Croc-Blanc de Jack LONDON

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Croc-Blanc

de Jack LONDON
Editions JC Lattès,

1988, p. 315

Première Publication : 1906

Pour l’acheter : Croc-Blanc

Jack London, de son vrai nom John Griffith Chaney, né le 12 janvier 1876 à San Francisco et mort d’un empoisonnement du sang le 22 novembre 1916 à Glen Ellen, Californie, était un écrivain américain avec comme thèmes de prédilection : l’aventure et la nature sauvage (le « Wild » Américain). Il a écrit L’Appel de la forêt et plus de cinquante autres nouvelles et romans connus.

Deux hommes tentent de rejoindre la ville la plus proche pour y déposer le cercueil contenant le corps d’un de leurs amis. Mais, dans le Grand Nord, les journées sont courtes et les six chiens de traineau ont beau s’activer, impossible de semer cette bande de loups affamés qui les suit sans relâche depuis plusieurs jours. Chaque nuit, un des chiens disparait, dévoré par les carnivores, ça ne fait plus aucun doute. Les deux hommes découvrent qu’une femelle louve sert d’appât et, très intelligente, attire les chiens de traineau un à un vers une mort certaine. Après des jours et des nuits à résister, le dernier homme survivant voit sa dernière heure arriver…
C’est avec cette aventure que l’on fait la rencontre de la future mère de Croc-Blanc et de sa meute, femelle mi-chien mi-loup, extrêmement rusée et résistante. Dès les premières semaines après sa naissance, Croc-Blanc doit faire face à la cruauté de la vie qui lui ravit tous ses frères et sœurs, trop faibles pour survivre dans le Grand Nord. Le louveteau découvre, explore, grandit… jusqu’à ce que sa mère et lui soient « recueillis » par une tribu indienne. C’est le début de la servitude pour Croc-Blanc et les premiers pas vers une existence dénuée de tendresse…

Il y a quelques mois, en examinant la PAL de Karline, je me suis rendue compte qu’on avait ce petit titre en commun. Il n’ a pas fallu très longtemps pour que nous nous mettions d’accord pour une Lecture Commune. Et comme la lecture c’est avant tout un partage, l’idée a été relancée sur Livraddict pour en faire une LC plus conséquente ; plus on est de fous plus on rit, c’est bien connu !
Depuis le temps que j’entends parler de Croc-Blanc, je me rends compte que finalement, à part une très vague idée de l’histoire (grâce à des passages d’une des adaptations que j’ai du voir gamine), je ne savais pas grand-chose de ce texte de Jack London avant de le lire… Dorénavant, je peux dire que je connais l’histoire de Croc-Blanc, et, pour être claire avant d’aller plus loin, je peux aussi dire que j’ai adoré !

jacklondonJ’ai toujours entendu dire que Croc-Blanc était un roman pour les plus jeunes et là, première surprise : mais euh… les premières pages sont assez flippantes non ? Enfin moi, à dix ans, on m’aurait fait lire ce passage où le dernier homme tente tant bien que mal de se protéger grâce à un feu mais voit les yeux des loups se rapprocher de minutes en minutes… Assez marquant comme scène !
De même pour l’histoire dans son ensemble. En effet, pensant qu’il s’agissait d’un texte pour « enfants », je m’attendais presque à voir apparaître des Bisounours ou au moins quelque chose de très « Disneyien »… mais pas du tout ! En fait, c’est très triste et certains passages sont très forts ! J’ai failli pleurer plusieurs fois face à la méchanceté des hommes et au destin de Croc-Blanc ! Je sais que je suis du genre sensible (parfois encore plus lorsqu’il s’agit d’animaux… jamais vous ne me verrez à la SPA… ou alors je ramène toutes les bêtes avec moi !), mais même pour des personnes plus « résistantes », je pense que certaines scènes restent très dures… alors pour des enfants ! Quel traumatisme ! Attention, je ne fis pas qu’on ne doit pas faire connaître cette histoire aux plus jeunes, au contraire, mais qu’on devrait éviter de la leur faire lire seuls.
J’ai trouvé l’adaptation de 1991, apparemment signée Disney, et je suis très curieuse de découvrir ce que le célèbre studio de Walt aura concocté pour « minimiser » la violence de certains passages… Je vous en parlerai bientôt !

Un autre point intéressant de ce titre, à mon goût réside dans le contexte de l’histoire : le Grand Nord au moment de la ruée vers l’or. Pendant ma lecture, je n’ai eu aucun mal à m’imaginer les forêts et les grandes plaines enneigées, les grands espaces silencieux et sauvages, mais aussi les campements indiens et les villes dites plus « civilisées ». En revanche, j’ai peu trouvé de scènes se rapportant à la ruée vers l’or (je croyais me souvenir que c’était un point « important » dans l’adaptation que j’ai vue), et c’est dommage ; mais le loup étant le héros, la cupidité des hommes n’entre pas tellement dans son champ de vision.
En parlant de contexte, et pour entrer un peu plus dans les détails, Jack London avance l’idée que l’environnement construit les êtres qui y évoluent. Croc-Blanc qui ne connaît, dès son plus jeune âge, que la dureté du Grand Nord, la violence des coups et la cruauté des hommes, devient un loup sauvage et féroce. L’auteur lance plusieurs fois l’hypothèse que si le louveteau avait connu amour et tendresse dès la naissance, il aurait été tout autre…
London étend cette idée à l’espèce humaine lorsqu’il nous raconte l’histoire d’un prisonnier évadé (qui a son importance à la fin du texte) qui, ne trouvant que mépris et cruauté au cours de sa vie, ne pouvait agir différemment… En gros, et si on va encore un peu plus loin, la société fait ce que nous sommes… J’aime particulièrement cette théorie et Jack London l’amène très bien et très clairement en la faisant passer par l’histoire de Croc-Blanc.

afficheCrocBlanc19911Vous l’aurez compris, impossible de rester indifférent à cette histoire et aux épreuves que doit subir Croc-Blanc. Et si l’on se sent si touchés par ce destin « animalier », c’est avant tout grâce à la plume de Jack London, que je ne connaissais absolument pas jusque là, mais qui mérite que je continue de l’explorer !
Chose très étonnante, Jack London parvient à nous immerger dans la vie d’un loup. Il a sans doute du faire des recherches ou observer ces animaux de près car, il maîtrise le sujet et nous le prouve en nous mettant face aux réactions et « sentiments » d’un louveteau, de sa naissance et la découverte de la lumière et de tout ce qui l’entoure, à sa rencontre avec son « sauveur » en passant par son apprentissage des combats et le développement de sa haine envers toutes les autres créatures vivantes. J’ai particulièrement apprécié la description des humains du point de vue de Croc-Blanc, des « dieux » auxquels il doit soumission et obéissance.
Lire un roman écrit du point de vue d’un animal sauvage est une chose peu banale (en tout cas c’est bien la première fois pour moi !)… La rédaction aurait pu être un exercice périlleux, mais Jack London, utilisant la troisième personne du singulier (et non la première), place le lecteur à la distance parfaite : il n’incarne pas Croc-Blanc (le « je » n’aurait d’ailleurs pas été pertinent, à mon avis), mais se sent tout de même extrêmement proche de l’animal qui fait figure de héros. Chapeau !
Autre point qui illustre le talent de l’auteur : la forme de son texte. Le héros étant un animal, point ou peu de dialogues. Ceux-ci sont très rares (seulement rapportés lorsque le loup est en présence d’humains discutant) et laissent la part belle aux descriptions. Mais, je sens venir les plus récalcitrants, rassurez-vous, les descriptions sont effectivement en grand nombre, mais elles sont si bien menées, si réalistes, si prenantes, qu’elles sont passées comme une lettre à la poste !

Etre dans la « tête » d’un loup restera pour moi une superbe expérience, très forte ! Et je ne peux que vous la conseiller !

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