L'Age des miracles de Karen THOMPSON WALKER

lagedesmiracles
L’Age des miracles

de Karen THOMPSON WALKER
(Challenge YA/Jeunesse – 34/24)
Presses de la Cité,

2012, p. 332

Première Publication : 2012

Pour l’acheter : L’âge des miracles

Karen Thompson Walker a grandi à San Diego, en Californie, avant de traverser les Etats-Unis pour faire un master d’écriture à l’Université de Columbia. Elle est ensuite restée à New-York pour son métier d’éditrice, qui ne l’a pas empêchée de devenir auteur en parallèle. L’Age des miracles est son premier roman.

Et si nos journées commençaient à s’allonger, d’abord de quelques minutes, puis de plusieurs heures, jusqu’à ce que le jour devienne la nuit et la nuit le jour ?
Une journée d’octobre apparemment comme les autres, l’humanité découvre avec stupeur que la rotation de la Terre a ralenti. Les jours atteignent progressivement 26, 28 puis 30 heures. Tandis que certains voient dans ce changement inexpliqué un signe que la fin est proche et cèdent à la panique, d’autres, au contraire, s’accrochent coûte que coûte à leur routine, comme pour nier l’évidence.
Bientôt, la gravité est modifiée et certaines personnes sont touchées par un syndrome provoquant des malaises à répétition, les oiseaux sont désorientés et s’écrasent, les marées se dérèglent et les baleines s’échouent…
En Californie, Julia est le témoin de ce bouleversement, et de ses conséquences sur la communauté, sa famille, et elle-même. Adolescente à fleur de peau, elle entre dans l’âge ou son corps, son rapport aux autres et sa vision du monde changent : l’âge des miracles.
Entre roman d’anticipation et d’apprentissage, L’Age des miracles est un livre visionnaire sur la capacité d’adaptation de l’Homme, poussée ici à son paroxysme.

J’avais repéré ce titre lorsque j’ai fait les recherches pour les sorties, le mois dernier et j’ai été ravie de le trouver dans la liste proposée par Babelio lors de la dernière opération Masse Critique. J’étais curieuse de jeter un œil sur ce livre qui semble passer assez inaperçu sur la blogosphère française, alors qu’il pourrait très bien correspondre aux critères de lecture de beaucoup de blogueuses et blogueurs…
Alors, verdict ? En tournant la dernière page j’ai bien failli passer par la fenêtre tant le propos est lourd et déprimant mais Karen Thompson Walker nous offre-là un témoignage vraisemblable de ce que pourrait devenir l’humain en cas de « fin du monde »… Une lecture percutante même si le rythme reste très « contemplatif ».

Dans le courant du mois d’octobre de cette année-là (on ne sait pas laquelle, mais on peut présumer qu’il s’agit d’un avenir très proche), les scientifiques remarquent un ralentissement dans le déplacement de la planète. Conséquence directe du phénomène : la journée s’allonge de plus en plus (26 heures, 28, 30… 45 !…). En réponse, certains prônent le respect de la nature et décident de vivre avec le soleil, d’autres – les plus nombreux – choisissent de continuer sur le rythme des 24 heures. Un décalage de plus en plus grand se met en place, ils vivent le plus souvent la nuit et dorment le jour.
Au début, la nouveauté et le changement ont un côté divertissant mais au fil des semaines, les durées d’ensoleillement et de nuit prennent des proportions importantes : le soleil grille tout et oblige les gens à se terrer chez eux (pour éviter les risques de radiation) et les nuits sont quasi polaires. Les animaux, désorientés par le déplacement des pôles, s’éteignent : les oiseaux tombent du ciel et les baleines s’échouent. La flore est évidemment touchée elle aussi : les fruits et légumes se font de plus en plus rares ; il faut les cultiver sous des serres spéciales qui demandent trop d’énergie, les coupures de courant deviennent monnaie courante… Beaucoup font des réserves dans leur cave et leurs placards, certains paniquent, d’autres tentent de vivre « normalement » mais plus rien n’est pareil. Les gens changent, s’en prennent aux « hippies » qui ont choisi de suivre le rythme solaire, semblent réagir physiquement au ralentissement…

L’intérêt de ce livre pourrait se limiter à l’énumération des conséquences d’un ralentissement de la planète et à une présentation tragique du devenir des êtres peuplant la Terre… mais l’auteure choisit « d’humaniser » son histoire en mettant en scène une jeune héroïne – Julia – qui fêtera ses 12 ans pendant le phénomène.
Non seulement le lecteur découvre les conséquences de la fin du monde, mais il les voit surtout à travers le parcours de la petite Julia, en plein passage vers l’adolescence. La jeune fille connait les dérives de l’amitié, les premiers émois amoureux, le changement du corps, l’adultère des adultes, la maladie, la mort… Et à cause du changement ambiant, tout est démultiplié, toutes les sensations et tous les sentiments prennent un autre visage, plus tragique, plus grave… mais malgré tout, Julia continue, grandit, apprend sur les autres et surtout sur elle.

karenthompsonwalkerRoman d’apprentissage sur fond de fin du monde, l’histoire est belle et marquante. Mais je l’ai trouvée un peu longue parfois ; c’est très contemplatif. Tout au long de ma lecture, j’ai au l’impression d’une sorte d’accélération, de tension grandissante et je m’attendais donc, à un moment ou à un autre, à un évènement qui aurait l’effet d’une « explosion ». Et bien non. Le temps passe, le ralentissement continue, les conséquences négatives sont de plus en plus nombreuses mais l’humain s’adapte et vit sa vie. Pour prendre une image peut-être plus parlante, j’ai eu le sentiment que cette histoire pourrait être représentée par une ligne droite parfaitement régulière. J’aurais aimé des pics d’action ou au moins une belle ligne montante jusqu’à un feu d’artifices… Il se passe des choses, certes, mais j’attendais autre chose.

Il s’agit d’un roman catastrophe, on se doute bien que l’humeur ne va pas être à la rigolade, mais l’atmosphère est véritablement lourde et étouffante. L’héroïne est, qui plus est, une petite fille timide, réservée et peu épargnée par les épreuves de la vie. La suivre page à page s’avère un peu déprimant et ce n’est pas toujours facile ! Si vous avez déjà le moral à zéro ou si vous avez des appréhensions au sujet de la fin du monde, attention, livre dangereux pour la santé ! Et ne vous attendez pas à un happy end… Karen Thompson Walker décrit une histoire qui pourrait très bien être réelle (pourquoi pas le 21 décembre 2012 ?) et le fait bien, jusqu’au bout. Cette proximité avec notre réalité et notre hypothétique avenir est aussi intéressante que dérangeante et angoissante… Un témoignage à découvrir mais âmes sensibles, s’abstenir !

Côté style, j’ai aimé. Karen Thompson Walker fait le choix d’embarquer complètement le lecteur dans son récit en utilisant la première personne du singulier à la manière d’un journal intime. Julia revient sur ce qui lui est arrivé, elle offre un témoignage très personnel, sa vision des choses du haut de ses 12 ans. En l’écrivant, elle sait donc ce qui va suivre (puisqu’elle l’a vécu quelques années plus tôt) et nous en donne souvent un aperçu. J’aime bien cette narration qui ne suit pas forcément une chronologie linéaire mais qui reste malgré tout parfaitement compréhensible et abordable. J’ai parfois eu du mal à m’attacher à Julia (malgré l’aspect émouvant de son témoignage) mais, en revanche, je n’ai eu aucun mal à m’imaginer ce qu’elle vivait et à ressentir cette ambiance lourde, inquiétante et étouffante que l’auteure a voulu nous offrir.

Un titre qui offre un témoignage vraisemblable d’une hypothétique fin du monde à travers les yeux de Julia l’héroïne qui arrive à grands pas dans le monde de l’adolescence… L’aspect « contemplatif » du récit est appréciable mais il m’a quand même manqué un petit je ne sais quoi qui aurait fait décoller le texte. Attention au moral…

« Difficile de croire qu’à une certaine époque pas si lointaine on imprimait chaque année, dans ce pays, d’épais almanachs indiquant, entre autres, l’heure précise du lever et de coucher du soleil pour les trois cent soixante-cinq jours à venir. Je suis convaincue que nous avons perdu autre chose avec la disparition de cette cadence régulière, une croyance générale en la fiabilité de certaines réalités. »

« Je suis toujours ébahie par l’étendue de notre ignorance d’alors.
Nous avions des fusées, des satellites et les nanotechnologies. Des bras et des mains robotisés, des engins qui arpentaient la surface de Mars. Nos véhicules aériens non pilotés, contrôlés à distance, pouvaient repérer des voix humaines à trois kilomètres. Nous savions recréer de la peau synthétique, cloner des brebis. Le coeur d’un mort pouvait pomper le sang d’un étranger. Nous avancions à pas de géant dans les domaines de l’amour et de la tristesse – nous disposions de médicaments pour simuler le désir, pour dissiper le chagrin. Nous accomplissions toutes sortes de miracles : rendre la vue aux aveugles et l’ouïe aux sourds, faire apparaître des bébés dans les ventres de femmes infertiles. A l’époque du ralentissement, des chercheurs qui travaillaient sur des cellules souches étaient sur le point de guérir la paralysie – il y avait fort à parier que les paraplégiques auraient rapidement pu remarcher.
Et malgré tout, l’inconnu surpassait encore le connu. Nous n’avons jamais déterminé l’origine du ralentissement. La source de notre souffrance est restée, à tout jamais, mystérieuse. »

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