La Louve et la Croix de S. A. SWANN

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La Louve et la Croix

de S. A. SWANN
Bragelonne,
2010, p. 382

Première Publication : 2009

Pour l’acheter : La Louve et la croix (Kindle)

S. A. Swann a grandi et vit toujours dans l’Ohio (Etats-Unis), en compagnie de trois chats, deux chiens, un couple de chèvres, un cheval… et une épouse surmenée !

♣ ♣ ♣

An de grâce 1221.
Au coeur des sombres forêts des Carpates, frère Semyon von Kassel, chevalier de l’ordre de l’Hôpital Sainte-Marie-des-Allemands de Jérusalem, court comme s’il avait le diable aux trousses. Une bête monstrueuse, mi-homme mi-loup, a décimé ses compagnons.
Grâce à lui, l’Eglise va en faire une arme à son service : les Chevaliers Teutoniques recueillent et dressent clandestinement ces terrifiantes créatures pour terroriser les païens.
Or l’un de ces loups-garous, une fille nommée Lilly, réussit à s’échapper et trouve refuge auprès d’un jeune paysan qui fera tout pour la protéger des Templiers… mais aussi d’elle-même. Car la sauvagerie du meurtre est la seule vie de Lilly ait jamais connue et si le jeune homme ne parvient pas à percer les ténèbres de son âme, il sera sa prochaine victime…

Avant de découvrir le coup de cœur de Jess pour ce livre sur son blog, je n’avais jamais entendu parler de ce titre, ni de l’auteur d’ailleurs. Lorsque Livraddict, en partenariat avec Bragelonne a proposé à dix chanceux de recevoir l’ouvrage, j’ai tout d’abord hésité à le demander, voulant surtout privilégier les livres que j’attends impatiemment ou les auteurs que je suis habituellement… mais l’avis très positif de Jess a fait pencher la balance du bon côté et je me suis lancée. Le livre était à peine arrivé dans ma boîte aux lettres que je l’entamais, très curieuse.
Deux jours plus tard, arrivée à la dernière page, je ne peux pas dire que je suis allée jusqu’au coup de cœur, mais je m’en approche ! Je ne sais pas exactement ce qui m’a manqué, le petit truc en plus qui aurait fait que… En tout cas, je remercie les éditions Bragelonne et la team Livraddict pour cette jolie découverte ; merci !

Alors qu’il surveille une étrange prisonnière païenne, le soldat Manfried ne peut s’empêcher – compatissant – d’ouvrir la porte de la geôle pour offrir un peu d’eau à la toute jeune fille fragile qui y « vit », attachée au pied par un anneau d’argent. La créature profite de l’humanité de son gardien pour s’enfuir, tuant tous ceux qui tentent de l’en empêcher…
Alors qu’il braconnait à quelques kilomètres de chez lui, le jeune Udolf trouve une jeune fille nue, blessée et terrorisée au pied d’un chêne lacéré, près d’un petit plan d’eau. A force de patience et de douceur, il parvient à la ramener dans la petite ferme où il vit avec sa petite sœur et ses parents adoptifs. Tout d’abord muette, la belle rousse aux yeux verts ne tarde pas, une nuit de cauchemars, à révéler son prénom – Lilly – à la petite Hilde qui était éveillée. Plusieurs évènements étranges se produisent autour de la ferme et les soldats ne tardent pas à venir fouiller la région, à la recherche d’une sorcière rousse. Udolf s’interroge, mais lorsqu’il regarde Lilly, c’est une jeune femme fragile et brisée qu’il voit. Et pourtant, c’est une bête dangereuse et indomptable qui sommeille dans ce petit corps

L’histoire « principale » se déroule durant l’année 1239, dans les Carpates, dans le petit village de Johannisburg (anciennement le village prusan appelé Mejdân) et ses alentours. Je trouve qu’on retrouve bien l’atmosphère particulière des petits coins de campagne du Moyen Age, où les superstitions sont nombreuses et bien ancrées dans les mentalités. N’oublions pas que la région des Carpates c’est celle de Dracula ! Enfin, pour moi, les Carpates, la Roumanie et tous ces pays de l’Est possèdent une aura de mystère, un truc très reconnaissable. Je n’ai eu aucun mal à m’imaginer les forêts et paysages et le contexte général. Les images du Dracula de Coppola me revenaient en tête, celles où Jonathan (Keanu Reeves) arrivent en « fiacre », entouré de brouillard, dans une forêt pleine de loups ; tout à fait l’ambiance du livre de S.A Swann !
J’ai aussi beaucoup aimé ces flash-back réguliers, datant de 1221 et de 1229 pour la plupart et mettant en scène la découverte de la première créature mi-homme mi-loup et tout ce qui en découle, ainsi que les premières années de Lilly… et aussi celles d’Udolf. S. A. Swann tisse la toile au fil des pages, nous donnant des éléments du passé de chaque personnages, petit à petit… et finalement, on se rend compte que… tout est lié ! J’ai beaucoup aimé cette narration qui donne des informations au compte-gouttes, ni trop ni trop peu, juste ce qu’il faut pour qu’on ait envie de continuer à avancer dans notre lecture sans être envahi d’un tas d’informations d’un seul coup. C’est très malin, et c’est un des points forts du texte, à mon goût, en plus du contexte particulier dans lequel est ancré cette histoire.

Wolfbreed la louve et la croixEn effet, il ne s’agit pas uniquement d’une histoire « d’amour » ou une simple histoire de « loup-garou » ; c’est plus « sombre » et plus « grand » que ça. L’auteur développe aussi une intrigue qui touche à la politique et à la religion, à un sujet qui m’a toujours beaucoup touché : l’extermination des anciennes traditions/religions par l’Eglise qui fait ce qu’elle veut quand elle veut. Pour parvenir à ses fins, elle n’hésite pas à massacrer des populations entières, pour le « bien » commun, soit disant, mais surtout pour s’enrichir et se « développer ». Il faut christianiser les païens coûte que coûte ! Sur ce sujet, j’ai déjà lu des textes plus « émouvants », mais celui-ci est tout de même assez « révoltant ».

En ce qui concerne les personnages, j’avoue être un poil déçue par l’héroïne, la jeune Lilly qui m’a parfois exaspérée au plus haut point. Cependant, sa détresse constante et son combat contre la bête qui sommeille en elle (à la limite de la schizophrénie parfois…) sont touchants et particulièrement bien retranscrits. Malgré tout, mon coup de cœur va à Udolf (rebaptisé Ulfie par la rousse), un jeune homme très courageux et profondément bon. Il tend la main à Lilly et la recueille, comme l’avaient fait quelques années plus tôt, ses parents adoptifs, alors qu’il venait d’assister au massacre des siens, ayant perdu un bras dans la bataille.
En parlant de famille adoptive, bien que ces trois membres soient des personnages « secondaires », j’ai apprécié leur compagnie. Burthe et Gedim sont des parents aimants et attentionnés et la petite Hilde (de six ou sept ans) est une fillette vive et attachante. Du côté des soldats de l’ordre, des prêtres et des représentants du Pape… on ne peut pas dire qu’ils soient gâtés par les qualités. Seul le frère Erhard a parfois trouvé grâce à mes yeux, bien que ses choix soient finalement aussi détestables que ceux de ses pairs…

Je me suis surprise à parcourir les pages à une vitesse alarmante et lorsque j’ai atteint la moitié de l’ouvrage, en à peine quelques heures de lecture, je n’avais pas vu le temps passer ! Je pense qu’on peut donc féliciter l’auteur (ou la traductrice) pour sa plume, très agréable et très fluide. J’ai juste eu un tout petit peu de mal, au début, à m’y retrouver, entre les personnages « actuels » (ceux de l’intrigue « principale ») et ceux apparaissant dans les flash-back (notamment les chevaliers et prêtres qui entourent Lilly). La plupart des hommes de cette histoire ont des noms à rallonge et composés, alors il m’a parfois fallu réfléchir un moment avant de comprendre que celui qu’on appelait par son nom de famille était le même que celui qu’on avait croisé quelques pages avant, présenté par son prénom… Les différents personnages étant ensuite bien ancrés dans mon esprit, tout est allé parfaitement !
Au niveau de la forme du texte, j’ai particulièrement apprécié le clin d’œil à la division de la journée au Moyen Age : chaque partie, comprenant cinq chapitres et étant séparée par un « Interlude », porte le nom d’un moment d’une journée type pour les hommes au XIIIe siècle (Laudes, Prime, Tierce, Sixte, Nones, Vêpres et Complies). Et oui, la vie était très rythmée à l’époque, on vivait avec le soleil et avec ces heures « canoniales », Laudes correspondant au lever du soleil et Complies au coucher ; une jolie symbolique pour cette intrigue. J’en profite donc pour féliciter l’auteur pour son travail de recherches qui reste visible mais ne noie pas non plus sous tout un tas d’informations « historiques » !

Pas seulement une histoire « d’amour » et de « loup-garou » mais aussi une intrigue politique et religieuse. Une atmosphère propre à la région des Carpates pleine de superstitions, d’anciennes traditions ; je m’y serais cru ! Des personnages sincères, attachants, notamment Udolf qui m’a conquise ! L’auteur a fait des recherches, ça se sent mais ce n’est pas non plus « étouffant ». La forme particulière du texte : le découpage par parties (cinq chapitres) renommées par une des « heures canoniales » et séparées à chaque fois par un interlude. Un style très fluide et très agréable, ça se lit très vite et très bien ; on ne voit pas les pages passer ! Un très joli choix de visuel pour ce titre, bravo Bragelonne ! Une héroïne qui n’a pas réussi à me toucher complètement (mais tout de même émouvante), et c’est peut-être pour cette raison que je n’ai pas eu le coup de cœur. Quelques difficultés à recadrer qui est qui, au début, avec l’insertion des premiers flash-back dans le texte ; il faut s’y habituer.

2 pensées sur “La Louve et la Croix de S. A. SWANN

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