Frankenstein ou Le Moderne Prométhée de Mary SHELLEY

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Frankenstein ou
Le Moderne Prométhée

de Mary SHELLEY

Pocket,
1994, p. 358

Première Publication : 1818

Pour l’acheter : Frankenstein

Mary Shelley, née Mary Wollstonecraft Godwin le 30 août 1797 et morte le 1er février 1851, est une femme de lettres anglaise, romancière, nouvelliste, dramaturge, essayiste, biographe et auteur de récits de voyage.

« Ce fut un été humide et rigoureux, se rappelle Mary Shelley en 1831, et la pluie incessante nous confinait des jours entiers à l’intérieur de la maison ». Entre autres sujets, la conversation tourne autour des expériences du poète et philosophe naturaliste Erasmus Darwin, au XVIIIe siècle, dont on prétendait qu’il avait ranimé de la matière morte, et autour du galvanisme et de la possibilité de ramener à la vie un cadavre ou une partie du corps. Autour du foyer de la villa Diodati, les cinq amis s’amusent à lire des histoires de fantômes allemandes, ce qui donne à Byron l’idée de proposer à chacun d’écrire sa propre histoire fantastique. Peu après, rêvant éveillée, Mary conçoit l’idée de Frankenstein : « Je vis l’étudiant blême des arts impies s’agenouiller à côté de la chose qu’il avait créée. Je vis le fantasme hideux d’un homme se lever, puis, par le travail de quelque machine puissante, montrer des signes de vie, et bouger en un mouvement malaisé et à moitié vivant. Il faut que cela soit effrayant, car l’effet de toute entreprise humaine se moquant du mécanisme admirable du Créateur du monde ne saurait qu’être effrayant au plus haut point. »

16 juin 1816. L’orage gronde. Dans une ville cachée au milieu des arbres, sur les bords riants du lac de Genève, une petite société s’ennuie. Il y a deux poètes, Byron et Shelley, leurs compagnes, Claire et Mary, un médecin, Polidori. On se raconte d’horrifiques histoires, selon la mode du temps. On décide même d’en écrire. Dans la nuit, la jeune Mary – elle n’a pas encore dix-neuf ans – ne peut dormir : elle rêve d’un « hideux fantasme d’homme ». Quelques jours plus tard naissent Victor Frankenstein et sa créature. Récit d’une inquiétante nouveauté, vite porté à la scène, très souvent ensuite à l’écran. Devenu si mythique que, dans l’esprit du public qui a oublié Mary Shelley, le créateur et sa créature se sont confondus.

C’est grâce à Evertkhorus qui a lancé l’idée d’une lecture commune que je me suis enfin décidée à sortir ce livre de ma PAL (c’est une amie à moi qui m’a offert ce titre, car elle l’avait en double, merci !) ; car, pour tout vous avouer, je n’étais pas du tout motivée. J’ai repoussé le plus possible cette lecture, pensant que j’allais souffrir, trouver des longueurs insupportables et une histoire pas très passionnante. Je ne connaissais de Frankenstein que l’élément ayant rapport avec la création du monstre, point.
C’est donc avec appréhension mais aussi une toute légère curiosité que je me suis enfin décidée à ouvrir le livre en question et malgré quelques éléments qui m’ont un peu déçue, c’est finalement sur une note plutôt positive que je range l’ouvrage du côté des livres lus dans ma bibliothèque (quelle satisfaction !). Une découverte intéressante, finalement.

maryshelleyPremière chose qu’il faut mettre au clair : Victor Frankenstein est un être humain, c’est l’inventeur du célèbre monstre. Ainsi, le titre nous annonce tout de suite la couleur : nous allons suivre les aventures de l’inventeur et non de sa créature, ne vous méprenez pas ! Victor Frankenstein n’a pas vingt ans lorsqu’il quitte la maison familiale suisse (son père, sa « cousine » Elizabeth et ses deux jeunes frères) pour aller étudier à Genève. Il se prend de passion pour la physique et c’est en secret que, pendant plusieurs mois, il met au point une créature monstrueuse qu’il parvient à animer. Lorsqu’il constate l’ampleur des dégâts (la tête du monstre notamment), il prend peur et chasse méchamment la créature de chez lui, et de son esprit.
Les années passent, et ce n’est qu’en apprenant la mort de son frère le plus jeune  – William (un garçonnet aux boucles blondes et aux allures d’angelot) – que Victor Frankenstein fait le rapprochement avec sa création. S’en suivent alors des mois de délires et d’angoisses pendant lesquels le jeune homme ne sait comment réagir et en vient même à promettre au monstre qu’il lui créera une créature féminine pour lui tenir compagnie…

La particularité de ce récit (assez court finalement, car quand je retire le gros dossier de mon édition, j‘arrive à 265 pages) – ce qui en fait l’intérêt mais qui parfois complique également un peu l’ensemble – réside dans la narration particulière et surtout, dans le changement consécutif de narrateurs.
En fait, le livre débute sur des lettres écrites par un certain navigateur – Robert Walton – à sa jeune sœur – Marguerite – restée en Angleterre. Il lui parle de son expédition vers les glaces et de sa rencontre avec un homme à l’air triste. Celui-ci en vient à raconter son histoire (que Walton reproduit dans ses lettres à sa sœur, laissant la première personne du singulier à ce nouveau narrateur) et l’on se rend compte qu’il s’agit de Victor Frankenstein, alors qu’il est à la poursuite d’un géant. Pendant ce récit (découpé en courts chapitres), l’inventeur offre l’histoire de sa vie, de son enfance à ce qui l’a mené dans ces terres désertes et glacées ; retransmettant même pendant plusieurs chapitres, les aventures de son monstre qui les lui avait lui-même racontées (et ce passage est également à la première personne du singulier, mais le narrateur est alors le monstre, et non plus Frankenstein ou Walton).
Le récit se termine finalement sur de nouvelles lettres de Walton à sa sœur, clôturant ainsi les aventures de Frankenstein et de sa créature. Ces changements de narrateurs sont particulièrement intéressants, car nous permettent de tout savoir sur tout et de combler les blancs de certaines périodes ; mais ils sont également très déstabilisants et pas toujours bien amenés.

En parlant de blancs, j’ai trouvé que Mary Shelley utilisait très fréquemment les ellipses narratives, et pas toujours de façon agréable ; même si, j’en conviens, celles-ci étaient indispensables, car le récit se fait sur des dizaines d’années, alors je n’ose imaginer la taille du livre si les ellipses n’étaient pas là… Je ne sais pas trop quoi penser de la chronologie de ce livre.
Pour faire simple, je trouve qu’elle est trop étendue ; à mon sens, l’auteure aurait pu raccourcir certaines ellipses, ce qui aurait rendu l’histoire plus « vraisemblable » (bien que la création d’un monstre soit loin d’être vraisemblable, quoique…). L’exemple qui me vient en tête correspond à la période qui suit le moment où Victor Frankenstein constate l’horreur de son invention et jette sa créature à la porte. Entre ce moment et le premier « meurtre », il se déroule deux ans ! Et pendant ces deux ans, Victor est certes malade, mais quand même, une fois remis sur pieds, il ne se demande même pas où est passée son monstre ! Il retrouve la joie et l’insouciance, comme si rien ne s’était passé ! Par la suite, on comprend pourquoi le monstre a été « sage » pendant tout ce temps (quoique, ça me paraît quand même également exagéré de ce côté-là), il le raconte à Victor, mais bon, je ne suis pas convaincue…
En revanche, découvrir que la plupart des actions se déroulaient dans les paysages arctiques et surtout, en Suisse (à Genève notamment) a été une excellente surprise mais surtout un grand étonnement ! En pensant à Frankenstein, je m’imaginais surtout l’Angleterre ou alors, des pays de l’Europe de l’Est ; qui aurait pu penser que l’intrigue prenait sa naissance en Suisse (très joli pays, soit dit en passant ! ^^) ! Quand on fouille un peu, on se rend compte que l’histoire est née lors d’une petite réunion d’ami(e)s (Byron, Shelley, leur épouse respective et Polidori le médecin) qui, pour passer le temps près du lac de Genève (d’où l’emplacement de la plupart des évènements), se racontaient et écrivaient des histoires qui font peur…

Finalement, ce « classique » s’est révélé agréable à lire dans la forme ; la lecture est fluide – malgré quelques petites longueurs – et n’est pas compliquée du tout (si ce n’est les passages d’un narrateur à l’autre, en gardant la première personne du singulier). Apparemment, la jeune Mary n’avait que 19 ans lors de la rédaction de cette histoire et n’était pas vraiment auteure, alors je pense qu’on peut lui passer ces quelques erreurs formelles.

frankensteinEn revanche, en ce qui concerne les personnages, j’ai été un peu déçue. Je n’ai pas vraiment réussi à m’attacher à eux et j’ai particulièrement été agacée par les choix et réactions du héros, le jeune Victor Frankenstein. Plusieurs fois, j’aurais aimé entrer dans le livre pour le secouer et le traiter de sombre imbécile ! Qu’est-ce qu’il est mou ! Et stupide ! Le monstre tue plusieurs personnes de son entourage, mais il ne réagit pas, persuadé que le prochain sur la liste, c’est lui… Mais bien sûr que non ! Je pense que ces réactions incompréhensibles viennent surtout de la mentalité de l’époque (début XIXème), ça sent le romantisme… Finalement, les hommes à cette période, étaient peut-être un peu trop « sensibles », à tomber en pâmoison à chaque excès de frayeur…
Quant aux demoiselles, et finalement il n’y en a qu’une dans le récit – Elizabeth, la « cousine » de Victor mais surtout sa future femme -, ce n’est qu’une potiche qui attend sagement à la maison le retour de son beau prince charmant (qui n’est pas courageux pour un sou, tu parles d’un prince…) mais surtout, qui attend sagement [SPOILER] qu’on vienne l’assassiner [FIN DU SPOILER] et qui ne pose aucune question…
Finalement, la personnalité la plus intéressante pour moi a été celle du monstre, qui, loin d’être une créature ignorante et inintéressante, a une psychologie travaillée et une façon de penser tout à fait cohérente ! Comme quoi, je comprends mieux maintenant, pourquoi le public, au fil des siècles, a commencé à confondre Frankenstein et son monstre, car, c’est lui le vrai héros !

Dorénavant, il ne me reste plus qu’à visionner les différentes adaptations qui ont été faites au cinéma, notamment celle avec Helena Bonham Carter (dans le rôle d’Elizabeth, j’imagine), que j’ai vu traîner en VHS, chez mes parents l’autre jour (comment cette cassette est arrivée dans leur placard, j’en ai aucune idée, mais je compte bien me l’approprier !).

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