De grandes espérances de Charles DICKENS

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De grandes espérances

de Charles DICKENS
(Challenge ABC 2010 – 1/26)
Editions Grasset (Les Cahiers rouges),

1998, p. 483

Première Publication : 1861

Pour l’acheter : De grandes espérances

Charles John Huffam Dickens, né le 7 février 1812, mort le 9 juin 1870, est un romancier anglais, auteur notamment de David Copperfield, Un chant de Noël et d’Oliver Twist. Il compte parmi les écrivains anglais les plus populaires du XIXe siècle. Ses œuvres sont toujours régulièrement rééditées et font l’objet d’adaptations au cinéma et à la télévision.


L’Abîme (avec Wilkie Collins)

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Pip est un jeune garçon rêveur et sensible. Élevé par une sœur revêche et un beau-frère d’une nature excellente mais tenu sous la coupe de cette maîtresse femme, il aime à traîner au cimetière où sont enterrés ses parents. Les pierres tombales, bien évidemment, ajoutent à l’atmosphère lugubre de l’Angleterre dépeinte par Dickens, toile de fond au récit de l’ascension sociale de Pip.
Enfant, avant même qu’un héritage inattendu éveille en lui « de grandes espérances », il voit le monde à travers le filtre étrange de son imagination qui frise parfois le surnaturel et le prédispose à la rencontre avec deux êtres qui vont transformer sa vie : un forçat évadé, figure qui reparaîtra de manière récurrente, et Miss Havisham, vieille folle qui n’a de cesse, pour venger sa jeunesse bafouée, d’exhorter Estella à briser le cœur de toute la gent masculine. C’est chez elle, dans une demeure au temps assassiné, qu’il fera l’apprentissage des bassesses de la nature humaine.

J’ai reçu ce livre grâce au swap de Noël organisé par Livraddict, et je remercie une nouvelle fois Heclea qui m’a bien gâtée. Voilà déjà de longs mois que j’avais envie de découvrir un classique de Charles Dickens. En fait, c’est la découverte, il y a quelques temps, d’un épisode du Doctor Who qui se rend auprès de Dickens, qui m’a mis la puce à l’oreille ; et le tapage autour de son Conte de Noël (adapté sous le titre du Drôle de Noël de Scrooge), qui a fini par me décider. Je ne savais pas par quelle oeuvre de l’écrivain anglais commencer, Heclea a choisi pour moi ; et quel choix !

charlesdickensDans ce texte, Charles Dickens nous offre les aventures de Pip (Philip Pirrip), petit orphelin élevé par une soeur acariâtre et un gentil beau-frère – Joe Gargery -, simple forgeron du village. Alors qu’un jour il se recueille sur la tombe de ses défunts parents et frères, il rencontre un forçat – fers aux pieds – qui le menace et lui intime l’ordre de lui ramener une lime et de quoi manger. Malgré la crainte qu’il éprouve envers sa mégère de soeur, il vole dans le garde-manger, ayant encore plus peur de l’homme du cimetière. Le vol reste sans suite, mais bientôt, par curiosité, Pip et Joe accompagnent les forces de l’ordre dans la chasse aux forçats (deux se sont enfuis la même nuit), forçats qui retrouvent bien vite leurs fers. On croit l’affaire close, mais à plusieurs reprises, le jeune garçon a affaire aux deux hommes, qui marquent à jamais sa vie… Quelques temps après l’incident, Mr Pumblechook – petit bourgeois exécrable, ami de la soeur de Pip -, vient le chercher avec la mission de l’amener à Satis, chez Miss Hawisham, qui réclame un petit garçon pour jouer. C’est dans la demeure délabrée qu’il fait la connaissance de la vieille fille aigrie qui n’a jamais quitté sa robe blanche et qui erre dans sa chambre comme une âme en peine. C’est également ce jour-là qu’il rencontre Estella, jeune fille de son âge qui le snobe. Amoureux dès le premier regard, il n’a de cesse de vouloir s’élever pour devenir un « Monsieur ». Les années passent, Pip rend plusieurs fois visite aux deux femmes, pour promener Miss Hawisham dans son fauteuil, jusqu’au jour où celle-ci le renvoie, le mettant en apprentissage à la forge, auprès de Joe. Sa situation ne lui convient pas, il veut apprendre à lire, mettre de beaux vêtements…. Mr Jaggers débarque alors dans la forge pour apprendre à Pip que quelqu’un (qui doit rester inconnu jusqu’à ce qu’il veuille sortir de l’ombre) l’a doté d’une grosse fortune et qu’il doit aller faire ses preuves à Londres sous sa tutelle. Dans la capitale, il se lie d’amitié avec Herbert, brave garçon âgé de quelques mois de plus que lui. Ensemble, ils s’endettent, mais Pip n’y prête pas attention, persuadé que sa fortune vient de Miss Hawisham et qu’il est promis à Estella… Mais alors qu’il a atteint la majorité (21 ans), il découvre enfin qui est à l’origine de sa fortune, faisant ainsi voler en éclat toutes ses espérances et tout ce en quoi il croyait jusque là…

En suivant les aventures de Pip, l’auteur nous met face au devenir d’un homme qui voit sa fortune et sa chance tourner. La première partie m’a semblée un peu longuette, mais une fois sa rencontre avec Miss Hawisham et la découverte de sa fortune faites, on ne peut plus lâcher le jeune homme qui, aveuglé par ses ambitions en oublie les vraies valeurs, snobant ceux en dessous de sa condition, oubliant d’où il vient et à qui il doit d’être en vie… Ce n’est que dans les dernières pages que Pip ouvre enfin les yeux, il découvre l’humanité, la gentillesse, l’amitié profonde et l’abnégation de soi, derrière les traits d’un forçat ; et il se rend enfin compte de la vie qu’il lui faut ; mais c’est trop tard, il a été trop long à se décider et à mettre le doigt sur ce qui compte vraiment…
Cet apprentissage difficile se déroule sur une vingtaine d’années, de l’enfance de Pip (alors qu’il a une dizaine d’années) jusqu’à son retour à la forge et son au revoir à Satis, alors qu’il a plus de 35 ans. Charles Dickens utilise à la perfection les ellipses narratives, pouvant décrire une courte scène sur dix pages, alors que deux chapitres peuvent être éloignés de plusieurs années (le dernier se situe, par exemple, 11 ans après l’avant-dernier). Géographiquement, les aventures de Pip débutent dans la forge d’un petit village anglais au XIXème siècle. Le héros passe ensuite de nombreuses années dans un petit appartement de Londres, puis déménage au « Temple » – quartier un peu plus chic de la ville -,… pour enfin revenir dans son village d’origine, et dire ainsi adieu à la forge et à Satis (demeure de Miss Hawisham).

1946Outre l’histoire, ce sont les personnages et leurs destins étroitement liés qui m’ont plu. On grandit avec Pip qui devient un être terriblement attachant. On espère avec lui, on subit ses désillusions et jusqu’au bout, on souhaite que le dénouement soit heureux. Charles Dickens nous offre également une palette de personnages et de personnalités, tous attachés à un lieu et à un temps dans les aventures de Pip. J’ai envie de citer les principaux personnages et d’en dire quelques mots, rapidement (car sinon, c’est un roman que je vais vous donner !). Pip vit chez Joe Gargery – le forgeron – où il a été élevé (« à la main ! ») par sa soeur, une femme peu sympathique. Une grande amitié le lie à son beau-frère et à Biddy, jeune fille un peu plus âgée qui, la première, lui offre son savoir (elle fait la « classe » aux plus jeunes). Mr Pumblechook, un menteur détestable, le présente à Miss Hawisham et Estella ; la première aussi décrépie que la seconde est belle et fraîche. A Londres, Pip s’installe avec Herbert, son meilleur ami qui surnomme affectueusement notre héros Handel (un morceau du compositeur parle d’un forgeron). Il côtoie également Mr Jaggers et Wemmick, deux sortes d’avocats un peu escrocs, qui s’occupent de sa fortune. N’oublions pas Bentley Drummle – son rival auprès d’Estella -, Orlick – son rival auprès de Biddy -, et les deux forçats du départ – Magwitch et Compeyson – qui le suivent jusque dans les dernières pages. Vous le voyez, les personnages et intrigues amenés par la plume de Charles Dickens sont très riches, et pourtant, je ne vous ai pas tout dit, loin de là ! Plus ma lecture avançait et plus je découvrais des liens entre chaque personnage et chaque destin ; je ne m’attendais pas du tout à cela ; un vrai délice !

Enfin, pour donner quelques mots sur le style de Charles Dickens ; vous pouvez vous lancer sans crainte. C’est très abordable, pas compliqué à lire et à comprendre. Les descriptions sont agréables (ni trop longues ni trop courtes) et les dialogues sont là en nombre suffisant. De plus, l’auteur nous offre cette histoire à la première personne du singulier ; Pip devient donc le narrateur et son « je » permet une empathie plus grande. Le jeune homme fait souvent preuve d’ironie – notamment lorsqu’il nous parle de certaines personnages qui l’entourent – et, c’est assez amusant. J’ajouterai que, en plus des ellipses maitrisées, l’auteur a un talent pour les descriptions de scènes « fantomatiques » (le cimetière, la salle de Miss Hawisham,…). Il parvient à créer une ambiance presque surnaturelle parfois, et j’arrivais aisément à me représenter la brume du cimetière ou l’illusion d’une forme blanche, pendue à une poutre… Bouh… ça fait froid dans le dos !

Un dernier mot (après ce roman !) pour remercier une nouvelle fois Livraddict qui a organisé le swap, et bien sûr un grand merci à Heclea pour ce très bon choix ! Je suis tellement enthousiaste que je me suis inscrite à un partenariat proposé par BOB, pour découvrir une autre oeuvre de Dickens, écrite en collaboration avec son ami Collins ! Je vous en donnerai des nouvelles !

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