Sentiment 26, Tome 1 de Gemma MALLEY

sentiment26 couverture définitive
Sentiment 26,
Tome 1

de Gemma MALLEY
(Challenge YA/Jeunesse – 23/24)
Michel Lafon,

2012, p. 317

Première Publication : 2012

Pour l’acheter : Sentiment 26

Gemma Malley a étudié la philosophie en Angleterre, avant de devenir journaliste. Révélée par son premier roman, La Déclaration, elle est l’un des écrivains les plus prometteurs de sa génération.

2065. La guerre a plongé le monde dans le chaos. Le Guide suprême a pris le commandement de la dernière cité et l’a organisée en différentes castes : de A à D, des citoyens Admirables aux citoyens Déviants. Tous ont subi une lobotomie. C’est la garantie qu’ils respecteront Les Sentiments, le livre qui fait loi. Et surtout qu’ils ne s’aventureront pas hors de l’enceinte, chez les Damnés…
Evie, 16 ans, une B, travaille pour le gouvernement. Promise à Lucas, parfait A et futur haut dirigeant, elle est en fait amoureuse de son frère Raffy, infréquentable D. Quand le Système bannit Raffy sur les terres des Damnés, elle refuse de se soumettre. Trouvera-t-elle la force de s’opposer à la Cité ?

Gemma Malley et sa trilogie La Déclaration semblent être des noms sûrs dans le monde de l’Imaginaire Jeunesse. La sortie du nouveau roman de l’anglaise – Sentiment 26 – le 14 avril prochain aux éditions Michel Lafon est attendue impatiemment par beaucoup.
Surfant sur le veine dystopique de ces derniers mois, ce roman saura gagner le cœur des fans du genre et convaincra peut-être ceux qui n’ont pas encore eu l’occasion de lire une dystopie. De mon côté, si j’ai apprécié la lecture dans son ensemble, quelques éléments m’ont un peu dérangée. C’est sympa et agréable à lire mais pas non plus complètement innovant.

Commençons par ce qui m’a le moins convaincue pour terminer sur une note positive… les personnages. Evie (diminutif d’Evangeline) est l’héroïne. Elle vit chez ses parents, travaille chaque jour à l’étage de l’administration, participe au rassemblement une fois par semaine… C’est une B, une Bienfaisante. Et pourtant, Evie a des pensées impures qu’elle ne parvient pas à réprimer. Elle fait tout pour être une bonne personne, pour se conformer à la société, pour avoir de bonnes pensées et ne pas être un poids pour sa famille mais Evie a un secret… elle vit un amour interdit alors qu’elle est promise en mariage à un A détestable, Lucas. A pour Admirable, le jeune homme agit comme un robot, sans aucune émotions, sans vie. Raphaël (ou Raffy), son jeune frère, c’est tout le contraire… C comme Convenable, il est toujours sur la corde raide, le Système le surveille et redoute qu’il suive l’exemple de son père et devienne un D (Déviant) ou pire encore… un E.
Toute l’histoire (ou presque) tourne autour de ces trois personnages principaux. J’ai eu énormément de mal avec Raffy, j’ai trouvé toutes ses réactions complètement disproportionnées ; jamais je n’ai réussi à le comprendre. Evie m’a parfois plu, surtout dans la première moitié du texte en fait, lorsqu’elle se pose plein de questions sur le Système, sur sa place dans celui-ci, sur ce qu’elle est… et dans la seconde partie du texte, je n’ai pas compris ses réactions. Enfin si, je les ai comprises, mais je les ai trouvées exagérées, pas naturelles. Je suis sceptique. Lucas est définitivement celui qui sort du lot, à mon goût. C’est le personnage le plus intéressant, le plus creusé ; même si, finalement, il n’y a rien de très étonnant, c’est plutôt bien traité.
Les personnages secondaires sont assez nombreux : le Frère, les parents d’Evie, les nouveaux « amis » de celle-ci dans la dernière partie du texte… mais ils n’ont pas su me convaincre non plus. Trop manichéens peut-être, avec des réactions assez étranges (je pense au passage à tabac au milieu du texte… pourquoi ? Quelles sont les raisons ?). L’un d’eux sort pourtant du lot : le père d’Evie. Je pense qu’il cache des choses et n’est pas seulement celui qu’il semble être… à surveiller de près !

gemmamalleyJe suis un peu mitigée au niveau de l’intrigue. Encore une fois, j’ai beaucoup aimé la première partie, la mise en place des choses, la présentation de l’univers et des personnages… mais la seconde m’a déçue. Tout se passe trop vite, sans vraiment de logique en plus. Pour résumer sans trop spoiler, le livre peut se couper en deux parties : la prise de conscience et la fuite dans la première, des réponses aux questions et « l’attaque » dans la deuxième. C’est le côté « attaque » qui m’a gênée. Il arrive trop vite, c’est trop précipité, on y croit pas. En revanche, je reconnais que le texte ne connaît pas de temps morts ; la lecture est donc rythmée, agréable et sans moment d’ennui. Et j’avoue que j’ai été très surprise de découvrir le secret de l’héroïne dans le troisième ou quatrième chapitre alors que les précédents ne laissaient pas du tout présager celui-ci (ou alors je n’ai rien vu venir)… L’entrée en matière est donc surprenante et c’est vraiment dommage que la dernière partie du texte ne soit pas à la hauteur de la mise en place des choses.

Du côté de la forme, de la plume de Gemma Malley que je découvrais pour la première fois avec Sentiment 26, et bien j’ai apprécié mais n’ai rien découvert de particulièrement génial. Comme tous les livres du genre, c’est fluide, agréable à parcourir et fait passer un bon moment de détente ; mais ça s’arrête là.
Je dirais même que j’ai ressenti un petit manque de descriptions parfois même si l’auteure en dit assez pour que le lecteur puisse s’imaginer l’essentiel. J’ai parfois relevé quelques petits choses bizarres au niveau des dialogues : des répliques vraiment pas naturelles, un peu « gamines » (surtout entre Raffy et Evie)… mais bon, il s’agit d’épreuves non corrigées alors peut-être que certains passages seront retravaillés pour la sortie définitive en avril.
Je suis un peu surprise que Gemma Malley ait choisi la troisième personne du singulier pour son récit. En effet, habituellement, on voit plutôt le « je » pour les livres du genre, ce qui permet une plus grande empathie avec l’héroïne et une immersion plus grande dans le monde présenté. Peut-être aurais-je mieux compris les réactions d’Evie si j’avais pu « entrer dans sa tête » ?
Dans tous les cas, je me répète mais la lecture n’a pas été désagréable. Les chapitres sont plutôt courts donc permettent une lecture rythmée.

Finalement, ce qui m’a le plus emballée dans cette lecture, c’est l’univers proposé par Gemma Malley. Ce système avec ces étiquettes basé sur une opération, celle de l’amygdale, qui, une fois retirée est censée rendre les gens « bons ». La société est organisée autour du Guide suprême qui est à l’origine du Système, du Frère qui prêche la bonne parole lors du rassemblement hebdomadaire et d’ouvrages de propagande (Les Sentiments par exemple) qui offrent un exemple de conduite exemplaire. Dans ce Londres futuriste, la population est formatée, chacun surveille son voisin. L’illusion du bonheur est presque parfaite mais quelques éléments rebelles se posent des questions et font évidemment tout basculer…
Le côté « une société vivant dans l’illusion du bonheur, mais en fait complètement emprisonnée et bridée par les dirigeants qui lui font croire tout et n’importe quoi » est intéressant, bien que déjà vu/lu. Que Gemma Malley appuie son histoire sur une opération de l’amygdale (du cerveau) qui reflète les avancées de la science en ce début de XXIe siècle, donne un côté « anticipation » qui n’est pas désagréable et propose de réfléchir sur un hypothétique futur pour la planète… C’est bien trouvé, intéressant… mais pas non plus très innovant.

J’ai peut-être semblé dure dans cet avis et pourtant, j’ai apprécié ma lecture. J’ai dévoré le livre en deux ou trois jours, n’ai eu aucun mal à accrocher et ai passé un bon moment de détente. Mais, à mon goût, il manque des éléments (les évènements de la deuxième partie moins précipités, plus détaillés…) et des choses seraient à modifier (les personnages par exemple) pour que Sentiment 26 puisse passer de « lecture sympa » à « lecture innovante et géniale ». Je pense également que si vous n’avez jamais lu de dystopies jusqu’ici, vous n’aurez pas la même approche que les lecteurs déjà habitués à Divergent, Hunger Games et Compagnie… qui eux, attendent quelque chose de très originale car ont déjà eu matière à réfléchir avec les autres ouvrages.

Merci à Camille des éditions Michel Lafon pour cette découverte.

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