1984 de George ORWELL

1984 george orwell folio
1984

de George ORWELL
Folio,
1989, p. 439

Première Publication : 1949

Pour l’acheter : 1984

George Orwell, de son vrai nom Eric Arthur Blair, est un écrivain anglais né le 25 juin 1903 à Motihari (Inde britannique, aujourd’hui en Inde) et mort le 21 janvier 1950 à Londres. Son œuvre porte la marque de ses engagements, qui trouvent eux-mêmes pour une large part leur source dans l’expérience personnelle de l’auteur : contre l’impérialisme britannique, après son engagement de jeunesse comme représentant des forces de l’ordre colonial en Birmanie ; pour la justice sociale et le socialisme, après avoir observé et partagé les conditions d’existence des classes laborieuses à Londres et à Paris ; contre les totalitarismes nazi et soviétique, après sa participation à la guerre d’Espagne.

La Ferme des animaux 

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De tous les carrefours importants, le visage à la moustache noire vous fixait du regard. Il y en avait un sur le mur d’en face. Big Brother vous regarde, répétait la légende, tandis que le regard des yeux noirs pénétrait les yeux de Winston… Au loin, un hélicoptère glissa entre les toits, plana un moment, telle une mouche bleue, puis repartit comme une flèche, dans un vol courbe. C’était une patrouille qui venait mettre le nez aux fenêtres des gens. Mais les patrouilles n’avaient pas d’importance. Seule comptait la Police de la Pensée.

Voilà déjà plusieurs années que 1984 attend dans ma bibliothèque, mais jamais je n’avais osé l’aborder, n’aimant pas particulièrement l’anticipation et la science-fiction et ayant peur de me plonger dans un tel monument du genre. J’en ai entendu énormément de bien, c’est donc avec une certaine appréhension que je me suis lancée. J’avoue que même après quelques jours de décantation, je n’arrive toujours pas à dire si oui ou non j’ai apprécié cette lecture. J’ai mis pas mal de jours à arriver au bout, je n’étais pas dans une très bonne phase de lecture, donc je ne crois pas que mon état d’esprit ait été le meilleur pour cette découverte. Cependant, je ne peux le nier, c’est une lecture qui, en offrant une possible vision future du monde, nous fait réfléchir, et nous fait – pour la majorité des lecteurs – ouvrir les yeux sur certaines choses.

george orwellWinston Smith – héros de l’histoire – vit seul à Londres et fait partie du Parti Extérieur, travaillant à effacer et transformer d’anciens documents, au rythme des nouveaux évènements survenant en Océania. Surveillé à longueur de journée, il doit sans cesse cacher ses pensées peu orthodoxes et finit même par tenir un journal intime, priant pour ne pas être découvert des autorités. Toutes les pensées non conformes sont interdites, et Winston en est empli.
Il ne peut s’empêcher de se poser des questions sur la société à laquelle il appartient, il ne parvient pas à se fondre dans le moule, « il comprend comment mais ne comprend pas pourquoi ». Il cherche désespérément dans le regard de ses collègues, un indice qui pourrait lui prouver qu’il n’est pas seul dans cet état d’esprit. Il espère passionnément l’existence de la Fraternité – groupe de rebelles – commandée par Emmanuel Goldstein et souhaite la rejoindre (mais, existe-t-elle vraiment ?). Bientôt, il fait la connaissance de Julia, jeune femme douée d’un sens pratique exemplaire qui fera renaître en lui des sentiments jusqu’alors oubliés et, mieux encore, le fera espérer…

Comme l’indique le titre, les évènements de l’histoire se situent en 1984. Le livre a été publié pour la première fois en 1949, il s’agissait donc alors d’une vision futuriste hypothétique du monde. Nous avons aujourd’hui dépassé la date butoir sans trop de problèmes, mais il n’est pas impossible (et c’est même plutôt probable) que cette vision ne soit pas éloignée d’un futur plus ou moins éloigné, pourquoi pas 2084 ? En ce qui concerne la géographie, le monde décrit par George Orwell est divisé en trois grands continents : Eurasia, Estasia et Oceania. C’est sur ce dernier que l’on découvre le héros, esseulé dans la ville de Londres qui a subi de nombreuses transformations et qui est assaillie par les affiches de Big Brother, le grand « patron ».

Alors que le monde de George Orwell est séparé en trois grands continents, son texte est également divisé en trois grandes parties, chacune correspondant à une « phase » dans la vie du héros. Dans la première partie, Winston est en pleine réflexion. On le suit grâce à la troisième personne du singulier, et c’est également l’occasion de faire connaissance avec le monde et les personnages qui l’entourent. On découvre un univers très « maussade » et un héros particulièrement seul et marginal. Il nous amène sur le lieu de son travail et l’on découvre en quoi consistent ses journées. Au fil des pages, le monde se construit dans notre tête, on imagine parfaitement l’appartement gris et vide, les télécrans placés un peu partout pour la surveillance, les affiches de Big Brother, en surnombre dans tous les coins de la ville, la cantine surpeuplée et la nourriture infecte, les quartiers de prolétaires grouillant et sales,… Ce climat particulier de suspicion et de terreur est parfaitement rendu dans ces premières pages, et nous permet ainsi de mieux appréhender la seconde partie du texte.
Dans celle-ci, Winston touche à l’interdit et passe à l’action, puisqu’il fait la rencontre de Julia, jeune femme elle aussi contre l’Angsoc (terme pour désigner la société). Ils s’aiment (l’amour et toutes les formes de sentiment sont prohibées, le mariage ne sert qu’à la procréation) et font des plans « d’avenir », même s’ils se savent en sursis. L’arrestation ne tarde pas et dans la troisième partie, on suit Winston dans un camp de reconditionnement où tout est bon (notamment la torture) pour réparer son esprit « malade » (non orthodoxe).

Pledge 1984 orwellCette lecture est loin d’être légère et nécessite quelques jours pour être « digérée ». A l’image des autres romans d’anticipation et de science-fiction, George Orwell nous propose dans 1984, l’image d’une société hypothétique. Le plus déstabilisant dans cette lecture c’est que, bien que l’année 1984 soit passée ; les évènements décrits peuvent très bien être mis en place dans un avenir plus ou moins lointain, faisant ainsi de ce récit, quelque chose d’intemporel et de particulièrement effrayant.
En 2010, ne nous rapprochons-nous pas de cette dictature décrite par l’auteur ? Ne nous rapprochons-nous pas de ce monde où la pensée individuelle est proscrite, où tous doivent être similaires, où tous sont des moutons de Panurge avalant ce que l’autorité leur dit sans broncher et sans se poser la moindre question ? Et ce langage mis en place – le « novlangue » – n’est-il pas à rapprocher du langage sms si cher aux nouvelles générations ? Langage simplifié à l’extrême et abrutissant, entraînant une baisse significative de vocabulaire et donc une impossibilité de réflexion ? Et si, dans quelques années, un « Big Brother » prenait la tête du pays, mettant en place une dictature et un climat de terreur ; la société ressemblerait-elle à celle décrite par George Orwell, avec sa  hiérarchie particulière : le Parti Intérieur, le Parti Extérieur et les Prolétaires ? Seriez-vous l’individu moyen qui suivrait le cours des choses sans se poser la moindre  question, ou, comme Winston Smith, vous poseriez-vous des questions et vous rebelleriez-vous contre la suppression et la transformation des souvenirs et du passé, à l’envie et au besoin des dirigeants ; vous rebelleriez-vous contre l’Angsoc ?

Je me suis parfois sentie très proche de Winston Smith, dans son impression de solitude, de différence et de marginalité, car c’est sans doute un mélange de ces sentiments que j’éprouve chaque jour ; et c’est sans doute pourquoi j’ai trouvé le héros assez attachant et pourquoi ses aventures m’ont touchée. Cependant, je ne parviens pas à être totalement emballée par ce texte. Est-ce parce que 1984 m’a mise mal à l’aise ? Je ne sais pas vraiment, je n’ai pas d’explication logique. Je pense tout de même que c’est un texte à lire au moins une fois dans sa courte vie, ne serait-ce que pour se poser les bonnes questions ; mais je pense également qu’il ne faut pas appréhender ce récit comme un simple roman d’anticipation léger ; car léger, il ne l’est sans doute pas. Prenez votre temps pour cette lecture, savourez les mots et les significations, allez plus loin que le texte lui-même, projetez-vous ; ainsi, vous vivrez pleinement les réflexions et l’aventure de Winston Smith…

7 pensées sur “1984 de George ORWELL

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