Les Voleurs de cygnes de Elizabeth KOSTOVA

lesvoleursdecygnesLes Voleurs de Cygnes
de Elizabeth KOSTOVA

Editions Michel Lafon,
2010, p. 476

Première Publication : 2010

Pour l’acheter : Les Voleurs de cygnes

Elizabeth Johnson Kostova, née le 26 décembre 1964, est une écrivaine américaine connue pour son roman L’Historienne et Drakula, traduit en 28 langues et devenu un best-seller.

Andrew Marlow, psychiatre, mène une vie parfaitement organisée : il est solitaire, certes, mais ses patients et la peinture lui tiennent lieu de compagnie. Jusqu’au jour où un peintre renommé lacère une toile à la National Gallery. Marlow tente de comprendre cet acte sacrilège, tâche d’autant plus ardue que cet artiste, devenu son patient, refuse de prononcer un seul mot. Le psychiatre n’aura pas d’autre choix que d’enquêter sur son entourage, les femmes de sa vie et, surtout, cette mystérieuse inconnue que le peintre dessine sans relâche…

Rappelez-vous, il y a quelques semaines, les éditions Michel Lafon m’avaient généreusement permis de lire les Mémoires d’une catin de Francesca Petrizzo (qui s’est révélé être une très bonne surprise !) ; Camille est, depuis lors, revenue vers moi pour me proposer un second titre, et j’ai choisi Les Voleurs de Cygnes d’Elizabeth Kostova, attirée par la couverture, par l’allusion à la peinture dans le résumé et également par le nom de l’auteure (célèbre pour son titre L’Historienne et Drakula, que je n’ai pas lu mais ça ne saurait tarder…).
Cette lecture a été, une nouvelle fois, une jolie découverte. Je n’irai pas jusqu’au coup de cœur – car quelques longueurs ont parfois freiné mes ardeurs – mais ce fut, assurément, un très bon moment. Merci donc à Camille et aux éditions Michel Lafon pour ce titre !

Le docteur Andrew Marlow, psychiatre dans la cinquantaine, accepte de s’occuper d’un nouveau patient : le peintre Robert Oliver qui, semblant avoir été atteint d’un coup de folie, a tenté de détruire un tableau de la National Gallery de Washington (Léda, peinture impressionniste de la fin du XIXe, signée Gilbert Thomas [un artiste français]). Pourquoi ce coup de folie ? Pourquoi ce tableau en particulier ? Marlow n’obtient aucune explication de son patient, qui s’est muré dans le silence depuis son entrée dans l’hôpital et s’entête à peindre toujours le même visage sous toutes ses expressions (une jolie femme qui semble sortie tout droit du XIXe siècle…). Le docteur n’a pas le choix, il doit enquêter dans le passé d’Oliver pour découvrir ce qu’il cache. C’est ainsi qu’il part sur les routes et interroge l’ex-femme du peintre, la jolie Kate, qui, après quelques hésitations, lui livre son histoire et bien plus encore…
Une enquête sur le passé d’un peintre qui semble obsédé par les impressionnistes français… il n’en fallait pas plus pour me convaincre d’ouvrir cet ouvrage et de m’y plonger avidement (je vous rappelle que j’ai fait [et fais encore…] des études d’histoire de l’art) !

elizabethkostovaJe tiens, pour commencer, à féliciter l’auteure qui a fait de longues recherches sur la peinture française du XIXe siècle afin de parvenir à ce résultat. Les sources sont travaillées, ça se ressent beaucoup à la lecture et c’est très agréable ! J’ai fait des découvertes passionnantes et suis très tentée, maintenant, d’approfondir mes connaissances sur les peintres de cette époque. Pendant ma lecture, j’ai souvent pensé au titre La Prochaine fois de Marc Levy, qui a un peu un schéma similaire ; mais, Elizabeth Kostova pousse l’intrigue un peu plus loin. En revanche, je suis assez déçue, car après quelques recherches rapides sur internet, il semblerait que la plupart des personnages cités n’aient jamais existé et relèvent de la fiction (Béatrice de Clerval, Gilbert Thomas entre autres) exceptée la peinture de l’impressionniste Alfred Sisley qui est décrite en fin d’ouvrage (celle-ci, bien qu’elle ait véritablement été peinte en 1878 et que l’auteure décale la réalisation de celle-ci en 1895…). J’aurais aimé qu’Elizabeth Kostova s’appuie plus sur des « faits » réels, ça aurait été un gros plus. Malgré tout, les intrigues croisées m’ont tenue en haleine la grande majorité du temps et les évènements – bien que fictionnels – m’ont convaincue ; et c’est bien le principal ! De plus, et il ne faut pas oublier de le noter, Elizabeth Kostova peint brillamment le portrait d’un artiste qui sombre dans la folie et l’obsession. C’est vraisemblable, bien mené, pas du tout artificiel ; bravo !
Le lecteur est ainsi transporté dans le passé de Robert Oliver par l’intermédiaire des récits de son ex-femme – Kate – et d’une autre femme qu’il a aimée – Mary -. On voyage donc à travers les époques et à travers les Etats-Unis (et même en France pour quelques chapitres !), sans compter les passages dédiés à la vie d’Andrew Marlow (à notre époque, au début du XXIe siècle) et ceux mettant en scène l’histoire de Béatrice de Clerval, en France, au XIXe siècle.

Vous l’aurez compris, les points de vue sont très nombreux, ainsi que les flash-back en tout genre ; on peut parfois s’y perdre. Heureusement, chaque en-tête de chapitre indique quel personnage sera le narrateur, ce qui permet de nous remettre les idées en place. Le lecteur se retrouve également face à la correspondance de Béatrice de Clerval (les lettres sont éparpillées dans les chapitres, et sont indiquées par une police en italique) qui échange avec son mari et son « mentor ». Ces différents points de vue alternés – servis par de courts chapitres – permettent au lecteur de ne pas s’ennuyer une seconde et d’avoir un œil sur toutes les versions. En revanche, et c’est ce qui est un peu dommage, c’est, qu’avec tous ces personnages et donc tous ces narrateurs (Marlow, Kate, Mary, Béatrice de Clerval,…), en plus de s’y perdre, le ton est toujours un peu similaire ; on n’a pas vraiment de « style » différent d’un narrateur à l’autre. L’exercice est certes difficile, mais aurait peut-être mérité d’être un poil plus accentué (à moins que la version originale soit très bien de ce côté-là, car, évidemment, je ne peux juger qu’avec la traduction !).

Quant aux différents personnages (et ils sont assez nombreux !), leur personnalité est assez bien traitée, plus ou moins en profondeur et tous se révèlent plus ou moins attachants à leur façon (Robert Oliver, par exemple, passe assez rapidement de l’homme fascinant au peintre dépressif qu’on aurait envie de secouer !). On a presque devant les yeux, un patchwork de figures et d’histoires qui finissent toutes par se rejoindre et par être liées, d’une façon ou d’une autre…

Cette lecture a été fluide et plutôt rapide, Elizabeth Kostova sait distiller les éléments et titiller la curiosité du lecteur. Malheureusement, aux environs de la moitié du texte, l’engouement est un peu retombé pour ma part ; j’avais deviné qui était cette femme mystérieuse que Robert Oliver a en obsession (et ce n’est d’ailleurs pas très difficile à deviner…) et donc, une partie de « l’énigme » avait été résolue… Heureusement, quelques pages plus loin, d’autres questions prennent le relai et la curiosité est à nouveau piquée ! Quelques passages m’ont donc paru plus « longuets » que d’autres, mais dans l’ensemble, c’est très agréable à lire, et l’histoire nous tient en haleine – bien qu’inégalement – jusqu’au bout !

Et, pour terminer, quelques mots sur l’objet en lui-même. Une nouvelle fois, Michel Lafon a su mettre en valeur l’ouvrage en choisissant une police agréable (que ce soit la taille ou la forme de celle-ci, je pense notamment aux en-têtes des différents chapitres ; et oui, c’est important !) mais surtout, une illustration de couverture très attrayante ! Je ne sais pas si c’est l’historienne de l’art qui est en moi qui parle, mais je trouve celle-ci vraiment sublime ! En revanche, Michel Lafon a bien fait de couper la peinture signée François-Edouard Picot (et datée de 1832), car la jeune Léda a un visage vraiment… bizarre ! Jugez-vous-même !

Je remercie donc, pour la énième fois (mais mieux vaut plus que pas assez ! ^^) Camille et les éditions Michel Lafon pour ce joli plongeon dans le monde de la peinture !

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