne souhaite pas forcément m’identifier à l’un d’entre eux mais au moins avoir l’impression qu’on pourrait « s’entendre » ou que je pourrais avoir un certain « respect » pour eux s’ils étaient faits de chair et de sang et si l’on se croisait dans la rue. Alors une ado capricieuse qui vendrait père et mère pour une paire d’escarpins roses hors de prix… désolée, je ne m’identifie pas, je ne copine pas et surtout, je ne respecte pas ! Vee m’a insupportée 90% du temps. Je n’ai pas compris ses choix, j’ai trouvé ses réactions et sa façon d’agir puériles et parfois complètement incohérentes… bref, Vee et moi ça fait deux. Suivre son aventure n’a donc pas toujours été une partie de plaisir, loin de là.

Les autres personnages, secondaires, m’ont semblé assez manichéens, à la limite du caricatural parfois. Dans le lycée américain, vous avez évidemment la belle plante populaire adulée par tous, surtout par les joueurs de foot décérébrés. Et à côté de ce monde de paillettes, vous trouvez les ringards, les geeks, les timides… Bizarrement, Vee fait partie de cette seconde catégorie mais a réussi à s’attirer les bonnes grâces de Miss Ado Parfaite dès l’enfance. Malheureusement, la vie dans l’ombre de la star du lycée n’est pas si brillante que l’héroïne l’imaginait et elle en fait les frais (en plus de se créer un ulcère à force d’envier sa soi-disant BFF…). Et pour couronner le tout, malgré la relative invisibilité de Vee, voilà qu’un super beau gosse la remarque enfin, et grâce à quoi ? Grâce aux défis lancés par Addict bien sûr ! Des coulisses qui étaient son quotidien, Vee est immédiatement propulsée sur le devant de la scène grâce à l’émission en ligne… mais attention à la grosse tête !

Les défis, parlons-en d’ailleurs et des gains promis en échange, surtout ! En plus d’être capricieuse, puérile et jalouse, Vee est carrément débile… savez-vous ce qu’elle souhaite plus que tout au monde dans la vie et ce pour quoi elle est capable de se mettre en danger (ainsi que son entourage) ? Je vous le donne en mille, après les escarpins roses de marque, suivent la robe de soirée qui rendra jalouse toutes les autres lycéennes au bal de promo… et le super i-phone dernier cri ! Wouhouh ! C’est vraiment à ça que rêve une jeune américaine de 17 ans ? Eh bé… ça fait peur pour l’avenir. Heureusement qu’on ne lui a pas promis une rencontre inoubliable avec Britney Spears, sinon elle aurait été capable de descendre ses parents. Bref.

Jeanne_RyanMalgré tout, l’idée de base des défis que peuvent relevés Pierre, Paul, Jacques pour des prix personnalisés en échange d’une diffusion sur internet ; est intéressante. Se posent alors les questions de la téléréalité, de « jusqu’où peuvent aller les candidats pour la promesse d’un gain ? » et « jusqu’où peuvent regarder les voyeurs sans réagir ? »… Des réflexions parfaitement d’actualité et un concept finalement pas si éloigné de ce qui peut ou pourrait se faire dans notre société du XXIe siècle.
Mais, parce qu’il y a un mais, je trouve que Jeanne Ryan ne traite pas cette matière de la bonne façon. Le public visé étant jeune, elle reste en surface et force le trait, tournant l’idée en ridicule et la rendant invraisemblable. Finalement on n’y croit pas, c’est « trop ». Traitée de façon plus subtile, avec des personnages plus travaillés (et avec quelques années de plus au compteur), cette histoire pourrait prendre un tour vraiment passionnant et sans doute beaucoup plus « dramatique » ; parce que là, avec une héroïne qui fait son caca nerveux parce que sa soi-disant meilleure amie lui vole la vedette et qui n’a d’autres rêves dans la vie que d’être vêtue de fringues de marques, ça fait pas très crédible. Et c’est même risible.

Cependant, je le reconnais, encore une fois chez R, voilà un titre qu’on dévore en quelques heures à peine. Parce qu’on a envie d’en savoir plus, parce qu’on a envie de tourner les pages pour connaître le fin mot de l’histoire. Même si je trouve souvent des défauts aux livres Young Adult, je reconnais que les titres présentés par la Collection possèdent cette qualité : ils titillent la curiosité et poussent à la lecture jusqu’à la dernière ligne. Alors je peux toujours râler des heures ensuite sur tels points faibles, tels choses à revoir… je ne peux qu’avouer que je n’ai pas pu lâcher le bouquin, parce que je voulais des réponses à mes questions.
Ce côté page-turner est également accentué par la forme même des livres : pages épaisses, grosse police de caractères et style fluide. Pas simpliste, mais simple et distrayant. Jeanne Ryan ne déroge pas à la règle. Malgré tout et même si j’ai pu assez bien m’immerger dans l’histoire, je regrette que les descriptions n’aient pas été plus précises, plus soutenues. Je me souviens assez bien des scènes dans leur ensemble, mais jamais, pendant ma lecture, je n’ai vu chaque détail dans ma tête. Je suis d’ailleurs incapable de m’imaginer Vee ou Ian, le beau gosse. C’est flou, ça reste en surface. C’est ce que je peux généralement reprocher aux romans du genre qui se contentent du minimum syndical pour exister. Dommage, pour moi ce n’est pas suffisant et ne me marque donc pas.

Je finirai par une interrogation sincère : pourquoi ce prologue et cette fin ouverte ? Je n’ai pas forcément trouvé l’intérêt de ces deux choix de l’auteure. Le premier amène le lecteur sur un chemin… qui n’est plus jamais suivi par la suite, le second pose plus de questions qu’il n’apporte de réponses. Ce qui me fait également penser que Jeanne Ryan apporte un élément du passé de Vee qui semble capital pratiquement tout au long du récit et qui finalement ne débouche… sur rien. La preuve, encore une fois, que la plupart des romans YA ont du potentiel mais qu’ils restent malheureusement bien trop souvent en surface.

J’insiste sur le fait qu’Addict, malgré tous les points faibles que j’ai pu souligner, m’a fait passer quelques heures de lecture agréables et, qu’une nouvelle fois grâce à la Collection R, ma curiosité m’a poussée à tourner les pages le plus vite possible pour aller au bout de l’aventure…

« POUR GAGNER CES CHAUSSURES, RETOURNE DANS LE MÊME CAFÉ QU’HIER SOIR. UN GARÇON QUI S’APPELLE IAN (IMAGE A VENIR) Y ENTRERA A 21 H 40 PRÉCISES. EXIGE DE LUI QU’IL TE PAYE UN CAFE AU LAIT. PENDANT QU’IL FAIT LA QUEUE, TU DEVRAS TE POSTER AU MILIEU DU CAFÉ ET CHANTER « DIX KILOMÈTRES A PIED, ÇA USE, ÇA USE… » LES YEUX FERMES, JUSQU’À CE QU’IL TE RAPPORTE TA BOISSON.
Quoi ? ADDICT veut que je retourne sur les lieux de mon humiliation pour à nouveau me ridiculiser ? Ils sont fous ! De toute manière, je n’irai pas, j’ai promis à Syd de laisser tomber.

Mais quelles chaussures sublimes ! »

Merci à la Collection R pour cette nouvelle découverte…

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