Persuasion de Jane AUSTEN

persuasion austen
Persuasion

de Jane AUSTEN
(Challenge ABC 2011 – 5/26,
Lecture Commune)

10/18,
2010, p.317

Première Publication : 1818

Pour l’acheter : Persuasion

Jane Austen, née le 16 Décembre 1775 et morte le 18 Juillet 1817, est une femme de lettres anglaise. Son réalisme, sa critique sociale mordante et sa maîtrise du discours indirect libre, son humour décalé et son ironie ont fait d’elle l’un des écrivains anglais les plus largement lus et appréciés.

L’adaptation de 2007
Emma Lady Susan Northanger Abbey Orgueil et préjugés Raison et sentiments

♣ ♣ ♣

Sous le vernis d’un genre, chacune des phrases de Jane Austen attaque les conventions, traque les ridicules, et finit avec une grâce exquise par pulvériser la morale bourgeoise, sans avoir l’air d’y toucher. Les héroïnes de Jane Austen lui ressemblent, elles aiment les potins mais détestent bavardages, grossièreté et vulgarité. La pudeur, le tact, la discrétion, l’humour sont les seules convenances qu’elles reconnaissent… Et si Jane Austen mène les jeunes filles au mariage, c’est fortes d’une telle indépendance qu’il faut souhaiter au mari d’être à la hauteur ! A lire yeux baissés et genoux serrés pour goûter en secret le délicieux plaisir de la transgression des interdits.

Je n’ai découvert Jane Austen que très récemment (depuis deux ans maximum, il me semble) ; mais, ces derniers mois, je suis tombée sous le charme de cette Dame, aussi bien de sa plume que de ses personnages et de ses histoires. Après Orgueil et préjugés, j’ai enchaîné sur Raison et sentiments, Emma et Lady Susan, et je me suis offert quelques adaptations (dont le coffret Fnac sorti dernièrement) et je ne me lasse pas de les regarder !
C’est avec un immense plaisir que j’ai trouvé Persuasion dans le colis que m’a envoyé Fée Bourbonnaise lors du Swap spécial Jane Austen il y a quelques mois. Et c’est également avec une grande joie que je me suis inscrite à la lecture commue sur Livraddict, organisée par Evy. Avec une journée de retard, voilà mon avis sur ce titre publié à titre posthume.
Même si ce n’est pas un coup de coeur et même si j’ai moins vibré avec cette histoire qu’avec Orgueil et préjugés, ce fut tout de même une excellente lecture que je vais m’empresser de compléter avec le revisionnage de l’adaptation de 2007 (et si possible le visionnage de ou des version(s) plus ancienne(s)). Préparez-vous donc à lire un futur billet du côté des « adaptations » !

Anne Elliot est la seconde des filles de Sir Walter Elliot, un baronnet vantard et veuf depuis presque quinze ans. A 27 ans, discrète, elle doit supporter Elisabeth – sa soeur aînée qui prend le même chemin que son père – et les caprices de Mary – sa soeur cadette, mariée à Charles Musgrove, l’héritier de Uppercross-Hall.
C’est d’ailleurs pour tenir compagnie à celle-ci que la douce Anne accepte de la rejoindre alors que leur père et leur soeur aînée partent à la recherche d’une habitation plus modeste à Bath, afin de résoudre leurs problèmes d’argent en louant leur belle demeure de Kellynch au couple Croft. Anne profite également de l’hypocondrie de sa jeune soeur pour s’éloigner des nouveaux locataires qui lui rappellent douloureusement un être cher.
En effet, Mrs Croft est la soeur aînée de Frederick Wentworth, jeune homme auquel Anne a été fiancée alors qu’elle avait 19 ans, mais qu’elle a repoussé, suivant les conseils avisés de sa marraine, Lady Russel. Huit ans après, Anne, en passe de devenir une « vieille fille », n’a pas oublié cet amour passé et tente tant bien que mal d’éviter Frederick, devenu Capitaine après avoir fait fortune dans la marine. Celui-ci, blessé par le refus d’Anne qu’il juge trop influençable, joue l’indifférence et le mépris, semblant sous le charme de Louisa Musgrove, une jeune soeur de Charles.
Anne observe et subit silencieusement le « flirt » de celui qu’elle aime encore, les « complots » et commérages de son entourage et la « bêtise » des membres de sa famille…

Que c’est bon de replonger dans un roman du début du XIXème siècle (il a été publié à titre posthume en 1818, pour la première fois), qui plus est, un roman écrit par Jane Austen ! L’anglaise parvient à mettre en place, sous nos yeux de lecteurs du XXIème siècle, l’ambiance de l’Angleterre de l’époque avec ses codes, ses convenances,…
On est téléporté dans les belles maisons bourgeoises, dans la campagne anglaise verdoyante, dans les villes côtières comme Bath et Lyme, ou encore dans les « réunions » et soirées de la haute société… Les robes empire sont de sortie, les messieurs occupent leur temps libre à la chasse et les demoiselles de bonne famille doivent se tenir convenablement. C’est l’époque des sourires artificiels et des non-dits…
Ce roman de Jane Austen ne fait pas exception à la règle et on y retrouve les thèmes de prédilection de l’auteure – notamment le mariage des femmes – qui lui permettent de critiquer cette société qu’elle connaît si bien…

persuasion wentworth anneCe qui m’a le plus surprise dans ce roman de Jane Austen, c’est la personnalité de l’héroïne et « l’ambiance » qui l’entoure. En effet, Anne, contrairement à Elizabeth, Emma ou encore Marianne (respectivement les héroïnes d’Orgueil et préjugés, Emma et Raison et sentiments), est plutôt effacée et réservée ; on pourrait la rapprocher d’Elinor (soeur aînée de Marianne dans Raison et sentiments) pour son côté « posé ». Et comme Elinor, on a comme une impression de « mélancolie », de « tristesse » ambiante… On s’attache donc à Anne, on comprend ses souffrances, sa peine… Je me suis beaucoup reconnue dans sa façon d’être, son tempérament et je pense qu’à sa place, moi aussi j’aurais essayé d’éviter le Capitaine Wentworth, et moi aussi j’aurais tout enduré « en silence ».
Comme toutes les histoires signées Jane Austen, l’héroïne est entourée d’une palette de personnages tous plus ou moins développés, tous ayant leur place dans l’histoire et un rôle à jouer dans celle-ci… On retrouve évidemment les membres de la famille proche d’Anne, à commencer par son père, un homme vaniteux et qui n’accorde aucun regard à sa seconde fille. Du côté de ses soeurs, l’héroïne n’est pas mieux lotie puisqu’elle doit jongler entre une aînée étouffée par la fierté et une cadette hypocondriaque…
Au début du roman, Anne semble n’avoir qu’une seule véritable amie, à la « hauteur » de son esprit, Lady Russel, sa marraine. Par la suite, elle se lie d’amitié et goûte la compagnie de la majorité des personnes de son entourage, qu’il s’agisse des locataires de Kellynch, de la famille de son beau-frère (les Musgrove) ou encore des amis marins du Capitaine Wentworth. Au final, les personnages les plus insupportables et les plus éloignés d’Anne car n’appréciant pas sa compagnie pourtant recherchée par les autres, sont ses plus proches parents ! On comprend d’autant mieux la tristesse de sa situation !

Malgré une ironie moins présente dans ce roman, Jane Austen n’oublie pas de se moquer doucement des traditions de son époque, en commençant par dépeindre des personnages à la limite du ridicule : le père gonflé d’orgueil grâce à son titre de baronnet ; et la soeur hypocondriaque, commère, sans la moindre trace de bon sens, ne faisant même pas une mère acceptable puisqu’elle délègue bien volontiers à Anne, ses obligations maternelles au profit d’une quelconque soirée chez les voisins… Mary est sans doute le personnage le plus explicitement ridicule de cette histoire, et également le plus agaçant !
Outre cette ironie un peu plus effacée, j’ai trouvé l’ensemble un peu moins « fluide » que les autres textes de l’auteure (peut-être n’a-t-elle pas eu le temps de le retravailler avant sa mort ?). malgré tout, je n’ai pas éprouvé de grosses difficultés pendant cette lecture, même lors des premières pages qui mettent en place la « généalogie » d’Anne.
J’ai apprécié de suivre l’histoire du point de vue de l’héroïne (à la troisième personne du singulier), ce qui la rend d’autant plus touchante. J’ai beaucoup aimé les passages qui décrivent ses sentiments, lorsqu’elle revoit le Capitaine pour la première fois, lorsqu’elle lit la fameuse lettre de celui-ci…
Les héroïnes de Jane Austen ne tombent jamais dans les déclarations passionnées, « vulgaires » et c’est ce qui fait la force de l’anglaise. En effet, tout en restant mesurée dans ses propos, le lecteur parvient tout de même à ressentir la force des scènes, des émotions, des sentiments,…
Cependant, et sans trop savoir vraiment pourquoi (l’étincelle a manqué pour en faire un coup de coeur), j’ai moins accroché au récit et à l’histoire d’Anne et Wentworth… Mais j’ai tout de même dévoré ce livre !

Persuasion est à mon goût, beaucoup plus mélancolique que les autres textes de Jane Austen que j’ai pu lire jusque là. Ainsi, il est peut-être moins facile d’accès qu’un autre, Orgueil et préjugés par exemple, et mérite sans doute plus de recul. C’est pourquoi je pense le relire d’ici quelques temps, connaissant déjà l’histoire, je pourrai peut-être découvrir une autre « profondeur » de lecture. D’ici là, je vais revoir l’adaptation de 2007 pour pouvoir vous en parler !

Les avis des autres participants : Amandine, Elea, Elphaba, Evy, Frankie, Iluze, Jelydragon, Morgouille, Nienor.

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