Les Aventures d'Aliette Renoir, Tome 1 : La Secte d'Abaddon de Cécilia CORREIA

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Les Aventures d’Aliette Renoir,
Tome 1 : La Secte d’Abaddon

de Cécilia CORREIA
Rebelle,
2012, p. 303

Première Publication : 2012

Pour l’acheter : Aliette Renoir, Tome 1

Cécilia Correia est une infirmière de 32 ans, originaire de Toulouse, la cité des violettes. Artiste dans l’âme, elle se passionne depuis qu’elle est petite pour le dessin et l’aquarelle. Elle est également illustratrice 2D/3D en freelance, mais pour le moment uniquement pour le plaisir. Enfant, Cécilia Correia a toujours aimé se raconter des histoires, sauf qu’il n’y avait personne pour les écouter… Si bien qu’elle a décidé de mettre son talent à l’ouvrage afin de rédiger le premier opus de la trilogie de La Guilde de Nod.

En arrivant à Paname, les Allemands s’étaient rendu compte qu’une menace plus dangereuse qu’eux sévissait déjà. Alors, en accord avec leurs autorités, ils laissèrent ma famille, les Renoir, continuer leurs petites affaires. Je vais vous dire : cela aurait été plus simple si j’avais dû zigouiller des rongeurs et encore… j’en avais horreur. Bon, je ne vais pas vous mentir plus longtemps, je déteste toutes les bestioles, qu’importe l’espèce animale. Sauf que la plus terrible de toutes, celle que je traquais chaque nuit demeurait mon pire cauchemar. Mais voilà, l’honneur de la famille restait ma priorité. Si bien que même si j’avais le trouillomètre à zéro, je devais quand même braver mes peurs en affrontant mon ennemi juré : le vampire.

Ce premier tome de la nouvelle série de Cécilia Correia est sorti le 10 septembre. Je l’ai précommandé, vraiment très tentée d’une part par le résumé et d’autre part, par l’illustration de couverture que je trouve absolument magnifique (je sais, cet argument n’est pas vraiment recevable, mais comme c’est le premier élément visible d’un ouvrage, ça compte quand même !).
Ainsi, lorsque je l’ai reçu lundi dernier, j’étais très pressée de finir ma journée de formation pour pouvoir m’y plonger… et finalement, je dois avouer que je suis un peu déçue. J’ai certes passé un moment assez agréable (j’ai même ri plusieurs fois), mais j’ai trouvé quelques défauts qui m’ont chagrinée…

Commençons par les plus grandes (enfin la plus grande, puisqu’il n’y en a véritablement qu’une) déceptions pour terminer sur le plus positif.
Si ce livre m’a attirée, c’est essentiellement grâce à l’annonce du contexte : Paris au printemps 1942 (j’espère que je ne dis pas de bêtise avec la date). Vous n’êtes pas sans savoir qu’à cette époque, la Seconde Guerre Mondiale fait rage et que la capitale est sous l’occupation allemande (je pense qu’on est nombreux à se « souvenir » de la rafle du Vélodrome d’Hiver en juillet de cette année-là). Bref, pour faire court : l’environnement est intéressant, riche et carrément original s’il est lié aux histoires de vampires (enfin, il me semble). J’en attendais donc énormément et j’ai été très désappointée lorsque j’ai constaté qu’à part la mention du couvre-feu et des quelques allemands faisant leur ronde dans les rues, il n’y avait pas grand-chose sur le sujet… mais quel dommage !!! Je ne m’attendais pas à de longues descriptions de la vie des parisiens en 1942, mais au moins à une atmosphère inhérente à cette époque, et je ne l’ai pas trouvée. Je sais que le but d’un livre du genre n’est pas de faire un exposé sur des faits historiques (des essais sont écrits dans ce but et font très bien l’affaire) mais ce que j’aime dans cette masse de livres Imaginaire, ce qui me fait me dire « tiens, celui-là, il sort du lot » (et ce n’est pas évident, vu le flux de publications mensuelles…), c’est ce travail sur le contexte. J’espère que le deuxième tome sera un peu plus développé de ce côté-là (même si j’ai bien compris que le but de l’auteure n’était pas de nous pondre un guide touristique) car je me répète, mais ce serait vraiment dommage de ne pas profiter de l’originalité et de la richesse liées à cet environnement précis.

Dans ce Paname occupé, les vampires continuent leurs petites affaires et doivent échapper aux chasseurs… comme Aliette ! Alors cette demoiselle, qui endossera bientôt le chapeau des Catherinette (c’est-à-dire qu’elle approche dangereusement des 25 ans et n’est toujours pas mariée…), est un tout petit bout de femme qui a ce qu’il faut là où il faut, et surtout une grande « gueule ». J’aime assez les héroïnes qui ont de la répartie – tant que ça ne tombe pas dans le vulgaire – et je souris souvent aux scènes que cela peut entraîner ; mais j’aime aussi quand ces demoiselles savent se poser deux minutes sans l’ouvrir. Et c’est ce que je peux reprocher un peu à Aliette : elle est toujours dans la répartie bien sentie, toujours dans l’humour un peu poussé et c’est parfois trop. Alors oui, j’ai ri plusieurs fois (j’ai éclaté de rire quand elle donne son nom – gros lapsus – à Sytry) même si, il faut l’avouer, l’humour n’est pas toujours des plus fins, mais sur la fin, je commençais à faire une légère overdose. Un peu de répartie et d’humour c’est très bien, tout le temps c’est too much. J’ai tout de même pris plaisir à suivre les aventures de la jeune femme – qui a une peur bleue des vampires alors qu’elle est censée les chasser – et je sais que je prendrai également plaisir à la retrouver dans le tome suivant… mais Aliette ne sera pas une héroïne inoubliable ni même une héroïne-meilleure amie.
Concernant les deux vampires mâles qui lui tournent autour… Lawrence, qu’elle prend plaisir à surnommer « l’Amerloque » ou « Andouille » (ravissants comme mots doux, n’est-ce pas ?) m’a semblé trop effacé. C’est bien simple, à mon sens, il n’est utile qu’aux scènes de sexe et pour offrir un rival à l’autre vampire… un peu comme la potiche de service. Ses interventions ne sont pas marquantes et sa personnalité ne m’a absolument pas intriguée. Dommage. Quant à Sytry, l’autre prétendant, il a déjà plus de « chien ». Artiste rebelle et torturé au passé de Don Juan, il semble avoir plus de profondeur que le précédent et son attachement à Aliette (mais pas que… mais je ne vous en dis pas plus !) m’intrigue déjà bien davantage ! Je ne suis pas sûre d’être très surprise par ce qui se cache derrière ce beau spécimen, mais j’ai quand même envie d’en apprendre plus dans le tome suivant.
ceciliacorreiaLes personnages secondaires sont assez nombreux : la famille d’Aliette, les vampires de la capitale… et sont, dans l’ensemble, bien « croqués ». Le grand méchant – Abaddon – m’a paru très crédible et bien mis en scène, ses sbires également (même si certains sont vraiment plus que secondaires). Le père et le frère de l’héroïne sont comme je les imaginais, je n’ai pas été déçue. Seule un personnage féminin me semble un peu trop caricatural et aurait mérité un peu plus de profondeur : Roseline. En lisant les premières pages et en découvrant sa « relation » assez « privilégiée » avec Lawrence, je croyais qu’elle aurait, sinon un rôle important, au moins une place de choix et une personnalité travaillée. J’ai trouvé son comportement parfois assez incohérent mais peut-être me surprendra-t-elle par la suite ?

Cécilia Correia a fait le choix de mettre en scène tout ce beau monde dans une sorte « d’intrigue policière ». Quelqu’un tente (et y parvient plutôt bien !) de tuer des vampires de la capitale… mais qui et dans quel but ? Cet aspect du livre m’a plu. J’ai tourné les pages sans problème pour découvrir les réponses à mes questions et j’ai été assez surprise par certaines révélations, dans la dernière partie du texte. Ce n’est pas extraordinaire original, mais ça fonctionne bien. Il y a juste un élément ou deux qui m’ont paru assez évidents (la cachette de l’objet recherché, par exemple), mais ça n’entache pas le suspense et le plaisir de la découverte.
Outre l’intrigue, j’ai également apprécié la « mythologie vampirique » mise en place par l’auteure. Les vampires sont de vrais « méchants » puisqu’ils descendent tout droit de Satan. On apprend au fil des pages que certains sont plus « anciens » que d’autres et qu’il existe deux « ordres » différents. Il semble que Cécilia Correia souhaite s’attarder sur le thème de « l’âme » et je pense que ça peut être très intéressant. On ne sait pas encore beaucoup de choses sur l’ensemble (des loups-garous vivent aussi dans la capitale) mais les bases me paraissent solides et pleines de promesses… affaire à suivre !

Après tout ce blabla sur le fond, terminons par quelques mots sur la forme. Le style de Cécilia Correia est plutôt fluide et très rythmé. La lecture est donc aisée et agréable. Elle utilise les temps du passé pour son récit (alléluia !) et y introduit quelques passages « en direct » au présent (les pensées de l’héroïne). C’est une bonne idée qui rythme encore plus le texte, mais c’est parfois un peu maladroit (ça dépend le moment). L’ensemble est à la première personne du singulier ce qui permettra à beaucoup de lectrices de s’identifier davantage à l’héroïne et de vivre ses aventures pleinement. De mon côté, je n’ai pas eu de « fusion » avec Aliette, mais j’ai apprécié le fait de découvrir l’histoire de son point de vue.
Je finirai par une question que je me suis posée assez rapidement lors de ma lecture de ce premier tome. Nous sommes en 1942, en France. Aliette n’est pas issue de la haute société mais est tout de même une jeune fille pas trop « mal élevée » (même si elle précise en introduction, qu’elle est une « gosse de Paname »). J’ai donc été déstabilisée, parfois, par ses interventions orales un peu brutes de décoffrage (un peu too much). Je ne sais pas comment on s’exprimait à l’époque, mais il me semble qu’il y a un petit écart entre la forme et le fond, même si Cécilia Correia tente régulièrement d’utiliser des termes aujourd’hui un peu désuets. C’est un petit détail qui m’a traversé l’esprit, pas un « défaut » mais une véritable interrogation. Si vous avez un avis sur la question, n’hésitez pas à me le donner !

J’attendais ce premier tome impatiemment mais quelques éléments ont entaché mon enthousiasme : un contexte trop pauvre, une héroïne parfois un peu lourde, un vampire trop inutile… Malgré tout, j’ai ri plusieurs fois et ai pris plaisir à suivre cette « enquête » dans un Paris envahi par des vampires qui sont loin, je pense, de m’avoir tout révélé sur leur nature…

« A cette époque, la pénurie de vivres ne concernait pas que la population humaine. Le couvre-feu empêchait certains vampires isolés, la nuit venue, de se nourrir correctement, si bien qu’une guerre éclatait à chaque fois qu’ils trouvaient une proie. Et ils ne se contentaient pas de topinambours ou de rutabagas, ça va de soi. Le butin, ce soir-là, c’était bibi ! »

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