Le Journal du Colonel Brandon de Amanda GRANGE

le journal du colonel brandon
Le Journal du Colonel Brandon

de Amanda GRANGE
(Challenge Austenien – 4)
Milady (Pemberley),

2013, p. 381

Première Publication : 2011

Pour l’acheter : Le journal du colonel Brandon

Mr Darcy’s diary 

 

 

James Brandon nous livre son désespoir : la femme qu’il aime, Eliza, est contrainte d’épouser son frère. Il s’engage alors dans l’armée et s’exile aux Indes pendant de longues années. De retour en Angleterre, il recueille la fille d’Eliza, devenue orpheline, et tombe sous le charme de l’impétueuse Miss Marianne Dashwood. Mais cette dernière lui préfère le beau Willoughby qui a déjà, par le passé, causé du tort au colonel Brandon…

Amanda Grange est connue et reconnue dans le monde des Janéites pour ses journaux intimes de héros austeniens. Milady a eu la très bonne idée de lancer (enfin) leur traduction en français. Après Le Journal de Monsieur Darcy (que j’avais lu en anglais d’ailleurs), voilà Le Journal du Colonel Brandon… et celui de Mr Knightley ne devrait pas tarder (j’espère aussi que celui du Capitaine Wentworth sera programmé !).
Le Colonel Brandon est un des personnages masculins de Raison et sentiments, roman majeur de Jane Austen. Si j’apprécie ce dernier, ce n’est pas le texte que je préfère de l’auteure… car je n’accroche que modérément aux aventures de Marianne et Elinor, les deux sœurs. En revanche, s’il y a bien un personnage que j’aime énormément dans ce roman, c’est celui du Colonel Brandon, même si l’on sait finalement peu de choses sur lui. Amanda Grange résout un petit peu ce problème en nous offrant une plongée dans les pensées de ce héros blessé par son passé… Même si ma lecture n’a pas été un coup de cœur, je me suis attachée encore davantage à ce personnage et j’aurais bien envie de revoir une des adaptations (celle de 1995 avec le très talentueux Alan Rickman dans le rôle par exemple…).

Le journal s’ouvre en juin 1778, James Brandon n’est alors qu’un jeune homme, fou amoureux d’Eliza, la pupille de son père. Malheureusement, ce dernier a promis la jeune fille à un autre, son fils aîné Harry, un ivrogne fainéant. Les deux jeunes amoureux prévoient de s’enfuir pour aller se marier, mais leurs plans sont déjoués et la famille les sépare. James est envoyé chez une lointaine tante, banni de la demeure familiale tant qu’il n’aura pas retrouvé raison ou tant que le mariage d’Eliza et du frère aîné n’aura pas été proclamé. Malheureux mais persuadé que sa bien-aimée résistera, le jeune Brandon quitte les lieux, bien décidé à revenir chercher son Eliza dès que possible. Mais le destin en décide autrement. La jeune et jolie Eliza finit par épouser celui qu’on lui impose. James, effondré, s’enrôle dans l’armée et part aux Indes.

alan rickman colonel brandonCe n’est que presque vingt ans plus tard, en 1796, qu’il fait la connaissance de la famille Dashwood et de la jeune Marianne. Amanda Grange nous conte tout ce qui lui est arrivé pendant toutes ces années, entre ces deux évènements, aux Indes puis lors de son retour en Angleterre. On apprend comment il y retrouve Eliza, mourante et mère d’une petite fille, prénommée elle aussi Eliza, comment le désormais Colonel prend la petite sous son aile, lui trouve une pension et joue le rôle de père de substitution. A travers toutes ces épreuves, on découvre le passé d’un homme que les épreuves n’ont pas épargné, un homme loyal et persuadé que son Eliza partie, plus jamais il ne pourra et ne saura aimer une autre femme. J’ai beaucoup aimé toute cette partie qui s’étale sur les 150 premières pages du journal. C’est vraiment l’occasion de se rapprocher du personnage et de mettre des mots et des scènes sur ce passé qu’on n’avait fait qu’effleurer dans le roman de Jane Austen. Amanda Grange a, à mon goût, fait un assez bon travail de ce côté-là.
La seconde et dernière partie du texte, de la fin de l’année 1796 à 1798 est dédiée à l’amour naissant entre Brandon et Marianne. En bref, à une réécriture de Raison et sentiments, mais du point de vue exclusif du Colonel. S’immiscer dans les pensées de celui-ci, alors qu’il rencontre Marianne pour la première fois et suit ensuite ses déboires, de loin,  alors qu’il aimerait pouvoir lui venir en aide et lui faire oublier Willoughby ; est absolument passionnant pour ceux connaissant le texte d’origine, dans lequel le point de vue est tourné vers les deux sœurs.
Malgré tout et malgré le talent d’Amanda Grange, qui a su capter l’essence (oula, je m’emballe…) du personnage, j’ai encore et toujours du mal avec le changement de comportement de Marianne. Je comprends l’amour que lui porte le Colonel, un amour qui a grandi au fil des mois ; mais j’ai du mal à comprendre Marianne qui passe rapidement de Willoughby à Brandon, un peu comme une girouette. Je veux bien qu’elle se soit rendue compte de l’attachement sincère et de toutes les qualités de ce dernier d’un coup, cependant… je ne suis pas convaincue. Mais je ne l’étais déjà pas dans Raison et sentiments de Jane Austen, ce n’est donc en rien la « faute » d’Amanda Grange si cette conclusion de romance – même si elle m’arrache un sourire niais -, possède un petit truc qui fait que je n’y crois pas vraiment.

La forme du texte permet une lecture très fluide et très rapide. Les entrées du journal intime du Colonel Brandon sont plus ou moins longues selon les périodes (et donc selon ce que vit le personnage) mais, qu’elles s’étalent sur une demi-page ou cinq, c’est toujours un plaisir de les parcourir. Ce découpage permet de mettre en place un rythme soutenu et même une certaine dépendance (« allez, encore un ou deux jours dans la vie de ce cher James… »).
L’utilisation du point de vue interne et donc du « je » (je pense qu’il est difficile de faire autrement lorsqu’on présente un journal intime) offre également une grande empathie envers le narrateur. Si je l’aimais déjà beaucoup avant (avec Raison et sentiments), je l’apprécie encore plus maintenant. Je pense qu’Amanda Grange connait très bien l’œuvre d’origine et je suis heureuse qu’elle ait su respecter celle-ci, tout en apportant des éléments et des scènes inédites.

 

Ce n’est pas un coup de cœur mais j’ai passé un excellent moment de détente avec ce nouveau journal proposé par Amanda Grange et j’ai été ravie d’en apprendre davantage sur ce Colonel que j’apprécie encore davantage maintenant. Par contre, je pense que cette lecture ne possède un réel intérêt que pour ceux qui ont déjà lu Raison et sentiments de Jane Auten (le roman d’origine) ; je ne crois pas que les pensées du personnage soient aussi passionnantes pour les autres… si ?

challengeaustenien

 

Merci à Milady pour la jolie découverte…

13 pensées sur “Le Journal du Colonel Brandon de Amanda GRANGE

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