Magies secrètes de Hervé JUBERT

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Magies secrètes

de Hervé JUBERT
Le Pré aux Clercs (Collection Pandore),

2012, p. 329

Première Publication : 2012

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Le Blog de la Collection

Hervé Jubert est un écrivain français né le 5 mars 1970 à Reims.
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L’empereur de Sequana veut faire disparaître la magie de sa cité et persécute les êtres féeriques. Ils trouvent refuge dans l’hôtel de Beauregard, un détective de l’étrange qui travaille officiellement pour le pouvoir. Depuis quelque temps, des sorts sèment le chaos dans la cité. Une entité maléfique répand la terreur, personne n’est à l’abri. Armé de sa canne-épée, assisté de la jolie Jeanne aux étranges pouvoirs, Beauregard enquête dans les ruelles et les palais de la capitale, transformée en théâtre de cauchemars.

J’ai fait une constatation cette dernière année : le genre young adult est ce que j’ai le plus lu. Explosion du côté des éditeurs, challenge dédié… je ne sais pas quelle est la cause (sans doute un peu de tout) mais je suis bien repartie pour une nouvelle année de découvertes « jeunes adultes ». Ainsi, lorsque Babelio m’a proposé de découvrir un titre de la nouvelle collection – Pandore – créée par Xavier Mauméjean chez Le Pré aux Clercs, j’ai tout de suite accepté. De la fantasy young adult chez le Pré aux Clercs, ça m’inspirait grandement. Sans parler des couvertures, que je trouve magnifiques. Je sentais un gros potentiel dans ces sorties et j’avais envie d’en être.
J’ai choisi Magies secrètes de Hervé Jubert parce que cet auteur m’intrigue depuis quelques années maintenant mais je n’ai, jusque là, pas eu la possibilité de découvrir son univers et sa plume. L’occasion était trop belle. En compagnie de l’ingénieur-mage Beauregard, j’ai mis un pied dans les rues de Sequana et j’en ai pris plein les mirettes. Contextuellement parlant, c’est riche, ultra-référencé et carrément passionnant. Malheureusement, cachée derrière cet univers qui prend beaucoup de place, l’intrigue se noie et peine à sortir la tête de l’eau. Pour preuve, à peine quelques jours après ma lecture, j’ai du mal à me souvenir de l’enjeu de cette histoire et j’en garde peu de souvenirs. Dommage. Je pense qu’une relecture, maintenant que le contexte est posé et bien intégré, ne serait pas inutile !

Magies secrètes c’est quoi ? C’est un livre ultra-riche. Hervé Jubert a créé tout un monde et l’a centré sur la ville de Sequana, gouverné par un empereur et une impératrice : Obéron et Titania (niveau références, ça commence fort !). La ville est peuplée d’êtres humains « normaux » (ou quasi) et de Feys (plus vulgairement, des êtres féériques). Et là tout y passe : farfadets, vampires, succubes, goules, gnomes, spectres, centaures, sirènes, chimères, dieux, déesses… il y en a pour tous les goûts ! A Sequana, la mode est à la crinoline pour les femmes, au chapeau mécanique pour les hommes. Un serviteur automate un peu déglingué viendra vous accueillir si vous voulez visiter l’hôtel de Beauregard mais méfiez vous de l’écharpe de Jeanne, elle n’a peut-être pas encore bien compris comment la faire obéir…
Au fil des pages, on a l’impression que l’auteur a pensé à tout, a une explication et une anecdote pour tout (la preuve avec les nombreuses notes de bas de page… à chaque page pratiquement !). Sincèrement, découvrir un contexte aussi bien pensé et aussi riche, c’est tellement rare (enfin, en young adult en tout cas) que c’est jouissif. J’ai adoré les nombreuses références mythologiques, folkloriques, littéraires ou encore historiques et je suis sûre que j’en ai loupé des dizaines tant l’ensemble est consistant. Je retiens la présence d’Isis (la déesse égyptienne qui recolle les morceaux du corps de Osiris, son frère, démembré par Seth), personnage assez important, même si secondaire, qui vit dans l’hôtel de Beauregard et prend Jeanne sous son aile.
Bref, Magies secrètes ce n’est pas une intrigue posée dans un univers pseudo fantastique. Non, Magies secrètes c’est tout un contexte… et malheureusement, ce n’est presque que ça.

hervejubertLe livre possède en effet les défauts de ses qualités : qui dit univers ultra-riche dit difficultés d’immersion et de compréhension et intrigue vraiment très secondaire. Poser les pieds à Sequana n’est pas de tout repos, c’est même difficile à digérer. On est vite immergés dans ce monde à la limite du steampunk (les automates, les chapeaux mécaniques…) et on n’a pas de mal à fouler les rues, les bars et les théâtres féériques mais, parce qu’il y a un mais, on est tellement concentrés à cela et à la digestion de toutes les informations que Hervé Jubert nous livre, qu’on en oublie totalement l’intrigue qui prend la forme d’une enquête quasi policière. Pour tout avouer, cette enquête ne m’a pas passionnée des masses et j’ai eu du mal à comprendre qui était finalement le coupable et pourquoi. Je pense sincèrement que je devrais faire une relecture pour pouvoir savourer l’action et non plus fixer toute mon attention sur le « décor ». Un jour, quand j’aurai écoulé les 500 livres de ma Pile à Lire (si si, j’y crois…).

Côté personnages, vous vous doutez, vu le contexte, qu’ils sont nombreux. Malgré tout, les « vraies » figures principales ne sont que deux : Beauregard l’ingénieur-mage et Jeanne sa jeune apprentie. Tous les deux m’ont plu mais il manque encore quelque chose pour que je les aime passionnément. Trop de distance, encore trop peu d’informations personnelles les concernant… je n’ai pas réussi à m’attacher entièrement à eux. J’ai eu plaisir à les suivre et ils resteront des personnages marquants mais ils ne seront pas comme ces héros-meilleurs amis que je n’oublie jamais.
Beauregard, malgré son statut à Sequana et sa relative sagesse, n’a qu’une vingtaine d’années (si je ne dis pas de bêtise). Il est si « sérieux », si sûr de lui et si doué dans son domaine que j’ai eu du mal à me le représenter si jeune. Dans ma tête il a au moins la trentaine. Par contre attention, ne vous fiez pas à l’illustration de couverture, vu les descriptions de Hervé Jubert, elle n’est pas très fidèle au physique de notre professionnel de la féérie. Jeanne, quant à elle, est entourée de mystères. Elle n’a aucun souvenir de sa vie et ne sait pas qui elle est. Jeanne est le premier nom qui lui vient en tête quand Beauregard la sort du puits où elle était coincée. Apparemment, elle a 15 ans et apparemment, elle a quelque chose de spécial (l’ingénieur-mage le sent) mais on ne sait pas quoi. Par contre elle a un sale caractère et là ce n’est pas « apparemment », c’est sur. J’ai apprécié sa fraicheur et son franc-parler et j’espère en apprendre davantage sur elle dans un futur tome (il y aura bien une suite, n’est-ce pas ?).
Les personnages secondaires sont nombreux, je vous citais Isis tout à l’heure ; ils se comptent par dizaine : Titania, Obéron, Albert le sorcier-chercheur (on peut dire ça comme ça), Balagni (toujours partant pour défier Beauregard à l’épée), Arlequin et sa troupe et surtout… Condé le serviteur automate qui m’a beaucoup plu ! Je n’ai pas encore réussi à cerner correctement tout le monde mais les bases sont bien posées et on ne confond pas les figures entre elles. Titania, la femme de l’empereur, discrète mais puissante, m’intrigue énormément. Curieuse de voir ce que lui concocte l’auteur dans les épisodes suivants !

Enfin, et c’est aussi ce qui fait l’intérêt de ce titre, le style de Hervé Jubert est à l’image de son contexte : riche et travaillé. Pendant ma lecture, plusieurs références littéraires « contemporaines » me sont venues à l’esprit : Les Enchantements d’Ambremer pour la féérie et le steampunk et Les Lames du Cardinal pour l’aspect « enquête un peu tortueuse sur fond historique», tous les deux de Pierre Pevel mais j’ai également pensé aux Annales du Disque-Monde de Terry Pratchett pour l’humour et la richesse du contexte. Trois textes qui m’ont plu (ou me plaisent encore en ce qui concerne la série de Pratchett que je suis très loin d’avoir terminée !). Le mélange des trois est donc très positif mais encore une fois, n’aide pas à simplifier l’ensemble.
J’ai apprécié la forme (je retiens un certain sens de l’humour et de l’ironie) mais je ne sais pas si elle sera au goût de tous, surtout des plus jeunes.

Magies secrètes est un très bon titre qui demande une certaine concentration. De ce fait, je ne suis pas persuadée que les lecteurs ciblés – habitués à une young adult plus « simpliste » -, face à la complexité et la richesse du contexte, parviennent à entrer dans l’histoire offerte par Hervé Jubert. Un titre plutôt destiné aux amateurs d’univers ultra-construits (parfois au détriment de l’action) et qui mériterait une relecture de ma part, maintenant que je sais me repérer à Sequana.

« – On m’a parlé d’un noyé.
– Il a échoué dans les filets, confirma Chamisso. Ses poumons étaient remplis d’eau. Techniquement, nous avons affaire à un noyé. Mais quelqu’un lui a retiré la peau. Notre ami inaugure la catégorie des noyés écorchés. »

« La crinoline a fait couler beaucoup d’encre au temps d’Obéron III. […] La véritable polémique était ailleurs. En effet, la crinoline avait été inventée par une femme-serpent de Beltham soucieuse de cacher ses membres inférieurs et de pouvoir paraître en société. Les féériques, monstrueuses à mi-corps ou non, se précipitèrent sur cette armure en toile et fanons de baleine, au grand dam de ceux qui aimaient admirer les jambes de ces dames et, accessoirement, savoir à quoi ils avaient à faire. »

« Les lavandières de la nuit (IV). Ces sirènes se produisent les soirs d’équinoxe en aval du pont Royal. Partitions pour les accompagner sur demande à notre bureau. Bouchons d’oreilles de rigueur. »

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